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THROMBOSE ET VOYAGE « Le Syndrome de la classe économique »

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Dr H. Ray­baud (Février 2001)

Res­ter assis pen­dant plus de cinq heures repré­sen­te­rait un risque de for­ma­tion de caillot (throm­bose) dans une veine des membres infé­rieurs. La com­pli­ca­tion majeure reste l’embolie pul­mo­naire c’est dire la migra­tion du caillot san­guin dans les pou­mons, poten­tiel­le­ment gravissime.

En fait, ce fameux « syn­drome de la classe éco » pour­rait n’être que l’arbre qui cache la forêt : le risque de souf­frir d’une throm­bose étant lié à une posi­tion assise pro­lon­gée, il peut aus­si exis­ter « dans un bus ou dans une voi­ture ». Les bri­tan­niques ont d’ailleurs renom­mé ce phé­no­mène « Jet leg ».

D’a­près cer­tains méde­cins anglo-saxons, le pro­blème ne vien­drait pas de l’é­troi­tesse des sièges de la classe éco­no­mique car des per­sonnes voya­geant en classe affaires ou en pre­mière ont aus­si subi les mêmes pro­blèmes, mais de l’im­mo­bi­lisme des pas­sa­gers qui ne prennent la pré­cau­tion de faire quelques pas dans l’avion.

De nom­breux cas ont été rap­por­tés, depuis 1998, dans la lit­té­ra­ture médi­cale. Tous les types de trans­port, pour des durées de voyage courtes de quelques heures, peuvent être incriminés.
La phy­sio­pa­tho­lo­gie de la throm­bose vei­neuse chez le voya­geur est un modèle expé­ri­men­tal de stase. Ce qui explique pro­ba­ble­ment que de telles throm­boses puissent sur­ve­nir en dehors de tout autre fac­teur patho­lo­gique associé.
Du fait de l’absence très fré­quente de symp­tômes ini­tiaux, il est pos­sible que ces throm­boses soient lar­ge­ment sous-estimées.
Nous ne dis­po­sons donc pas de sta­tis­tiques pré­cises « . Des pas­sa­gers peuvent débar­quer puis subir une embo­lie dans les 48 heures sans que les ser­vices aéro­por­tuaires en soient aver­tis. Seule une esti­ma­tion est actuel­le­ment dis­po­nible : chaque année quatre à cinq per­sonnes fai­sant appel au ser­vice médi­cal d’aéroport de Paris souffrent d’une embo­lie qui ne se révèle pas for­cé­ment mortelle.

Ce pro­blème dévrait pro­chai­ne­ment faire réagir les com­pa­gnies aériennes car au vu de la recru­des­cence des inci­dents car­dio-vas­cu­laire dans les avions, les pro­cès risquent de se multiplier.

En Pra­tique
Il a été pro­po­sé d’u­ti­li­ser des injec­tions de médi­ca­ments « anti-throm­bose » comme dans les suites de cer­taines opé­ra­tions chirurgicale.
Cette atti­tude n’a pas encore été vali­dée et les preuves de son rap­port bénéfice/risque n’existent pas encore. Dans tous les cas il devrait être réser­vé à des voya­geurs à risque et seul votre méde­cin pour­ra prendre la décision.

Par contre, le port de bas de conten­tion vei­neuse est cer­tai­ne­ment un excellent moyen de pré­ven­tion et de confort

D’autre part, tous les voya­geurs devraient adop­ter quelques gestes de prévention

  • Le pre­mier et le plus impor­tant reste de lut­ter contre la stase vei­neuse en mar­chant quelques minutes toutes les heures. Ceci sup­pose de ne pas uti­li­ser de somnifère…
    Si cela est dif­fi­cile, la mobi­li­sa­tion active des pieds (flexion, exten­sion, rota­tion) est utile.
  • Por­ter des vête­ments amples. Ils faci­litent la cir­cu­la­tion san­guine soit direc­te­ment soit en dimi­nuant la pres­sion intra-abdominale.
  • Boire de l’eau : la déshy­dra­ta­tion est un fac­teur aggra­vant. L’al­cool est vive­ment déconseillé.
  • En l’ab­sence de contre-indi­ca­tion, la prise d’une faible dose d’as­pi­rine peut être utile.
  • Des toniques vei­neux à forte dose peuvent éga­le­ment être pro­po­sé en cas d’in­suf­fi­sance vei­neuse connue.

En atten­dant d’obtenir des don­nées plus pré­cises sur l’importance épi­dé­mio­lo­gique de ces throm­boses com­pli­quant un voyage, cette pré­ven­tion par ces moyens simples semble de mise.

CONTROVERSE
Syn­drome de la classe économique.
Mythe ou réalité ?
Le syn­drome de la classe éco­no­mique a été crée il y quelques années pour défi­nir le risque de throm­bose vei­neuse lors des voyages pro­lon­gés en posi­tion assise plus ou moins incon­for­table des classes touristques.

Une enquête publiée dans le Lan­cet (2000, 356, 9240) ne retrouve pas cette association.
L’é­tude por­tant sur 186 patients atteints de throm­bose vei­neuse et 602 témoins indemnes n’a pas retrou­vé d’as­so­cia­tion en entre la sur­ve­nue d’une throm­bose et un voyage de plus de 3 heures dans les 4 semaines précédentes.

Voir éga­le­ment Les voyages en avion

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