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Le traitement de la coalescence des petites lèvres est inutile

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1 Archives de Pédia­trie 2003 ;10 :465–66 E. Thi­baud, C. Duflos Uni­té de Gyné­co­lo­gie pédia­trique Hôpi­tal Necker-Enfants Malades, Paris.
Cor­res­pon­dance : E ;Thi­baud Uni­té d’en­do­cri­no­lo­gie et gyné­co­lo­gie pédiatrique
Hopi­tal Necker-Enfants malades 149 rue de Sèvres 75743 PARIS Cedex 15 Tel 0144494801 Fax 0144494800
http://w3med.univ-lille2.fr/pedagogie/contenu/discipl/gyneco-medic/module2/07–03-05/plaidoyer-pour-enfant.pdf

Par aimable auto­ri­sa­tion Eli­sa­beth Thibaud

La coa­les­cence ou acco­le­ment du bord libre des petites lèvres est fré­quente. Etant le plus sou­vent asymp­to­ma­tique, sa fré­quence est pro­ba­ble­ment sous évaluée.

La coa­les­cence des petites lèvres est une affec­tion bénigne , fré­quente, acquise, gué­ris­sant tou­jours spon­ta­né­ment. Elle ne néces­site aucun traitement.

Trop de petites filles sont encore vic­times de décol­le­ment répé­tés, intem­pes­tifs et dou­lou­reux dont elles gardent long­temps le sou­ve­nir. Les trai­te­ments locaux par pom­made, moins agres­sifs, sont au mieux inutiles, au pire nui­sibles ; en effet ils sont à l’o­ri­gine d’un inté­rêt trop sou­te­nu et d’at­tou­che­ments vul­vaires répé­tés qui chez cer­taines familles peut favo­ri­ser la confu­sion des espaces à res­pec­ter chez l’en­fant : le soin et l’intime.
L’une et l’autre atti­tudes dites thé­ra­peu­tiques peuvent réa­li­ser de véri­tables situa­tions de vio­lence sexuelle.

La coa­les­cence ou acco­le­ment du bord libre des petites lèvres est fréquente.

Etant le plus sou­vent asymp­to­ma­tique, sa fré­quence est pro­ba­ble­ment sous évaluée(1,2).
A notre consul­ta­tion de gyné­co­lo­gie pédia­trique , nous voyons en moyenne 40 cas par an. Elle touche des filles pré­pu­bères âgées de quelques mois à 6 ans avec un pic de fré­quence entre 2 et 4 ans. Elle est tou­jours acquise et se consti­tue à la fin de la 1 ère année de vie. Nous n’en avons jamais vu avant l’âge de 3 mois, ni à l’adolescence

. Elle néces­site en effet pour se consti­tuer une muqueuse vul­vaire fine, non estro­gé­ni­sée. La vulve du nou­veau né est pro­té­gée par les estro­gènes mater­nels et la vulve de l’a­do­les­cente par ses propres estrogènes.

Le diag­nos­tic de la coa­les­cence des petites lèvres est clinique.
L’accolement peut être complet.
La vulve appa­raît plate, sans relief. On ne voit ni les petites lèvres, ni le ves­ti­bule de la vulve, ni l’u­rètre. Le cli­to­ris et les grandes lèvres sont normaux.
Leur trac­tion laté­rale fait appa­raître l’ac­co­le­ment sous l’as­pect d’une ligne médiane, trans­lu­cide, avas­cu­laire depuis la four­chette vul­vaire jus­qu’au cli­to­ris. Il per­siste un petit ori­fice sous cli­to­ri­dien bor­dé par l’o­ri­gine des petites lèvres qui se rejoignent sur la ligne médiane(3).

L’ac­co­le­ment peut être incom­plet, pos­té­rieur le plus sou­vent, par­fois médian ou anté­rieur. L’ac­co­le­ment est habi­tuel­le­ment obser­vé au cours d’un exa­men sys­té­ma­tique car il est asymptomatique.

S’il est décou­vert à l’oc­ca­sion d’une vul­vite ou d’une infec­tion uri­naire, il n’en est pas la cause(3). Il ne pro­voque pas d’obs­tacle à la mic­tion, tout au plus une dévia­tion du jet uri­naire. La vulve étant pro­té­gée par les petites lèvres acco­lées, les vul­vites sont rares. Dans notre expé­rience il n’a jamais été néces­saire de lever un acco­le­ment pour trai­ter des vul­vites ou des infec­tions urinaires.

Les acco­le­ments ne devraient pas être confon­dus avec une ambi­guï­té géni­tale qui com­porte une fusion par­tielle ou com­plète des grandes lèvres et sou­vent une hyper­tro­phie cli­to­ri­dienne qui peut être modérée.
Dans les imper­fo­ra­tions hymé­néales ou les apla­sies vagi­nales, les 4 petites lèvres sont nor­males, le méat uri­naire visible et der­rière lui existe une cupule pleine à la place de l’o­ri­fice vagi­nal. Une seule cir­cons­tance cli­nique, bien que rare, à savoir recon­naître est l’as­so­cia­tion à un lichen sclé­reux vul­vaire qui se mani­feste par un pru­rit intense, un aspect blanc nacré, dépo­li, de la muqueuse vul­vaire et péri­néale, et par­fois des exco­ria­tions et des hémor­ra­gies sous épi­thé­liales. Dans ce cas un trai­te­ment spé­ci­fique doit être entrepris.

Le trai­te­ment de la coa­les­cence n’est indi­qué que dans deux situa­tions rares :

  • l’as­so­cia­tion à un lichen sclé­reux : c’est celui-ci qui doit être traité.
  • l’obs­tacle qu’elle consti­tue à la réa­li­sa­tion d’une cys­to­gra­phie rétro­grade dans le bilan d’in­fec­tions uri­naires. Il faut alors déga­ger l’o­ri­fice uré­tral en levant par­tiel­le­ment l’ac­co­le­ment par l’ap­pli­ca­tion de pom­made à acti­vi­té estro­gè­nique pen­dant 1 à 2 semaines ( tel Colpotrophine®).

Dans tous les autres cas, aucun trai­te­ment n’est nécessaire.

La sépa­ra­tion manuelle, qu’elle soit faite en consul­ta­tion avec ou sans pom­made anes­thé­siante, avec ou sans pré­pa­ra­tion par une pom­made estro­gè­nique et même sous anes­thé­sie géné­rale est tou­jours inutile, sou­vent trau­ma­ti­sante et dans la majo­ri­té des cas sui­vie de récidives(2–4).
De même l’ap­pli­ca­tion répé­tée de crème à acti­vi­té estro­gè­nique ( type Col­po­tro­phine®) a été pro­po­sée. Elle per­met une levée douce et pro­gres­sive de l’ac­co­le­ment, mais là encore l’ar­rêt du trai­te­ment est sou­vent sui­vi de réci­dive, et la pro­lon­ga­tion de soins locaux peut être à l’o­ri­gine de per­tur­ba­tions rela­tion­nelles et psychologiques.
Il ne faut donc pas trai­ter les coa­les­cences des petites lèvres . Les réper­cus­sions secon­daires des trai­te­ments sont d’au­tant plus injus­ti­fiables que les acco­le­ments sont bénins et évo­luent tou­jours vers une gué­ri­son spon­ta­née au cours de l’en­fance ou au plus tard lors des pre­mières modi­fi­ca­tions vul­vai res de la puberté

(3,4). BIBLIOGRAPHIE 1. Leung AKC, Rob­son WLM, Tay-Uybo­co J.The inci­dence of labial fusion in chil­dren. J.Paedriatr.Child Haelth.1993 ;29 :235–236. 2 Muram D, Schroe­der B,discussant Mana­ge­ment of labial adhe­sions in pre­pu­ber­tal girls. in Opi­nions in Pedia­tric and Ado­les­cent Gyne­co­lo­gy. J Pedia­tr Ado­lesc Gynecol.2000 ; 13 : 183–186. 5 3. Guillaume P, Had­dad B, Tou­boul C, Paniel BJ. Coa­les­cence des petites lèvres. Réfé­rences en gyné­co­lo­gie obs­té­trique. 1995 ; 3 : 245–250. 4. Muram D. Trea­te­ment of pre­pu­ber­tal girls with labial adhe­sions. J Pedia­tr Ado­lesc Gyne­col. 1999 ; 12 :67–70.

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Résu­mé
La coa­les­cence des petites lèvres est une affec­tion fré­quente, bénigne et asymp­to­ma­tique. Lors­qu’elle est décou­verte à l’oc­ca­sion d’une vul­vite ou d’une infec­tion uri­naire, celles- ci n’en sont pas la cause. Que le décol­le­ment soit fait avec ou sans pom­made anes­thé­siante, avec ou sans pré­pa­ra­tion par les estro­gènes ou sous anes­thé­sie géné­rale, il est tou­jours inutile, sou­vent trau­ma­ti­sant et dans la majo­ri­té des cas sui­vi de réci­dive. Trop de petites filles sont vic­times de décol­le­ments répé­tés et dou­lou­reux dont elles gardent long­temps le sou­ve­nir. Les réper­cus­sions secon­daires des trai­te­ments sont d’au­tant plus injus­ti­fiables que les acco­le­ments évo­luent tou­jours vers la régres­sion spon­ta­née au cours de l’en­fance ou au plus tard lors des pre­mières modi­fi­ca­tions vul­vaires qui accom­pagnent le démar­rage pubertaire.

Abs­tract
Labial agglu­ti­na­tion is a com­mon, asymp­to­ma­tic and beni­gn fin­ding, among young girls. It is often dis­co­ve­red during consul­ta­tion for vul­var or uri­na­ry infec­tions, and it is not cau­sed by these condi­tions. Whe­ther the sepa­ra­tion of labial adhe­sions is done with or without the use of anes­the­tic crems, with or without the use of estro­gen, or during gene­ral anes­the­sia, it remains always a use­less inter­ven­tion, trau­ma­ti­zing for the child and with a great recur­rence rate. A lot of young girls are vic­tims of manual sepa­ra­tions and they often keep a bad memo­ry of this pain­full inter­ven­tions. The side effects of dif­ferent medi­cal treat­ments used to treat this condi­tion can not be jus­ti­fied, because labial agglu­ti­na­tion always regress spon­ta­neous­ly during the child­hood, or at latest at the occur­rence of first vul­var modi­fi­ca­tions which accom­pa­gnie the begin­ning of puberty.

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