HomeNon classéIntoxication Amnésiante par Fruits de Mer (IAFM).

Intoxication Amnésiante par Fruits de Mer (IAFM).

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mai 2003- http://www.ifremer.fr/envlit/pdf/rephypdf/REPHY0305_guide_ASP.pdf
extrait du Guide et Manuel, toxines ASP, docu­ment de pres­crip­tion interne Ifremer

Les pre­miers cas d’intoxications amné­siantes se sont décla­rés fin 1987 lorsque de graves empoi­son­ne­ments ali­men­taires alar­mèrent la popu­la­tion cana­dienne. 145 per­sonnes, ayant consom­mé des moules récol­tées dans l’es­tuaire de l’Ile-du-Prince Edouard, pré­sen­tèrent des troubles diges­tifs, neu­ro­lo­giques et sur­tout une perte de mémoire. Par­mi ces vic­times, quatre per­sonnes sont mortes et d’autres ont pré­sen­té des séquelles neu­ro­lo­giques per­ma­nentes (Bates 1989 ; Smith 1993). Ce nou­veau syn­drome est connu sous la déno­mi­na­tion anglo-saxonne d’Am­ne­sic Shell­fish Poi­so­ning (ASP). Un nom et une abré­via­tion fran­çaise ont été éga­le­ment don­nés : Intoxi­ca­tion Amné­siante par Fruits de Mer (IAFM)

Méca­nismes d’action

L’acide domoïque – prin­ci­pal res­pon­sable – est absor­bé par la muqueuse gas­tro-intes­ti­nale et atteint len­te­ment sa cible au niveau du sys­tème ner­veux cen­tral où il se fixe sur un des récep­teurs de l’a­cide glu­ta­mique. En fait, l’a­cide domoïque appar­tient au groupe des neu­ro­toxines de type acide kaï­nique. En effet, il est struc­tu­rel­le­ment proche de l’acide glu­ta­mique (neu­ro­trans­met­teur) et de l’acide kaï­nique (neu­ro-exci­ta­teur). Il se fixe sur un des récep­teurs synap­tiques de l’a­cide glu­ta­mique, connu sous le nom de récep­teur de l’a­cide kaï­nique. Il y a alors entrée des ions sodium dans la mem­brane post-synap­tique indui­sant une dépo­la­ri­sa­tion et pro­vo­quant une aug­men­ta­tion de la per­méa­bi­li­té des ions cal­cium ce qui entraîne un dys­fonc­tion­ne­ment des cel­lules ou leur mort (Tei­tel­baum et al., 1990 ; Hamp­son et al., 1992).

Il faut noter que l’activité neu­ro­toxique des coquillages conta­mi­nés n’est pas due uni­que­ment à l’acide domoïque. Novel­li (1992) a com­pa­ré l’effet neu­ro­toxique de l’acide domoïque pur et d’un extrait de coquillages conta­mi­né sur une culture de neu­rones céré­braux, il s’est avé­ré que l’extrait était plus neu­ro­toxique que l’acide domoïque pur. En fait, il y a une syner­gie entre la neu­ro­toxi­ci­té de l’acide domoïque, et celle des acides glu­ta­mique et aspar­tique pré­sents dans la chair de coquillages.

Ori­gine et répartition

L’es­pèce res­pon­sable de cette intoxi­ca­tion a été iden­ti­fiée comme étant la diato­mée Pseu­do-nitz­schia pun­gens f. mul­ti­se­ries (Bates, 1989). Depuis, elle a été détec­tée dans d’autres sites géo­gra­phiques (Nou­velle Zélande, côtes cali­for­niennes), tan­dis que d’autres espèces de Pseu­do-nitz­schia, sus­cep­tibles d’être toxiques, ont ensuite été déce­lées dans plu­sieurs pays d’Eu­rope, en par­ti­cu­lier en Ecosse (Bates et al., 1998). En effet, toutes les espèces du genre Pseu­do-nitz­schia ne sont pas toxiques, seule­ment quelques-unes ont été recon­nues comme toxi­no­gènes : P. pseu­do­de­li­ca­tis­si­ma, P. mul­ti­se­ries, P. aus­tra­lis. Jusqu’à cette décou­verte, la pro­duc­tion de phy­co­toxines était attri­buée uni­que­ment aux dino­fla­gel­lés et aux autres fla­gel­lés marins.

SEMIOLOGIE – Acti­vi­té toxique

  • Les pre­miers symp­tômes, de type gas­tro-intes­ti­nal (vomis­se­ments, diar­rhées, nau­sées…) sur­viennent dans un délai de 2 à 24 heures après consom­ma­tion des moules contaminées.
  • Entre 24 et 48 heures, ce sont des symp­tômes neu­ro­lo­giques qui sont obser­vés (maux de tête per­sis­tants, déso­rien­ta­tion et une confusion).
  • Dans les cas les plus graves, il appa­raît une perte de mémoire, des dom­mages céré­braux et par­fois des convul­sions et un coma pou­vant conduire à la mort (Olney, 1994).

Ce type d’in­toxi­ca­tion atteint sur­tout les enfants et les per­sonnes âgées. Il est à noter que la gra­vi­té des signes neu­ro­lo­giques est en rela­tion avec l’âge des patients. Plus le sujet est âgé, plus les signes cli­niques sont marqués.

Les fruits de mer inter­ve­nant dans les pre­miers cas d’in­toxi­ca­tions de 1987 au Cana­da, étaient des moules, mais la toxine mise en cause a éga­le­ment été retrou­vée dans d’autres bivalves (coques, palourdes, cou­teaux…). L’acide domoïque peut s’accumuler éga­le­ment dans d’autres orga­nismes marins non fil­treurs comme par exemple les anchois. S’il est sans effet sur ces der­niers, il peut être mor­tel pour les d’oiseaux marins qui les consomment.

Pour en savoir plus, se réfé­rer à l’ou­vrage édi­té par Ifremer :
Toxines d’algues dans l’a­li­men­ta­tion, 2001, Fré­my J.-M. et Las­sus P. (coor­di­na­teurs), 560 p.

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