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Repère Chikungunya pour votre pratique

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Etat des connais­sances : février 2006. Docu­ment réser­vé aux pro­fes­sion­nels de santé
Ver­sion 2



Une impor­tante épi­dé­mie de chi­kun­gu­nya sévit actuel-lement dans l’o­céan indien. Elle a atteint La Réunion fin mars 2005 et connaît actuel­le­ment une recru­des­cence majeure, sans précédent.
Ce « Repères pour votre pra­tique » a été pré­pa­ré par un groupe de pro­fes­sion-nels de san­té de La Réunion en col­la­bo­ra­tion avec le minis­tère de la San­té, l’InVS, l’Af­ssaps et l’Inpes.
Il rap­pelle les prin­ci­pales connais­sances dis­po­nibles sur cette patho­lo­gie, en pre­nant en compte l’ex­pé­rience acquise depuis plu­sieurs mois à La Réunion sur sa prise en charge. Il pré­sente notam­ment les conclu­sions de tra­vaux récents que mène le groupe de tra­vail réunion­nais sur les arboviroses.

His­to­rique et com­plé­ments d’in­for­ma­tions sur l’é­pi­dé­mie de l’île de la Réunion : [Lien]

Qu’est-ce que le chikungunya ?

Le virus chi­kun­gu­nya (CHIK) est un arbo­vi­rus (Alpha­vi­rus de la famille des Toga­vi­ri­dae) à ARN ther­mo­sen­sible. Il a été iso­lé pour la pre­mière fois en Tan­za­nie et en Ougan­da en 1953. Pour mémoire, le virus de la dengue (DEN), autre arbo­vi­rus, est un Fla­vi­vi­rus d’une famille différente.
En zones urbaines, où sont décrites la majo­ri­té des épi­dé­mies, la trans-mis­sion se fait d’homme à homme par l’in­ter­mé­diaire de mous­tiques du genre Aedes notam­ment (Aedes aegyp­ti, albo­pic­tus, poly­ne­sien­sis). Ce genre de mous­tiques trans­met éga­le­ment la dengue.
A La Réunion, le mous­tique sus­pec­té d’être le vec­teur est Aedes albo­pic­tus. C’est un vec­teur diurne avec un pic d’ac­ti­vi­té en début et en fin de jour­née. La trans­mis­sion peut aus­si être mater­no-foe­tale. Ce fait n’a­vait pas été rap­por­té jus­qu’à pré­sent dans la lit­té­ra­ture médi­cale internationale.

Dans le monde

Cette patho­lo­gie se répar­tit en Afrique, en Asie du sud-est et dans le sous-conti­nent indien.
En Afrique, des cas cli­niques ont été décrits de 1957 à 1974 (Trans­vaal, Ougan­da, Congo, Nige­ria, Gha­na, Rho­dé­sie du sud).

Des enquêtes séro­lo­giques ont éga­le­ment per­mis de mettre en évi­dence ce virus au Séné­gal, au Bur­ki­na Faso, en Répu­blique cen­tra­fri­caine, au Came­roun, en Gui­née portugaise.

Enfin, il a été réper­to­rié en Asie, notam­ment aux Phi­lip­pines, en Malai­sie, au Cam­bodge, au sud de l’Inde et au Pakistan.

En 2005, la mala­die a d’a­bord tou­ché les Comores, puis l’île Mau­rice et Mayotte, et enfin La Réunion, attei­gnant ain­si pour la pre­mière fois le ter­ri­toire français.

Vous sus­pec­tez un cas de chi­kun­gu­nya. Que faire ?

Le diag­nos­tic cli­nique est rapi­de­ment évo­qué dans un contexte épi­dé­mique (mais atten­tion, il faut aus­si gar­der à l’es­prit les autres diag­nos­tics étio­lo­giques d’une fièvre).

Ce diag­nos­tic peut être confir­mé par séro­diag­nos­tic à par­tir de réac­tifs four­nis par le Centre Natio­nal de Réfé­rence des arbo­vi­roses :les IgM sont iden­ti­fiées en moyenne à par­tir du cin­quième jour après l’ap­par-tion des signes cliniques.

Un diag­nos­tic plus pré­coce peut aus­si être obte­nu par ampli­fi­ca­tion génique (RT-PCR). Ces exa­mens sont réa­li­sés par les labo­ra­toires hos­pi­ta­liers d’im­mu­no­lo­gie du CH de Saint-Denis et de Saint-Pierre, qui ont pas­sé une conven­tion avec le Centre Natio­nal de Réfé­rence des Arboviroses.

Séro­diag­nos­tics à adap­ter aux situations

En popu­la­tion générale

> En zone épidémique

  • pas de séro­lo­gie CHIK sys­té­ma­tique devant une symp­to­ma­to­lo­gie cli­nique évocatrice ;
  • séro­lo­gie CHIK et DEN en cas de doute diag­nos­tique, compte tenu de la pos­sible cocir­cu­la­tion des deux virus.

    > En zone NON épidémique

  • séro­lo­gie CHIK sys­té­ma­tique pour les « pre­miers cas sus­pects », sans condi­tion­ner l’in­ter­ven­tion de la lutte anti­vec­to­rielle (LAV) au résultat ;
  • séro­lo­gie CHIK et DEN en cas de doute diag­nos­tique, compte tenu de la pos­sible cocir­cu­la­tion des deux virus.

Femmes enceintes

  • pas de séro­lo­gie CHIK chez les femmes asymptomatiques ;
  • séro­lo­gie CHIK chez les femmes symp­to­ma­tiques sans autre cause infec­tieuse évi­dente (ou habi­tant dans une zone de cir­cu­la­tion active du virus) ;
  • PCR chez les femmes pré­sen­tant un CHIK aigu au cours du der­nier mois de grossesse.

Formes hos­pi­ta­li­sées

  • PCR et/ou séro­lo­gie CHIK pour les formes graves (met­tant en jeu le pro­nos­tic vital) ou pour les formes « émer­gentes », c’est-à-dire pré­sen­tant une symp­to­ma­to­lo­gie cli­nique non encore décrite dans la lit­té­ra­ture internationale.

La prise en charge en phase aiguë

En l’ab­sence d’un trai­te­ment anti­vi­ral spé­ci­fique, la prise en charge est cen­trée sur la sur­veillance et les trai­te­ments symp­to­ma­tiques : antal­giques, anti­py­ré­tiques, main­tien des fonc­tions essen­tielles. Elle est adap­tée à l’é­tat cli­nique du patient, en étant atten­tif aux effets iatro­gènes des thé­ra­peu­tiques prescrites.

Groupes à risque spécifiques
Cer­taines per­sonnes pré­sentent un risque par­ti­cu­lier et néces­sitent alors une sur­veillance ren­for­cée et des conseils spé­ci­fiques : femmes enceintes, nou­veau-nés, per­sonnes âgées, per­sonnes immu-nodé­pri­mées, insuf­fi­sants rénaux, insuf­fi­sants hépa­tiques, sujets trai­tés par anti-hyper­ten­seurs inhi­bant le sys­tème rénine angio­ten­sine aldo­sté­rone (évi­ter chez ces patients la pres­crip­tion des anti-inflam­ma­toires non sté­roï­diens (AINS), recher­cher une déshy­dra­ta­tion extra-cel­lu­laire, une hypo­ten­sion arté­rielle sys­té­mique, une tachycardie).

1/ Prise en charge en popu­la­tion générale

  • Pres­crire le plus tôt pos­sible le trai­te­ment symp­to­ma­tique pour sou­la­ger la dou­leur et la fièvre (cf. enca­drés « trai­te­ments antal­giques » et « conseils aux patients »).
  • Tenir compte des trai­te­ments déjà pris par le malade, y com­pris la phytothérapie.
  • Veiller à la bonne hydra­ta­tion du patient, à une ali­men­ta­tion adap­tée aux goûts et aux dif­fi­cul­tés à déglu­tir (aphtes) ;
  • un ren­fort d’heures d’aide-ména­gères et des pas­sages plus fré­quents d’in­fir­mières peuvent être à prévoir.
  • Pres­crire, si néces­saire, une kiné­si­thé­ra­pie à des fins antal­gi-ques (mas­sage, cryo­thé­ra­pie, cha­leur locale…), avec mobi­li­sa-tion pré­coce après la phase fébrile.
  • Expli­quer au patient et à son entou­rage les mesures de pro-tec­tion pour évi­ter la trans­mis­sion vectorielle.
  • Recher­cher la sur­ve­nue éven­tuelle de com­pli­ca­tions propres à la mala­die : forte fièvre, formes cuta­nées vési­cu­lo-bul­leuse ou exten­sive… ou de formes graves avec des symp­tômes d’at­teinte céré­brale (signes de ménin­gite ou d’encéphalopathie).
  • Sur­veiller ulté­rieu­re­ment l’ap­pa­ri­tion d’ef­fets indé­si­rables liés au traitement.
  • Sur­veiller de manière accrue les comor­bi­di­tés : insuf­fi­sance car­diaque, insuf­fi­sance hépa­tique, insuf­fi­sance coro­naire, dia­bète, insuf­fi­sance rénale chronique…
  • Prendre ou faire prendre des nou­velles du patient, sur­tout s’il vit seul et lui recom­man­der, ain­si qu’à ses proches, d’ap­pe­ler si son état ne s’a­mé­liore pas avec le traitement.
Conseils aux patients

Aucun médi­ca­ment ne doit être pris sans conseil de son méde­cin ou de son pharmacien.
Atten­tion aux risques liés à l’au­to­mé­di­ca­tion, à l’a­bus de consom­ma­tion et au recours incon­trô­lé à la phytothérapie.
Le risque thé­ra­peu­tique est le déve­lop­pe­ment d’une iatro­gé­nie majeure (hépa­tite médi­ca­men­teuse, syn­drome de Lyell, immu­no-dépres­sion induite…) dans un contexte où un fac­teur immu­ni­taire semble impor­tant et défavorable.

Trai­te­ments antal­giquesPalier 1 (non morphiniques)

  • Para­cé­ta­mol, qui reste le pro­duit de réfé­rence en pre­mière inten­tion, notam­ment chez l’en­fant et le nour­ris­son. Le risque d’hé­pa­tite impose la pru­dence en par­ti­cu­lier en cas d’hé­pa­to­pa­thie alcoo­lique pré­exis­tante, de consom­ma­tion exces­sive d’al­cool ou de prises répé­tées à doses suprathérapeutiques.
  • Anti-inflam­ma­toires non sté­roï­diens (AINS). Les effets indé­si­rables nom­breux et variés imposent une grande pru­dence dans ce contexte : toxi­ci­té diges­tive, rénale, effets sur l’hé­mo­stase avec allon­ge­ment du temps de sai­gne­ment, infec­tions des tis­sus mous et risque de sep­sis grave. De façon plus excep­tion­nelle : atteintes cuta­nées sévères (syn­dromes de Lyell et de Ste­vens-John­son) et toxi­ci­té hépatique.
    Tenir compte des contre-indi­ca­tions (à par­tir de 24 SA – 6ème mois de gros­sesse, nour­ris­son de moins de 3 mois…).
  • Sali­cy­lés. Ils par­tagent les mêmes effets indé­si­rables que les AINS, mais il faut rap­pe­ler le risque de sur­ve­nue du Syn­drome de Reye, essen­tiel­le­ment obser­vé chez l’en­fant.

    Palier 2 (mor­phi­niques faibles)

  • Tra­ma­dol seul ou asso­cié au para­cé­ta­mol. Formes adulte et pédia­trique (>3 ans). Effets secon­daires des opiacés.
  • Codéine asso­ciée au para­cé­ta­mol. Forme adulte (asso­cia­tion fixe) et sirop de codéine asso­cié au para­cé-tamol chez l’en­fant (à par­tir de 1 an). Effets secon­daires : som­no­lence, ver­tiges, nau­sées, vomis­se­ments, consti­pa­tion, assuétude.
  • Dex­tro­pro­poxy­phène (DPX) asso­cié au para­cé­ta­mol. L’ef­fi­ca­ci­té de l’as­so­cia­tion au para­cé­ta­mol ne sem-ble pas supé­rieure au para­cé­ta­mol seul, avec en plus des effets secon­daires liés aux pro­prié­tés opia­cées et à des effets car­diaques directs du DPX. Contre-indi­ca­tion en cas d’in­suf­fi­sance rénale sévère.

    Palier 3 (mor­phi­niques forts)

  • Mor­phi­niques per os (formes retard, immé­diate) ou SC. À décon­seiller chez le sujet pré­sen­tant une insuf­fi­sance res­pi­ra­toire, uti­li­sa­tion pru­dente chez les per­sonnes âgées en rai­son d’une sen­si­bi­li­té par­ti­cu­lière aux effets cen­traux. Autres effets indé­si­rables : som­no­lence, confu­sion, effets indé­si­rables diges­tifs (nau-sées, vomis­se­ments, consti­pa­tion), uri­naires (réten­tion, dys­urie), …

    Remarques

  • Cor­ti­co­thé­ra­pie. Si les cor­ti­coïdes peuvent être effi­caces sur la dou­leur inflam­ma­toire, leur uti­li­sa­tion est décon­seillée dans un contexte d’af­fec­tion virale et d’une pos­sible immunodépression.
  • Anti­pa­lu­déens (action anti-inflam­ma­toire mise à pro­fit dans la poly­ar­thrite rhu­ma­toïde). L’u­ti­li­sa­tion de sub­stances comme le sul­fate de chlo­ro­quine (Niva­quine), la qui­nine thia­mine (Hexa­quine), l’hy­dro­chlo-roquine (Pla­que­nil), uti­li­sées dans d’autres patho­lo­gies inflam­ma­toires, n’a pas mon­tré d’ef­fi­ca­ci­té dans la prise en charge du chikungunya.

NB NB NB
En cas de sus­pi­cion d’in­fec­tion par le virus de la dengue ou de cas de coin­fec­tion chi­kun­gu­nya et dengue, seul le para­cé­ta­mol par­mi les antal­giques de palier 1 peut être uti­li­sé. En effet le risque de com­pli­ca­tion hémor­ra­gique lié à l’in­fec­tion par la dengue fait vive­ment décon­seiller les AINS et les sali­cy­lés, en rai­son de leur effet sur l’hé­mos-tase et de l’al­lon­ge­ment du temps de saignement.

Quand hos­pi­ta­li­ser ?

  • En cas de doute diag­nos­tique qui ne peut être réso­lu en ambulatoire ;
  • En cas de sus­pi­cion d’une forme com­pli­quée, telle que :
    —- alté­ra­tion de l’é­tat géné­ral en lien avec la fièvre, déshy­dra­ta­tion, impo­tence fonc­tion­nelle, cli­no­sta­tisme (« glissement ») ;
    —- formes excep­tion­nelles : ménin­go-encé­pha­lite, hépa­tite, atteinte cuta­née, myocardite ;
    —- décom­pen­sa­tion d’une comor­bi­di­té (car­diaque : insuf­fi­sance coro­naire, insuf­fi­sance car­diaque, rénale, hépa­tique, diabétique …) ;
    —- com­pli­ca­tions iatrogènes.
  • En cas d’im­pos­si­bi­li­té d’un main­tien à domi­cile par absence de recours fami­lial et mal­gré la mise en place ou le ren­fort d’aides à domicile.

2/ Prise en charge des femmes enceintes

Le diag­nos­tic repose sur un exa­men cli­nique qui per­met de retrou­ver les signes de la mala­die et :

  • d’é­li­mi­ner les prin­ci­paux diag­nos­tics dif­fé­ren­tiels (infec­tion uri­naire, pyé­lo­né­phrite, cho­rioam­nio­tite, cho­lé­cys­tite, appendicite…) ;
  • de recher­cher des signes de gra­vi­té : hyper­ther­mie (t°> 39°C), troubles neu­ro­lo­giques, hémor­ra­gie (gin-givor­ra­gie, épis­taxis, héma­tomes, pur­pu­ra…), contrac­tions uté­rines, impos­si­bi­li­té de s’a­li­men­ter, alté­ra­tion de l’é­tat géné­ral, alté­ra­tion de l’en­re­gis­tre­ment du rythme car­diaque foe­tal (ERCF) après 28 SA.

La conduite à tenir en cas de cli­nique évo­ca­trice SANS signes de gra­vi­té (forme typique habi­tuelle) repose sur :

  • la consul­ta­tion en urgence à la mater­ni­té des femmes qui sont à leur 9ème mois de gros­sesse, pour avis ;
  • la confir­ma­tion séro­lo­gique par pré­lè­ve­ments à J0 et à J15 (à des fins épidémiologiques) ;
  • la sur­veillance des prin­ci­paux para­mètres bio­lo­giques : ban­de­lette uri­naire, NFS, pla­quettes, CRP, trans­ami­nases, ECBU, séro­lo­gies Dengue, CMV, Par­vo­vi­rus B19, (toxo, rubéole si négatif) ;
  • si la tem­pé­ra­ture est supé­rieure à 38,5° : ECBU et hémo­cul­tures avec recherche de listéria ;
  • la sur­veillance du rythme car­diaque foe­tal (ERCF par une sage femme) 2 à 3 fois par semaine, pen­dant les deux pre­mières semaines de l’in­fec­tion, si le terme est supé­rieur à 28 SA.

    La prise en charge thérapeutique :

  • le trai­te­ment symp­to­ma­tique recom­man­dé est le para­cé­ta­mol, sans dépas­ser la dose maxi­male de 4 g/ j. Si son effi­ca­ci­té est insuf­fi­sante, pré­voir l’hospitalisation
  • il n’y pas d’in­di­ca­tion de pres­crire des médi­ca­ments inhi­bant les contrac­tions uté­rines (pas de tocolyse) ;
  • si la fièvre est supé­rieure à 38,5° : pres­crire une anti­bio­thé­ra­pie par amoxi­cil­line 3 g/ j , à arrê­ter si les résul­tats bio­lo­giques sont en faveur d’une virose ;
  • veiller éga­le­ment à une bonne hydra­ta­tion et à une ali­men­ta­tion suffisante.

L’hos­pi­ta­li­sa­tion est envi­sa­gée s’il existe des signes de gra­vi­té ou si le recours aux antal­giques de palier 2 ou 3 est nécessaire.

Contre indi­ca­tion

- AINS IV, per os et en appli­ca­tion locale à par­tir de 24 SA (risque insuf­fi­sance rénale foe­tale et de fer­me­ture du canal arté­riel, avec comme pos­sible consé­quence, la mort foe­tale in utero),
– Acide sali­cy­lique au-delà de 24 SA,

Lut­ter contre l’au­to­mé­di­ca­tion et l’a­ro­ma­thé­ra­pie (rôle induc­teur enzy­ma­tique hépatique).

3/ Pour le nouveau-né

Une sur­veillance néo­na­tale pro­lon­gée (une semaine) est mise en place au niveau de la mater­ni­té lorsque la mère accouche dans un contexte évocateur.
Mais il existe éga­le­ment des formes mater­nelles asymp­to­ma­tiques ou pau­ci­symp­to­ma­tiques avec un risque d’at­teinte néonatale.
La symp­to­ma­to­lo­gie peut éga­le­ment se révé­ler plus tar­di­ve­ment, à domi­cile, vers J4-J5.

4/ Pour le nour­ris­son (après 28 jours et jus­qu’à 2 ans) et l’enfant

  • Les formes clas­siques sont trai­tées comme chez l’a­dulte (en pri­vi­lé­giant le para­cé­ta­mol), sans uti­li­sa­tion d’AINS chez les nour­ris­sons de moins de 3 mois.
  • Les formes aty­piques ou com­pli­quées doivent être orien­tées aux urgences hos­pi­ta­lières : enfant hyper algique mal­gré un trai­te­ment antal­gique, érup­tion bul­leuse exten­sive, troubles hémo­dy­na­miques, déshy­dra­ta­tion, into­lé­rance ali­men­taire, convul­sions, syn­drome méningé.

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Symp­tômes cliniques.

Les élé­ments cliniques

Après une incu­ba­tion de 4 à 7 jours en moyenne (par­fois com­prise entre 1 et 12 jours), une fièvre éle­vée appa­raît bru­ta­le­ment accom­pa­gnée d’ar­thral­gies pou­vant être intenses, tou­chant prin­ci­pa­le­ment les extré­mi­tés (poi­gnets, che­villes, pha­langes). Sur­viennent éga­le­ment des myal­gies, des cépha­lées et une érup­tion maculopapuleuse.
Des hémor­ra­gies bénignes à type de gin­gi­vor­ra­gies sont aus­si pos­sibles, sur­tout chez les enfants.
Les infec­tions asymp­to­ma­tiques sont fré­quentes et l’im­mu­ni­té acquise paraît durable.

Évo­lu­tion cli­nique variable. La mala­die est le plus sou­vent rapi­de­ment favo­rable, sans séquelle, mais elle peut aus­si évo­luer vers une phase chro­nique mar­quée par des arthral­gies per­sis­tantes, pro­vo­quant une inca­pa­ci­té pen­dant plu­sieurs semaines, voire plu­sieurs mois. Pen­dant la conva­les­cence, qui peut durer plu­sieurs semaines, le malade est en proie à une asthé­nie importante.

Com­pli­ca­tions.

Depuis mars 2005 à La Réunion, des com­pli­ca­tions graves (ayant néces­si­té le recours à un ser­vice de réani­ma­tion) ont été signa­lées chez un nombre limi­té de patients, avec notam­ment des atteintes méningoencéphalitiques.
A la date du 16 février 2006, 52 décès asso­ciés au chi­kun­gu­nya avaient été décla­rés, dont 5 men­tion­naient le chi­kun­gu­nya comme cause immé­diate. Des études sont actuel­le­ment en cours, afin de véri­fier l’im­pu­ta­bi­li­té du virus dans les décès de ces patients. Ces tra­vaux mobi­lisent le sys­tème de sur­veillance et de soins exis­tant à La Réunion ; un pro­gramme de recherche est actuel­le­ment mis en place avec la par­ti­ci­pa­tion d’é­qui-pes du CNRS, de l’IN­SERM, de l’ins­ti­tut Pas­teur, de l’IN­RA, du CIRAD, de l’IRD, des uni­ver­si­tés et des centres hospitalo-universitaires.

Cas par­ti­cu­lier

      • >

    Les femmes enceintes et allaitantes

  • Des cas de trans­mis­sion mater­no-foe­tale ont été décrits en péri par­tum. Il sem­ble­rait que les nou­veau-nés puissent être infec­tés, lors­qu’ils naissent pen­dant la viré­mie, c’est-à-dire pen­dant la semaine qui suit les pre­miers signes cli­niques de la mère. Lors de la viré­mie (début des signes cli­niques) l’or­ga­nisme mater­nel pro­duit des IgM à par­tir de J4-J5 (qui ne tra­versent pas la bar­rière pla­cen­taire) puis à par­tir de J15 des IgG pas­sant chez le foe­tus, et le protégeant.
  • Il est pos­sible qu’à titre excep­tion­nel l’in­fec­tion pen­dant la gros­sesse soit à l’o­ri­gine de fausses couches ; par contre il n’a pas été obser­vé d’aug­men­ta­tion des cas de mal­for­ma­tions depuis le début de l’é­pi­dé­mie. Il est rap­pe­lé que la fièvre peut induire des contrac­tions uté­rines, voire des fausses couches ou des morts foe­tales in utero.
  • On ne sait pas si le virus passe dans le lait mater­nel ; une étude est en cours. En cas d’al­lai­te­ment mater­nel, il est actuel­le­ment pré­co­ni­sé, pen­dant la période de viré­mie J0-J7, de tirer le lait et de le por­ter à ébul­li­tion (le virus est ther­mo­sen­sible) ou de le jeter tran­si­toi­re­ment.

    Les nou­veau-nés (0 à 28 jours)

  • Il existe deux modes d’in­fec­tion néo­na­tale : la piqûre de mous­tique et la trans­mis­sion mater­no-foe­tale (les seuls cas obser­vés se situent lorsque l’ac­cou­che­ment a lieu pen­dant la viré­mie – que l’ac­cou­che­ment se fasse par voie basse ou par césarienne).
  • La symp­to­ma­to­lo­gie cli­nique est trom­peuse car elle peut être de révé­la­tion tar­dive (J3-J5) et non spé­ci­fique au début (dif­fi­cul­té à téter, hypo­to­nie). Puis la mala­die se révèle sous plu­sieurs tableaux : tem­pé­ra­ture variable (par­fois à 39–40°), « enfant dou­lou­reux », oedèmes des extré­mi­tés, érup­tion mor­bi­li­forme, apnée, troubles de la conscience, convul­sions, coa­gu­la­tion intra­vas­cu­laire dis­sé­mi­née, choc…). L’in­ten­si­té est variable ; une forme asymp­to­ma­tique a été décrite.

    Les nour­ris­sons (après 28 jours et jus­qu’à 2 ans) et l’enfant

  • Les formes aty­piques ou com­pli­quées (enfant hyper­al­gique mal­gré un trai­te­ment antal­gique, érup-tion bul­leuse exten­sive, troubles hémo­dy­na­miques, déshy­dra­ta­tion, into­lé­rance ali­men­taire, convul-sions, syn­drome ménin­gé) existent et doivent être orien­tés vers les urgences hospitalières.

Quels moyens de prévention ?.

Au niveau individuel,

la pré­ven­tion passe pré­fé­ren­tiel­le­ment par l’u­ti­li­sa­tion de moyens de pro­tec­tion phy­sique : vête­ments longs, qui peuvent être impré­gnés d’in­sec­ti­cides (per­mé­thrine par exemple), chaus­sures fer­mées, moustiquaires…

L’u­ti­li­sa­tion de répul­sifs est recom­man­dée, avec des pré­cau­tions à res­pec­ter, chez la femme enceinte et l’en­fant de moins de 12 ans.

Chez le nou­veau-né de moins de trois mois, ne pas uti­li­ser de pro­duit répul­sif ; pri­vi­lé­gier l’emploi de mous­ti­quaires impré­gnées d’in­sec­ti­cides pyré­thri­noï-des (per­mé­thrine, del­ta­mé­thrine) ; l’u­sage du DEET (dié­thyl­to­lua­mide) est contre indiqué.

Chez les enfants de trois mois à deux ans, il est conseillé de limi­ter l’ap­pli­ca­tion d’un répul­sif à une fois par jour et d’é­vi­ter les muqueuses et les mains des enfants. Une infor­ma­tion sur les répul­sifs anti-mous­tiques pro­po­sés en phar­ma­cies est dis­po­nible sur le site Inter­net www.sante.gouv.fr [rubrique chikungunya]

Au niveau communautaire,

Des actions de lutte contre le mous­tique Aedes sont menées de façon inten­sive ; elles consistent à :
– réduire le nombre de gîtes lar­vaires par suppres-sion de toutes les réserves d’eau stag­nante dans et à proxi­mi­té des mai­sons et, lorsque cette sup­pres­sion n’est pas pos­sible, appli­quer des trai­te­ments larvicides.
– en zone infec­tée et période épi­dé­mique, lut­ter contre le vec­teur adulte par épan­dage aérien d’in­sec­ti-cide. Leur effi­ca­ci­té dépend de l’im­pli­ca­tion de la popu-lation à leur mise en oeuvre.

Auprès des per­sonnes malades, insis­ter sur l’u­ti­li­sa­tion de répul­sifs cuta­nés ou d’une mous­ti­quaire impré­gnée, afin d’é­vi­ter la trans­mis­sion du virus à un nou­veau mous­tique (et donc, à d’autres personnes).

Un plan glo­bal de lutte contre le chi­kun­gu­nya sur l’île de La Réunion a été éla­bo­ré et ren­du public le 8 février 2006. Il est acces­sible sur le site inter­net du minis­tère de la San­té : http://www.sante.gouv.fr Les recom­man­da­tions sont sus­cep­tibles d’é­vo­luer et pour­ront faire l’ob­jet d’ac­tua­li­sa­tions qui seront mises en ligne sur le site.



Nous remer­cions toutes les per­sonnes qui ont bien vou­lu contri­buer à la réa­li­sa­tion de ce numé­ro spécial.
Le tra­vail a été coor­don­né par la DRASS de La Réunion.

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