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LA VIOLENCE CONJUGALE

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Dr H. Raybaud

La vio­lence conju­gale, ou vio­lence domes­tique est un véri­table pro­blème de san­té publique : elle concerne 1 femme sur 5 et a de nom­breuses consé­quences sur l’é­tat de san­té des femmes qui en sont vic­times et de leurs enfants. Cela repré­sente 4 mil­lions de femmes en Europe.
La vio­lence conju­gale à l’en­contre des femmes repré­sente plus de 95 % des cas.

Il ne s’a­git en aucun cas de simples conflits conju­gaux, mais bien d’un acte punis­sable par la loi, por­tant atteinte à la liber­té et aux droits de l’Homme, dénon­cé par l’O­NU et le Conseil de l’Europe.

Selon l’as­so­cia­tion SOS Femmes, au moins deux mil­lions de femmes sont vic­times de vio­lences conju­gales en France et 400 meurent chaque année sous les coups de leur conjoint, soit plus d’une femme par jour.

Il appa­rait éga­le­ment que pour cer­tains hommes, quelques bru­ta­li­tés conju­gales ne tombent pas sous le coup de la loi.…

Des élé­ments essentiels

  • Les vic­times de vio­lence conju­gale consultent sou­vent un méde­cin si elles ont besoin de soins médicaux.
  • Les vic­times sont plus sus­cep­tibles de révé­ler l’exis­tence de la vio­lence si on les inter­roge à ce propos.
  • Une femme mal­trai­tée est plus sus­cep­tible de cher­cher de l’aide auprès de son méde­cin de famille qu’au­près de psy­chiatres, de poli­ciers ou d’a­vo­cats. Mal­gré cela, les taux de dépis­tage par les méde­cins sont faibles
  • Si on ne leur en parle pas direc­te­ment, les femmes ne disent habi­tuel­le­ment pas à leur méde­cin qu’elles sont mal­trai­tées, peut-être parce qu’elles craignent des repré­sailles, qu’elles ont honte de leur situa­tion ou qu’elles ont peur que le méde­cin ne res­pecte pas le secret pro­fes­sion­nel. Cer­taines études laissent croire que ces sen­ti­ments peuvent être plus pré­sents si le méde­cin connaît le par­te­naire de la femme
  • Les méde­cins doivent savoir qu’il existe des preuves selon les­quelles les hommes qui mal­traitent leur par­te­naire sont aus­si sus­cep­tibles de mal­trai­ter leurs enfants, et que 30 % à 40 % des enfants qui sont témoins d’a­gres­sions conju­gales subissent aus­si des mau­vais trai­te­ments physiques
  • Le dépis­tage de la vio­lence aug­mente la pro­ba­bi­li­té que les ser­vices médi­caux, sociaux et juri­diques inter­viennent avant que la femme ne subisse des bles­sures plus graves, voire mortelles.
  • Le trai­te­ment pres­crit, y com­pris les séda­tifs et les anti­dé­pres­seurs, peut être peu appro­prié si on ne diag­nos­tique pas la vio­lence conju­gale. Ces médi­ca­ments peuvent aug­men­ter le risque de sui­cide ou même de pro­vo­quer une esca­lade de la violence

On ne sait pas très bien si une approche directe ou indi­recte est pré­fé­rable. Quelques auteurs sug­gèrent de com­men­cer par des ques­tions directes et de pas­ser à des ques­tions indi­rectes au besoin, tan­dis que d’autres croient qu’il est pré­fé­rable de com­men­cer par des ques­tions indirectes

Voi­ci quelques exemples de ques­tions indirectes :

  • « Com­ment ça va dans votre relation ? »
  • « Com­ment vous y pre­nez-vous, vous et votre par­te­naire, pour régler les conflits ? »
  • « Qu’ar­rive-t-il quand vous ou votre par­te­naire êtes en colère ? »
  • « Vous avez men­tion­né que votre par­te­naire consomme de l’al­cool : com­ment agit-il quand il a pris un verre de trop ? »

Voi­ci quelques exemples de ques­tions directes :

  • « Avez-vous peur de votre partenaire ? »
  • « Votre par­te­naire vous a‑t-il déjà obli­gée à avoir des rela­tions sexuelles contre votre gré ? »
  • « Par­fois, des gens ont des bles­sures comme celles-là parce que quel­qu’un les a frap­pés : est-ce que quel­qu’un vous a frappée ? »

Les méde­cins peuvent choi­sir d’employer une approche directe ou indi­recte selon qu’ils connaissent plus ou moins bien la patiente, le degré de récep­ti­vi­té de cette der­nière et la soli­di­té des élé­ments de preuve (p. ex., des bles­sures phy­siques très sus­pectes par oppo­si­tion à des mani­fes­ta­tions psy­cho­lo­giques pos­sibles de violence).

D’un point de vue juri­dique, les ques­tions indi­rectes ouvertes sont pré­fé­rables parce qu’elles écartent la pos­si­bi­li­té que le témoi­gnage ait été influen­cé par une sug­ges­tion inap­pro­priée ou une ques­tion qui sug­gère la réponse.

En pra­tique

  • Soyez vigi­lant en ce qui concerne la vio­lence faite aux femmes.
  • Posez des ques­tions simples.
  • Exer­cez votre juge­ment cli­nique pour choi­sir entre des ques­tions directes ou indirectes.
  • S’il y a des enfants à la mai­son, posez des ques­tions pour savoir s’ils sont maltraités.
  • Mon­trez de l’empathie.
  • Ne por­tez pas de jugement.
  • Inter­vie­wez la femme seule, si c’est pos­sible, et dans un contexte confidentiel.
  • Abor­dez le sujet par une phrase bien­veillante (p. ex., « Vos bles­sures m’inquiètent. »).
  • Infor­mez la patiente que l’in­for­ma­tion res­te­ra confi­den­tielle à moins qu’il y ait une obli­ga­tion légale de la divulguer.

Escu­lape :
L’ex­pé­rience montre que les chances d’ar­ré­ter l’es­ca­lade de la vio­lence fami­liale néces­site de réagir le plus tôt pos­sible et de « déba­na­li­ser » ces atti­tudes. On peut craindre en effet que trop sou­vent le fils agit comme il a vu son père le faire mal­gré la souf­france qu’il a pu res­sen­tir dans son enfance.
Il appa­rait éga­le­ment que pour cer­tains hommes, quelques bru­ta­li­tés conju­gales ne tombent pas sous le coup de la loi.…

La légis­la­tion fran­çaise, avant d’en arri­ver à por­ter plainte, a crée la « décla­ra­tion de main cou­rante » qui per­met sans mettre en action la jus­tice d’of­fi­cia­li­ser le sta­tut de vic­time et d’in­di­quer au par­te­naire l’illé­ga­li­té de son attitude.
Dans un cer­tain nombre de cas, la seule convo­ca­tion du par­te­naire par les ser­vices de police suf­fit pour mettre un terme à cette vio­lence banalisée.

Sources et pour en savoir plus

Le site SIVIC.ORG ( pour les pro­fes­sion­nels de san­té) aborde les dif­fé­rents aspects pra­tiques du repé­rage et du sui­vi sani­taire des femmes vic­times de vio­lence conjugale.

L’ex­cellent site de San­té Cana­da sur la vio­lence famil­liale.www.hc-sc.gc.ca
LA VIOLENCE CONJUGALE QUAND LES DEUX PARTENAIRES ONT LE MÊME MÉDECIN http://www.hc-sc.gc.ca/hppb/violencefamiliale/html/physician/french/chapitre_16.htm
EFFETS SUR LES ENFANTS DE L’EXPOSITION À LA VIOLENCE ENVERS LES FEMMES http://www.hc-sc.gc.ca/hppb/violencefamiliale/html/children_exposed/french/effets.htm

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