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GERIATRIE Le piège d’une médicalisation excessive

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CHARLES S. RIDELL, était méde­cin gériatre au dépar­te­ment de méde­cine interne de l’u­ni­ver­si­té de Duluth.
Tra­duc­tion de Phi­lippe Brenier.
Texte inté­gral : http://www.LaRecherche.fr/VIEW/322/03220841.html

 

La méde­cine moderne n’est pas conçue pour les per­sonnes très âgées.
A leur égard, elle se révèle non seule­ment inef­fi­cace, mais contre-indi­quée. Le bon méde­cin doit savoir renon­cer à pres­crire de mul­tiples exa­mens néces­saires au diag­nos­tic. Le séjour à l’hô­pi­tal est décon­seillé. Il est beau­coup plus impor­tant de consa­crer du temps à sou­la­ger les souf­frances et à favo­ri­ser le bien-être des patients.

Des pans entiers de l’ex­pé­rience humaine sont ain­si sous­traits au royaume de la sagesse per­son­nelle et de la connais­sance indi­vi­duelle pour être trans­fé­rés à l’empire de la méde­cine, avec l’au­ra que lui confèrent le déter­mi­nisme bio­lo­gique et l’at­trait pour la technologie.

La médi­ca­li­sa­tion ne touche pas seule­ment les com­por­te­ments ; on a aus­si créé de nou­velles mala­dies phy­siques, dont les plus impor­tantes sont les  » pro­to­ma­la­dies « . Elles ne pro­voquent ni symp­tômes ni souf­france, mais sont consi­dé­rées comme dan­ge­reuses parce que ceux qui en sont atteints ont un risque plus éle­vé de faire ulté­rieu­re­ment une vraie mala­die. Ain­si, l’hy­per­ten­sion arté­rielle est une pro­to­ma­la­die, de même que l’os­téo­po­rose, l’hy­per­cho­les­té­ro­lé­mie, les ané­vrysmes aor­tiques, les polypes du côlon et les sté­noses carotidiennes.

A cet égard, la prise en charge médi­cale des per­sonnes âgées est par­ti­cu­liè­re­ment distordue.
Les défis du grand âge sont d’ordre spi­ri­tuel et non médi­cal. Le rôle du méde­cin doit être de conseiller ou d’ai­der, pas de se pré­sen­ter en expert scientifique .

Mais que faire si on découvre des ano­ma­lies patho­lo­giques par­tout où le regard se porte ? Or c’est le cas chez les per­sonnes très âgées. Peut-on encore consi­dé­rer la her­nie hia­tale comme une mala­die lorsque les trois quarts des femmes de plus de 80 ans en ont une ? Une telle façon de voir peut être très nocive.

La pri­mau­té accor­dée au diag­nos­tic tra­duit une confu­sion entre les fins et les moyens. La méde­cine a pour fins de sou­la­ger les souf­frances, d’ai­der et de gué­rir. Un bon diag­nos­tic, fon­dé sur la connais­sance de la phy­sio­pa­tho­lo­gie, est l’un des moyens d’y par­ve­nir. Mais, dans la méde­cine moderne, il est sou­vent plus pres­ti­gieux de com­prendre que de guérir.

De tout ce que l’on fait pour les per­sonnes âgées, bien peu de choses paraissent avoir pour objec­tif direct d’as­su­rer leur mieux-être.

Méde­cine de la preuve. Une telle évo­lu­tion s’ins­crit dans la mou­vance d’une méde­cine fon­dée sur la preuve, qui four­nit une jus­ti­fi­ca­tion scien­ti­fique à l’ef­fort entre­pris pour réduire les coûts. La méde­cine de la preuve n’est pas tendre pour les vieux. Elle tend à n’ac­cor­der cré­dit qu’aux pro­duits des essais contrô­lés ran­do­mi­sés, ou de pré­fé­rence aux métaa­na­lyses* de ces essais. Or les sujets de plus de 75 ans sont rare­ment recru­tés dans ces essais, si bien que cette popu­la­tion est en réa­li­té invi­sible pour la méde­cine scien­ti­fique. Si nous ensei­gnons seule­ment ce que nous savons, et si ce que nous savons se limite à ce que nous apprennent les essais cli­niques, nous n’a­vons pas grand-chose à dire sur les soins à don­ner aux per­sonnes âgées.

Quelle pro­por­tion de son temps un méde­cin d’au­jourd’­hui passe-t-il à sou­la­ger la souf­france ? Les pro­to­ma­la­dies sont asymp­to­ma­tiques, et seules les sta­tis­tiques de réduc­tion du risque per­mettent à ceux qui les traitent d’en reti­rer quelque satis­fac­tion. La gêne que nous éprou­vons devant cette réa­li­té nous conduit à sur­es­ti­mer l’in­té­rêt de ces traitements.

Tout se passe presque comme si sou­la­ger la souf­france d’un indi­vi­du était une trop maigre tâche.
Ce qu’il faut aujourd’­hui, c’est un nou­veau modèle, un nou­vel état d’es­prit pour les méde­cins qui soignent les grands vieillards. Il est cer­tain qu’il doit exis­ter des modèles fonc­tion­nant mieux que celui du scien­ti­fique en blouse blanche en vigueur aujourd’­hui. Un tel modèle doit inté­grer, pour le pra­ti­cien, la notion que chaque per­sonne est unique, que cha­cun meurt, que le confort et le bien-être sont essen­tiels, que les bilans et trai­te­ments médi­caux ont d’in­nom­brables consé­quences adverses ; il implique d’être prêt à faire des com­pro­mis en fonc­tion des cir­cons­tances, et à trai­ter sans faire de diagnostic.

Texte inté­gral : http://www.LaRecherche.fr/VIEW/322/03220841.html

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