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Colchicine : interactions et effets indésirables graves, parfois mortels

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Com­mu­ni­qués de presse de la Revue Pres­crire Numé­ro 294, avril 2008

Voir éga­le­ment : Mise en garde pour les spé­cia­li­tés à base de col­chi­cine [Lire] (Ansm 2012 et 2016)

Rap­pel – NB
La col­chi­cine est un vieux médi­ca­ment, long­temps per­çu comme un pro­duit ano­din. En fait, il s’a­git d’un poi­son du fuseau : elle se fixe aux micro­tu­bules (liai­son à la tubu­line, pro­téine ubi­qui­taire) empê­chant ain­si leur poly­mé­ri­sa­tion et blo­quant la mitose en méta­phase. Elle a une concen­tra­tion très éle­vée dans les glo­bules blancs, ce qui modi­fie­rait plu­sieurs de leurs fonc­tions (chi­mio­tac­tisme, pha­go­cy­tose, dégra­nu­la­tion, etc.) et serait res­pon­sable de son effet anti-inflammatoire.
Ce méca­nisme d’ac­tion par­ti­cu­lier, s’il explique l’ef­fi­ca­ci­té du pro­duit, peut aus­si entraî­ner une toxi­ci­té mul­ti­vis­cé­rale en cas de sur­do­sage, assez fré­quent dans le trai­te­ment de la goutte en rai­son d’une fenêtre thé­ra­peu­tique étroite. À ce pro­pos, l’ANSM a publié deux mises en garde en 2011 et 2013. Il faut en par­ti­cu­lier évi­ter d’as­so­cier la col­chi­cine aux inhi­bi­teurs du cyto­chrome P450-A4 (macro­lides, anti­fun­giques imi­da­zo­lés, iso­nia­zide, véra­pa­mil, cer­tains anti- HIV, etc.) ain­si qu’à la ciclo­spo­rine, et évi­ter de l’ad­mi­nis­trer aux insuf­fi­sants rénaux et hépa­tiques graves.

Il faut aus­si bien com­prendre que la diar­rhée n’est pas un effet indé­si­rable iné­luc­table mais que c’est le pre­mier signe de surdosage.
Sa sur­ve­nue doit donc abso­lu­ment faire bais­ser la poso­lo­gie et par­fois stop­per le trai­te­ment. Les véri­tables intoxi­ca­tions aiguës sont rares en France (plus fré­quentes dans les pays médi­ter­ra­néens où le pro­duit est plus lar­ge­ment dis­tri­bué dans le cadre du trai­te­ment chro­nique de la mala­die pério­dique) mais sont graves. Elles asso­cient des atteintes neu­ro­lo­giques (convul­sions…), diges­tives (diar­rhées, vomis­se­ments…), car­diaques (choc car­dio­gé­nique), héma­to­lo­giques (toxi­ci­té médul­laire entraî­nant leu­co­pé­nie et thrombopénie).


La col­chi­cine est sou­vent uti­li­sée dans le trai­te­ment de l’accès aigu de goutte, et dans cer­taines autres mala­dies, peu fré­quentes comme la péri­car­dite. Dans son numé­ro d’avril, Pres­crire rap­pelle que la col­chi­cine est un médi­ca­ment dont les effets indé­si­rables sont par­fois graves : des­truc­tion de cel­lules san­guines, par­fois mor­telle ; insuf­fi­sance rénale ; alté­ra­tion des muscles ; troubles diges­tifs fré­quents dont la diar­rhée, qui est un signal de sur­dose ; etc.

L’apparition de ces troubles est favo­ri­sée par une insuf­fi­sance rénale, notam­ment chez les per­sonnes âgées, ain­si que par l’association à cer­tains médi­ca­ments : anti­bio­tiques (notam­ment cer­tains macro­lides), anti-inflam­ma­toires non sté­roï­diens (AINS), anti-hyper­ten­seurs, médi­ca­ments hypo­cho­les­té­ro­lé­miants (sta­tines et fibrates), etc.

En cas de crise de goutte, un trai­te­ment par appli­ca­tion de glace et prise de para­cé­ta­mol, voire d’un AINS tel que l’ibuprofène, s’avère sou­vent déjà efficace.
En cas d’échec, la col­chi­cine est par­fois utile, en se limi­tant à la poso­lo­gie mini­male et en assu­rant une sur­veillance renforcée.

La sur­ve­nue d’effets indé­si­rables, notam­ment la diar­rhée qui est un des effets indé­si­rables les plus pré­coces, est à sur­veiller, en par­ti­cu­lier chez les patients insuf­fi­sants rénaux et les per­sonnes âgées.

La col­chi­cine peut induire une neu­ro-myo­pa­thie, par­ti­cu­liè­re­ment en cas de greffe d’or­gane, d’in­suf­fi­sance rénale ou de trai­te­ment par la ciclo­spo­rine. Un aspect de myo­pa­thie avec des salves myo­to­niques à l’EMG est en faveur de cette étio­lo­gie, dont le diag­nos­tic est posé sur les modi­fi­ca­tions his­to­lo­giques caractéristiques.
L’u­ti­li­sa­tion fré­quente de la col­chi­cine et la réver­si­bi­li­té poten­tielle de la myo­pa­thie qu’elle peut induire font de cette patho­lo­gie une enti­té à connaître et à évo­quer, sur­tout chez les greffés.
(Bos­ca ME et coll. : Col­chi­cin-indu­ced myo­pa­thy : des­crip­tion of a series of 7 patients. Ame­ri­can Aca­de­my of Neu­ro­lo­gy 60th annual mee­ting (Chi­ca­go) : 12–19 avril 2008.)

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