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Usage détournédu trihexyphénidyle (Artane ®)

Publié le

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Par aimable auto­ri­sa­tion
Dr David Mété·, Mlle Anne Bode­reau··, Dr Patri­cia Wind-Nay···. Dr Élise Hur­bin· .. •
Ser­vice d’ad­dic­to­lo­gie et de méde­cine géné­rale, CHD Félix Guyon, Saint-Denis, la Réunion, France
Alcoo­lo­gie et addic­to­lo­gie 2008 ; 30(2) : 129–135

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Le tri­hexy­phé­ni­dyle est un anti­cho­li­ner­gique mus­ca­ri nique de syn­thèse com­mer­cia­li­sé sous le nom d’Ar­tane ® en France. Il pos­sède le plus impor­tant poten­tiel d’a­bus et de dépen­dance par­mi sa classe.

Son usage détour­né se ren­contre chez deux groupes de patients.

  • Le pre­mier est com­po­sé de sujets psy­cho­tiques trai­tés par neu­ro­lep­tiques clas­siques et dont les signes extra­py­ra­mi­daux induits sont cor­ri­gés par le tri­hexy­phé­ni­dyle ; la molé­cule pos­sède une effi­ca­ci­té sur les signes néga­tifs liés il la mala­die ain­si que sur les effets secon­daires des neu­ro­lep­tiques.
    Ce type d’a­bus s’ob­serve par­tout où la molé­cule est prescrite. 
  • Le second groupe est consti­tué de sujets jeunes, de sexe mas­cu­lin, poly­con­som­ma­teurs, qui l’u­ti­lisent seul ou plus sou­vent avec d’autres sub­stances psy­choac­tives. Ce type d’u­sage se ren­contre plus spé­ci­fi­que­ment dans cer­taines régions du globe. Mal­gré une toxi­ci­té faible et un poten­tiel de dépen­dance limi­té. cette molé­cule peut favo­ri­ser le pas­sage il l’acte violent. en par­ti­cu­lier asso­ciée il d’autres sub­stances psy­choac­tives comme l’al­cool, les ben­zo­dia­zé­pines et le can­na­bis.

    Les indi­ca­tions réelles de pres­crip­tion du tri­hexy­phé­ni­dyle sont res­treintes en rai­son de l’exis­tence de nom­breuses alter­na­tives thé­ra­peu­tiques. Les mesures de vigi­lance, tant au niveau des pres­crip­teurs que des pou­voirs publics et des fabri­cants, devraient être renforcées.

Les effets recherchés

Il s’a­git prin­ci­pa­le­ment de l’eu­pho­rie et d’un effet psy­cho­sti­mu­lant qui donne au sujet un sen­ti­ment de toute-puis­sance, accom­pa­gnés par­fois d’une dés­in­hi­bi­tion favo­ri­sant le pas­sage à l’acte.
Les usa­gers font état de simi­li­tudes avec les amphé­ta­mines, l’ecs­ta­sy, voire même le crack ; ils absorbent en moyenne un demi à quatre com­pri­més de 5 mg afin d’ob­te­nir l’ef­fet recher­ché.
Le THP est par­fois consi­dé­ré comme  »l’ecs­ta­sy du pauvre ».

En plus du bien-être, il est rap­por­té un sen­ti­ment de plus grande confiance en soi. Ses effets sti­mu­lants en font un pro­duit dopant même s’i ! ne figure pas sur la liste offi­cielle des sub­stances dopantes .
Une amé­lio­ra­tion de la qua­li­té des rela­tions sexuelles sous l’ef­fet du pro­duit est sou­vent mentionnée.

Tableau 1 : Effets du tri­hexy­phén­dyle dans le cadre du mésusage

Effets posi­tifs recher­chés
Eupho­rie
Effet psy­cho­sti­mu­lant
Effet dopant
Hal­lu­ci­na­tions
Amné­sie
Effet entac­to­gène
Sexua­li­té améliorée
Effets néga­tis
Seche­resse bucale, caries den­taires
Hal­lu­ci nations
Amné­sie
Vomis­se­ments
Consti­pa­tion
Tachy­car­die
Réten­tion uri­naire
Troubles visuels

 

Les moda­li­tés d’usage

Les prises se font par voie orale essen­tiel­le­ment sous forme de com­pri­més de 5 mg ; la voie intra­vei­neuse a été décrite mais semble excep­tion­nelle .
Le THP est pris seul ou en asso­cia­tion à d’autres sub­stances psy­choac­tives comme l’al­cool, les ben­zo­dia­zé­pines, le can­na­bis, des bois­sons conte­nant de la caféine (café, sodas.. .).
L’ad­jonc­tion de caféine per­met de limi­ter les effets néga­tifs sur la mémoire et de poten­tia­li­ser l’ef­fet eupho­rique .
L’as­so­cia­tion avec l’al­cool, les ben­zo­dia­zé­pines et le can­na­bis favo­ri­seune impor­tante dés­in­hi­bi­tion et aug­mente le risque de pas­sage à l’acte délic­tueux.
L’u­sage peut être régu­lier ou occa­sion­nel. Une accou­tu­mance est possible.

oxi­ci­té

La dan­ge­ro­si­té du pro­duit est limi­tée avec un risque de coma, d’a­ryth­mie et d’hy­per­ther­mie.
L’an­ti­dote théo­rique est la phy­so­stig­mine , inhi­bi­trice des acéty1cholinestérases et qui pos­sède une action cho­li­no­mi­mé­tique cen­trale et péri­phé­rique. Elle est rare­ment indi­quée ; en pra­tique, l’ar­rêt est suf­fi­sant et la récu­pé­ra­tion com­plète est la règle. La détec­tion des anti­cho­li­ner­giques dans les liquides bio­lo­giques, si elle est pos­sible, n’est pas acces­sible dans les exa­mens de routine.

Poten­tiel de dépendance

Plu­sieurs tra­vaux sur des modèles expé­ri­men­taux de dépen­dance chez l’a­ni­mal ont objec­ti­vé un ren­for­ce­ment posi­tif avec les anti­cho­li­ner­giques, en faveur de leur poten­tiel addic­tif .
Le THP est le pre­mier anti­cho­li­ner­gique de syn­thèse concer­né par l’a­bus car il est le plus sti­mu­lant d’entre eux entraîne une dépen­dance psy­chique modé­rée, la dépen­dance phy­sique étant sujette à contro­verse.
Une cer­taine tolé­rance existe avec les anti­cho­li­ner­giques : des signes de sevrage, à type d’ir­ri­ta­bi­li­té, de trem­ble­ments, de nau­sées et de vomis­se­ments peuvent s’ob­ser­ver chez les uti­li­sa­teurs réguliers .

En conclu­sion

Le tri­hexy­phé­ni­clyle (Artane °) est l’an­ti­cho­li­ner­gique mus­ca­ri­nique de syn­thèse qui pos­sède le plus impor­tant poten­tiel d’a­bus et de dépendance.

Deux groupes d’u­sa­gers sont dis­tin­gués. Le pre­mier com­porte en fonc­tion des séries jus­qu’à plus de 30 %des patients schi­zo­phrènes trai­tés par neu­ro­lep­tiques et dont les signes extra­py­ra­mi­daux induits sont cor­ri­gés par le tri­hexy­phé­ni­dyle. Ce type d’a­bus s’ob­serve par­tout où la molé­cule est pres­crite, en rai­son d’une effi­ca­ci­té sur les signes néga­tifs propres à la schi­zo­phré­nie mais aus­si sur les effets secon­daires des neuroleptiques.

Le second groupe se com­pose de sujets jeunes, poly­con­som­ma­teurs, de sexe mas­cu­lin en situa­tion de dés­in­ser­tion sans troubles psy­cho­pa­tho­lo­giques spé­ci­fiques. Le but recher­ché est sur­tout l’eu­pho­rie, l’ef­fet psy­cho­sti­mu­lant, mais par­fois aus­si les hal­lu­ci­na­tions et l’ef­fet amné­siant. Le pro­duit est consom­mé seul ou plus sou­vent en asso­cia­tion avec de l’al­cool, des ben­zo­dia­zé­pines ou du can­na­bis, le pas­sage à l’acte délic­tueux étant alors plus fréquent.

II existe d’im­por­tantes dis­pa­ri­tés selon les régions du globe liées soit à des habi­tudes, soit au faible coût de la molécule.

La vigi­lance des pres­crip­teurs, des pou­voirs publics et des fabri­cants doit être accrue. •

D. Mête. A. Bode­reau, P. Wind·Nay, Ê. Hurbin

 

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