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Impact de la prise de progestatifs oraux seuls avant la ménopause sur le risque de cancer du sein

Publié le

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Bri­tish Jour­nal of Can­cer 2007 ; 96 : 841–844.
5 avril 2007.

Dif­fé­rentes études avaient déjà démon­tré que l’association oes­tro­gènes et pro­ges­ta­tifs de syn­thèse, dans le cadre d’un trai­te­ment hor­mo­nal sub­sti­tu­tif (THS), aug­men­tait le risque de can­cer du sein chez les femmes ménopausées.

Revoir à ce sujet ; Les tra­vaux de l’é­quipe du Dr Cla­vel-Cha­pe­lon (Ins­ti­tut Gus­tave Rous­sy, Vil­le­juif) tendent à démon­ter que le risque de can­cer du sein est sur­tout lié aux pro­ges­ta­tifs de syn­thèse (+ 40%). [Lire]

Mais, la ques­tion de l’influence de l’utilisation, avant la méno­pause, des pro­ges­ta­tifs seuls (non asso­ciés avec des oes­tro­gènes) sur le risque de can­cer du sein res­tait encore en suspens.

L’équipe de Fran­çoise Cla­vel-Cha­pe­lon, Direc­trice de recherche à l’Inserm (Ins­ti­tut Gus­tave Rous­sy), vient d’apporter un pre­mier élé­ment de réponse grâce à une étude publiée dans le Bri­tish Jour­nal of Can­cer. Les résul­tats révèlent que les femmes qui ont uti­li­sé pen­dant plus de 4 ans et demi un pro­ges­ta­tif oral seul avant la méno­pause voient leur risque de can­cer du sein aug­men­té pen­dant la durée du trai­te­ment, le risque s’estompant à l’arrêt de celui-ci.

En France, les pro­ges­ta­tifs oraux sont depuis long­temps pres­crits à but contra­cep­tif (27 % des pres­crip­tions*), pour des dou­leurs mam­maires (47 % des pres­crip­tions), pour des patho­lo­gies de l’endomètre (29 % des pres­crip­tions), pour des troubles liés à la péri­mé­no­pause (57 % des pres­crip­tions), pour des mala­dies bénignes du sein (20 % des pres­crip­tions) ou encore pour des syn­dromes pré­mens­truels (38 %). Cepen­dant, les don­nées dis­po­nibles sont rares concer­nant l’influence sur le risque de can­cer du sein de l’utilisation de pro­ges­ta­tifs seuls avant la ménopause.

Pour étu­dier ce sujet, Fran­çoise Cla­vel-Cha­pe­lon et son équipe ont ana­ly­sé les réponses de 73 664 femmes, inter­ro­gées par auto-ques­tion­naires, par­mi les 99 897 par­ti­ci­pantes de l’étude E3N (cf infra). L’étude a été res­treinte aux femmes n’ayant jamais uti­li­sé de pro­ges­ta­tifs avant 40 ans et méno­pau­sées après l’âge de 40 ans.

L’analyse glo­bale des don­nées, sans dis­tinc­tion d’utilisation en cours ou pas­sée des pro­ges­ta­tifs, ne montre pas de lien entre la prise de pro­ges­ta­tifs avant la méno­pause et le risque de can­cer du sein ; le risque reste équi­valent a celui des femmes qui n’en ont jamais utilisée.

En revanche, l’a­na­lyse qui dis­tingue les femmes en cours de trai­te­ment de celles ayant ces­sé d’u­ti­li­ser des pro­ges­ta­tifs montre une aug­men­ta­tion du risque de can­cer du sein chez les femmes uti­li­sant des pro­ges­ta­tifs oraux seuls depuis plus de 4 ans et demi, après l’âge de 40 ans et avant la méno­pause. Ces femmes ont 1,44 fois plus de risque de déve­lop­per un can­cer du sein que les femmes qui ne suivent pas de trai­te­ment par pro­ges­ta­tifs.


Les cher­cheurs sup­posent que les pro­ges­ta­tifs ont un effet pro­mo­teur sur les cel­lules pré­can­cé­reuses, c’est-à-dire qu’ils accé­lèrent la pro­li­fé­ra­tion de ces cel­lules. Mais, ces méca­nismes com­plexes doivent être plus ample­ment étu­diés. Dans tous les cas, après l’arrêt des pro­ges­ta­tifs, l’augmentation du risque du can­cer du sein n’est plus appa­rente, quelle que soit la durée du traitement.

* Enquête Pro­pause. Jour­nal de gyné­co­lo­gie obs­té­trique et bio­lo­gie de la repro­duc­tion, 2005. Cette étude pros­pec­tive vient com­plé­ter les don­nées anté­rieures sur l’influence des dif­fé­rents trai­te­ments hor­mo­naux. Tou­te­fois, ces résul­tats néces­sitent d’être appro­fon­dis et cor­ro­bo­rés par d’autres études épi­dé­mio­lo­giques à large échelle.
L’étude E3N E3N, Etude Epi­dé­mio­lo­gique auprès de femmes de la MGEN (Mutuelle Géné­rale de l’E­du­ca­tion Natio­nale) menée par Fran­çoise Cla­vel-Cha­pe­lon, est une enquête de cohorte pros­pec­tive por­tant sur envi­ron 100 000 femmes volon­taires fran­çaises nées entre 1925 et 1950 et sui­vies depuis 1990. [Lire]

Les infor­ma­tions concer­nant d’une part leur mode de vie (ali­men­ta­tion, prise de trai­te­ments hor­mo­naux, etc.) et d’autre part l’évolution de leur état de san­té, sont recueillies par auto­ques­tion­naires tous les 2 ans depuis 1990. Elles sont com­plé­tées par des don­nées bio­lo­giques, obte­nues sur 25 000 volon­taires, à par­tir d’un pré­lè­ve­ment san­guin sto­cké à des fins de dosages ulté­rieurs (études cas-témoins dans la cohorte). Les don­nées sur les fac­teurs de risque ont fait l’objet de plu­sieurs études de vali­da­tion. Le taux de « per­dues de vue » est très faible (moins de 6 ‰) du fait de la pos­si­bi­li­té qu’offre la MGEN de suivre les non-répon­dantes. Mais c’est avant tout grâce à la fidé­li­té et la constance des par­ti­ci­pantes, ain­si qu’à la col­la­bo­ra­tion de méde­cins trai­tants, de labo­ra­toires d’anatomo-pathologie et d’établissements d’hospitalisation que l’étude E3N peut four­nir tous ces résultats.

E3N est la par­tie fran­çaise de EPIC, vaste étude euro­péenne coor­don­née par le Centre Inter­na­tio­nal de Recherches sur le Can­cer por­tant sur 500 000 euro­péens dans 10 pays. Deux loca­li­sa­tions can­cé­reuses sont étu­diées en prio­ri­té du fait de leur forte inci­dence : le sein et le côlon-rectum.

Les par­te­naires
Depuis 1990, la MGEN, La Ligue natio­nale contre le Can­cer, la socié­té 3M, ain­si que l’IGR apportent leur sou­tien à l’étude E3N.

Source
“Oral pro­ges­ta­gens before meno­pause and risk of breast can­cer” Bri­tish Jour­nal of Can­cer 2007 ; 96 : 841–844.
Alban Fabre 1, Agnès Four­nier 1, Syl­vie Mes­rine 1, Joëlle Des­reux 2, Anne Gom­pel 3, Marie- Chris­tine Bou­tron-Ruault 1, Fran­çoise Cla­vel-Cha­pe­lon 1.
1 Inserm (Ins­ti­tut Natio­nal de la San­té et de la Recherche Médi­cale), ERI 20 and Ins­ti­tut Gus­tave Rous­sy, 94805 Vil­le­juif, France. 2 Ser­vice de séno­lo­gie, Dépar­te­ment uni­ver­si­taire de gyné­co­lo­gie-obs­té­trique, CHR Cita­delle, 4 000 Liège, Bel­gique. 3 Uni­té de Gyné­co­lo­gie Hôtel-Dieu de Paris AP.HP, Uni­ver­si­té Paris V, 75004 Paris, France.

Contact cher­cheur
Fran­çoise Cla­vel-Cha­pe­lon. Direc­trice de Recherche Inserm, ERI 20 Ins­ti­tut Gus­tave Rous­sy Tél. : 01 42 11 41 48 / 06 98 16 65 89 E‑mail : clavel@igr.fr

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