Au moment de partir à la retraite, la question de la mutuelle retraite se pose immédiatement : la complémentaire santé collective de l’entreprise s’arrête avec le contrat de travail. Le retraité n’est pas pour autant laissé sans solution. La loi Évin lui permet de conserver la mutuelle de son entreprise à titre individuel, avec les mêmes garanties et un tarif encadré pendant trois ans. Encore faut-il en faire la demande à temps et savoir ce que coûtera ce maintien, car l’employeur ne paie plus sa part.
À retenir
La portabilité de la mutuelle ne s’applique pas au départ à la retraite : elle est réservée aux ruptures du contrat de travail qui ouvrent droit au chômage.
Le retraité peut demander à garder la mutuelle de son entreprise (article 4 de la loi Évin) dans les six mois qui suivent la fin de son contrat de travail, sans questionnaire médical ni délai de carence.
Le tarif est encadré trois ans : au plus le tarif global des actifs la première année, 125 % la deuxième, 150 % la troisième. Ensuite, il n’est plus plafonné.
Le retraité paie seul toute la cotisation : il faut comparer avec un contrat individuel et vérifier ses droits à la Complémentaire santé solidaire.
Ce qui se passe le jour du départ à la retraite
La complémentaire santé d’entreprise est un contrat collectif, réservé aux salariés. Quand le contrat de travail prend fin pour un départ ou une mise à la retraite, l’affiliation au contrat collectif cesse. Il n’y a pas de couverture automatique au-delà, sauf si l’entreprise ou la branche a prévu un dispositif particulier pour ses anciens salariés.
Beaucoup de futurs retraités pensent pouvoir bénéficier de la portabilité, qui permet de garder gratuitement sa mutuelle jusqu’à 12 mois après avoir quitté l’entreprise. Ce n’est pas le cas : la portabilité est réservée aux salariés dont la rupture du contrat ouvre droit à l’assurance chômage et qui perçoivent effectivement les allocations. Le départ à la retraite n’en fait pas partie, et une portabilité en cours prend fin quand la personne part à la retraite.
| Situation | Portabilité (gratuite, 12 mois au plus) | Maintien loi Évin (payant) |
|---|---|---|
| Licenciement, rupture conventionnelle, fin de CDD avec chômage | Oui | Oui, à l’issue de la portabilité |
| Départ ou mise à la retraite | Non | Oui |
| Pension d’invalidité ou rente d’incapacité | Non (sauf rupture avec chômage) | Oui |
Garder la mutuelle de son entreprise : la loi Évin
L’article 4 de la loi Évin du 31 décembre 1989 oblige l’organisme qui assure le contrat collectif à proposer aux anciens salariés retraités de maintenir leur couverture santé à titre individuel. Ce droit ne dépend pas de la bonne volonté de l’entreprise ni de l’assureur.
| Règle | Ce que prévoit la loi Évin |
|---|---|
| Délai pour demander | Six mois après la fin du contrat de travail |
| Proposition de l’organisme | Adressée dans les deux mois qui suivent la fin du contrat de travail, l’employeur devant signaler le départ |
| Garanties | Les mêmes que celles du contrat collectif |
| Formalités médicales | Aucun questionnaire de santé, aucun délai de carence |
| Durée | Sans limite de durée |
| Cotisation | Payée entièrement par le retraité, sans participation de l’employeur |
Passé le délai de six mois, le droit au maintien est perdu. Il vaut donc mieux anticiper : demander au service des ressources humaines les coordonnées de l’organisme assureur et le tarif applicable avant même la date de départ.
Un tarif encadré pendant trois ans seulement
Depuis le décret n° 2017-372 du 21 mars 2017, applicable aux contrats et adhésions à compter du 1er juillet 2017, le tarif proposé au retraité est plafonné par rapport au tarif global des salariés actifs, c’est-à-dire la part du salarié et celle de l’employeur réunies.
| Période | Tarif maximum pour le retraité |
|---|---|
| 1re année | 100 % du tarif global des actifs |
| 2e année | 125 % du tarif global des actifs |
| 3e année | 150 % du tarif global des actifs |
| À partir de la 4e année | Plus de plafond lié à la loi Évin |
Au-delà de trois ans, l’organisme fixe librement son tarif. Il reste toutefois tenu par l’article 6 de la loi Évin : il ne peut pas augmenter la cotisation d’un assuré en raison de l’évolution de son état de santé.
Exemple chiffré
Prenons une salariée dont la mutuelle d’entreprise coûte 90 euros par mois au total : 45 euros payés par l’employeur et 45 euros retenus sur son salaire. À tarif des actifs inchangé, si elle garde ce contrat à la retraite, elle peut payer jusqu’à :
| Période | Cotisation mensuelle maximale | Sur un an | Avant la retraite (sa part) |
|---|---|---|---|
| 1re année | 90 € | 1 080 € | 540 € par an |
| 2e année | 112,50 € | 1 350 € | 540 € par an |
| 3e année | 135 € | 1 620 € | 540 € par an |
| 4e année et après | Tarif libre | Selon l’organisme |
Dès la première année, sa dépense double, même si le tarif global n’augmente pas : c’est la disparition de la part employeur. À titre de comparaison, la cotisation moyenne d’un contrat individuel souscrit à 75 ans était de 127 euros par mois en 2021, selon la Drees. Le maintien Évin peut donc rester intéressant les premières années, notamment pour quelqu’un dont l’état de santé exige des garanties élevées, mais il doit être comparé.
Garder sa mutuelle d’entreprise ou en changer ?
| Option | Avantages | Points de vigilance |
|---|---|---|
| Maintien loi Évin | Mêmes garanties, sans questionnaire ni carence, continuité des remboursements | Toute la cotisation à sa charge, tarif libre après trois ans, garanties pensées pour des actifs |
| Contrat individuel senior | Garanties adaptées à l’âge (audition, optique, hospitalisation), mise en concurrence possible | Tarif souvent lié à l’âge, garanties à comparer ligne par ligne |
| Complémentaire santé solidaire | Gratuite ou au plus 30 € par mois et par personne à partir de 70 ans | Sous conditions de ressources, droit à renouveler chaque année |
| Dispositif de l’entreprise ou de la branche | Parfois un contrat négocié pour les anciens salariés | Rare, à vérifier auprès du service RH |
Le bon choix dépend des garanties réellement utiles à la retraite. Un contrat d’entreprise couvre souvent bien la maternité ou les soins des enfants, inutiles à 65 ans, et parfois moins bien l’audition ou l’hospitalisation. Le maintien Évin peut aussi servir de transition : un contrat individuel peut être résilié à tout moment après sa première année, sans frais, avec effet un mois après la demande. Rien n’empêche donc de garder le contrat de l’entreprise le temps de comparer, puis d’en changer. Les règles et les précautions sont détaillées dans notre article mutuelle retraité : changer ou résilier son contrat.
Pour les retraités aux pensions modestes, la Complémentaire santé solidaire doit être vérifiée en premier. Pour une personne seule en métropole, elle est gratuite si les ressources mensuelles sont inférieures à 868,44 euros, et coûte entre 25 et 30 euros par mois après 60 ans si elles sont inférieures à 1 172,40 euros (plafonds au 1er avril 2026). Les tarifs, les aides et les leviers pour alléger la facture sont détaillés dans notre article sur le budget d’une mutuelle senior, et le socle commun à tous les contrats dans celui consacré au contrat responsable.
Les démarches avant et après le départ
| Quand | Démarche |
|---|---|
| Quelques mois avant le départ | Demander au service RH l’organisme assureur, le tarif global des actifs et le tableau des garanties |
| Dans les deux mois après le départ | Recevoir la proposition de maintien de l’organisme |
| Dans les six mois après le départ | Accepter le maintien, ou souscrire un autre contrat |
| Avant la fin de la 3e année | Comparer à nouveau, le tarif n’étant plus plafonné ensuite |
Pour éviter toute période sans couverture, le nouveau contrat individuel, s’il est choisi, doit prendre effet le lendemain de la fin du contrat collectif.
Questions fréquentes sur la mutuelle à la retraite
Peut-on garder la mutuelle de son entreprise à la retraite ?
Oui. L’article 4 de la loi Évin permet au retraité de conserver la complémentaire santé collective de son entreprise à titre individuel, avec les mêmes garanties, sans questionnaire médical ni délai de carence. Il doit en faire la demande dans les six mois qui suivent la fin de son contrat de travail.
Combien coûte la mutuelle d’entreprise une fois retraité ?
Le retraité paie seul la totalité de la cotisation. Le tarif ne peut pas dépasser le tarif global des actifs la première année, 125 % de ce tarif la deuxième et 150 % la troisième. À partir de la quatrième année, il n’est plus plafonné par la loi Évin.
La portabilité de la mutuelle s’applique-t-elle au départ à la retraite ?
Non. La portabilité, qui maintient gratuitement la mutuelle jusqu’à 12 mois, est réservée aux salariés dont la rupture du contrat ouvre droit à l’assurance chômage. Le départ à la retraite n’en fait pas partie.
Que se passe-t-il si l’on ne fait pas la demande dans les six mois ?
Le droit au maintien de la mutuelle d’entreprise est perdu. Le retraité doit alors souscrire un contrat individuel, ou demander la Complémentaire santé solidaire si ses ressources le permettent. Pour éviter une période sans couverture, mieux vaut préparer ce choix avant la date de départ.
Informations vérifiées le 28 octobre 2026. Sources : loi n° 89-1009 du 31 décembre 1989, dite loi Évin, articles 4 et 6 ; décret n° 2017-372 du 21 mars 2017 ; réponse ministérielle à la question écrite n° 13444, Assemblée nationale, XVe législature ; code de la sécurité sociale, article L911-8 sur la portabilité ; Fonds de la Complémentaire santé solidaire, plafonds au 1er avril 2026 ; Drees, La complémentaire santé, édition 2024 ; ministère de l’Économie, résiliation des contrats d’assurance.

