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J’ai la mémoire qui flanche…

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Source : http://www.cnrs.fr/SDV/M4.html

Avec l’âge, on se plaint plus sou­vent de trous de mémoire. Est-ce notre mémoire qui devient-elle réel­le­ment moins effi­cace, ou bien est-ce un ensemble de fac­teurs psy­cho­lo­giques et sociaux qui modi­fie son fonctionnement ?

Quelques élé­ments de réponse.

  • « Je ne retrouve plus les noms propres, les noms des per­sonnes que je ren­contre dans la rue »
  • « Je ne sais plus où j’ai lais­sé mes clefs »
  • « J’ar­rive dans une pièce en ayant oublié ce que je suis venu y faire »
  • « J’ou­blie mes ren­dez-vous »…

    Cer­tains signes doivent tou­te­fois aler­ter et faire évo­quer une mala­die d’Alz­hei­mer ou une autre démence débu­tante. Ce sont des dif­fi­cul­tés dans la réa­li­sa­tion des acti­vi­tés courantes :

    • Mémo­ri­sa­tion
      L’ou­bli de noms d’êtres proches,
      Le fait de pla­cer cer­tains objets à des endroits inha­bi­tuels voire aberrants
    • Uti­li­sa­tion du téléphone
      Il n’u­ti­lise plus le télé­phone de sa propre initiative.
      Il a des dif­fi­cul­tés pour recher­cher un numé­ro de téléphone.
      Il ne peut plus ou ne sait plus com­po­ser un numé­ro de téléphone
    • Usage des moyens de transport
      la dif­fi­cul­té à s’o­rien­ter » dans des lieux fami­liers (voi­si­nage, ren­trer chez soi)
      Il ne veut plus conduire sa voi­ture seul.
      Il ne prend plus seul les trans­ports en commun

      .

    • Prise des médicaments
      Il ne peut plus prendre seul ses médi­ca­ments (oubli des médi­ca­ments, des doses, des horaires…)
    • Ges­tion du bud­get quotidien
      Il ne sait plus rem­plir lui-même un chèque.
      Il ne sait plus régler une facture.
      Il a besoin d’aide pour gérer son budget.

    Voir éga­le­ment : Test de Fol­si­tein ou MMS (Mini Men­tal Score)

    Envi­ron 80 % des gens de plus de soixante ans, hommes ou femmes, se plaignent de dif­fi­cul­tés de mémoire. Ils estiment que leur mémoire actuelle est net­te­ment moins bonne que celle de leur enfance.

    D’a­près Ber­nard Deweer, cher­cheur CNRS au centre hos­pi­ta­lier uni­ver­si­taire Pitié-Sal­pê­trière, les plaintes citées ci-des­sus dési­gnent en géné­ral bien plus des troubles de l’at­ten­tion que des pro­blèmes de mémoire à pro­pre­ment par­ler. On oublie où l’on a posé ses clefs parce qu’on le fait sans y prê­ter atten­tion, ou parce que l’on a été dis­trait à ce moment-là et que l’on a plus de mal à divi­ser son atten­tion sur plu­sieurs sujets à la fois.

    Dans ce que l’on appelle glo­ba­le­ment la mémoire, il faut voir en effet trois phé­no­mènes dis­tincts. Il faut d’a­bord « enco­der » l’in­for­ma­tion, c’est-à-dire, pour uti­li­ser une méta­phore infor­ma­tique, la gra­ver sur le disque dur. Le deuxième aspect est celui du main­tien en mémoire. Enfin, il faut évi­dem­ment pou­voir récu­pé­rer cette infor­ma­tion pour l’u­ti­li­ser à nou­veau. Le rap­pel de l’in­for­ma­tion sera d’au­tant plus facile que celle-ci aura été enco­dée de plu­sieurs manières dif­fé­rentes : ver­bale, ima­gée, motrice, etc. On peut ain­si cer­ner le sou­ve­nir à récu­pé­rer par plu­sieurs voies d’accès.

    Ce qui pêche, en géné­ral, lors­qu’on vieillit, ce n’est pas le main­tien en mémoire, mais l’at­ten­tion ou la facul­té de rap­pel. Si l’on oblige le sujet à mémo­ri­ser quelque chose, il l’en­code, car il est for­cé d’y prê­ter atten­tion. Du coup, le rap­pel se trouve faci­li­té. Par exemple, si l’on donne à un sujet âgé une liste de noms à apprendre, et que le len­de­main on lui demande ce qu’il a rete­nu (« rap­pel libre »), ses per­for­mances seront médiocres par rap­port à celles d’une per­sonne jeune ; si, en revanche, on lui four­nit un indice (« rap­pel indi­cé »), tel que « dans la liste, il y avait un nom de pois­son », le nom en ques­tion lui revien­dra presque imman­qua­ble­ment. Dans les deux cas, atten­tion et rap­pel, il s’a­git de fonc­tions de contrôle, exer­cées par les lobes fron­taux de notre cerveau.

    Le vieillis­se­ment nor­mal peut-être aggra­vé par cer­tains troubles psy­cho­lo­giques, comme la dépres­sion ou l’an­xié­té. Cette der­nière est liée à divers pro­blèmes phy­sio­lo­giques (cir­cu­la­tion céré­brale, dés­équi­libre des neu­ro­trans­met­teurs) qui per­turbent les fonc­tions de contrôle. Par exemple, dans une liste de 20 mots, un sujet jeune s’en remé­mo­re­ra 14 en rap­pel libre, un sujet âgé non dépri­mé s’en rap­pel­le­ra 8 et un sujet âgé dépri­mé entre 0 et 4. La preuve que la dépres­sion agit sur la récu­pé­ra­tion de l’in­for­ma­tion, c’est qu’en rap­pel indi­cé la per­for­mance du sujet âgé dépri­mé est iden­tique à celle du sujet non déprimé.

    De nom­breux fac­teurs socio­psy­cho­lo­giques peuvent aus­si agir sur les pefor­mances de la mémoire. Le départ des enfants, la retraite, bref tout ce qui tend à pro­vo­quer ou aggra­ver l’i­so­le­ment (et qui appa­raît géné­ra­le­ment avec l’âge), a pour consé­quence la dimi­nu­tion de l’ac­ti­vi­té du sujet ain­si que celle du réseau social dans lequel il s’in­sé­rait. Pour finir sur une note posi­tive, cer­tains cher­cheurs mettent l’ac­cent sur le fait que la mémoire change avec l’âge : chan­ge­ment de rythme, de centres d’in­té­rêt, de fonc­tion. Pro­gres­si­ve­ment, elle per­met de « digé­rer » tout ce que l’on a vécu jusque-là, de don­ner une uni­té à tous les per­son­nages que nous avons été au cours de notre existence.

    Contact : Thier­ry Pilorge
    Atta­ché scien­ti­fique Ser­vice com­mu­ni­ca­tion Dépar­te­ment des Sciences de la Vie CNRS

    Voir éga­le­ment : La mala­die d’Alzheimer
    Voir éga­le­ment : Test de Fol­si­tein ou MMS (Mini Men­tal Score)
    Voir éga­le­ment : Alz­hei­mer – La Prévention

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