HomeNon classéDIAGNOSTIC D'UNE ALLERGIE ALIMENTAIRE

DIAGNOSTIC D’UNE ALLERGIE ALIMENTAIRE

Publié le

spot_img

G. Dutau, F. Ran­cé, A. Juchet, F. Brémont

Servi~ce de Pneu­mo­lo­gie et Aller­go­lo­gie Pédiatrique,

CHU Pur­pan, Place du Dr Bay­lac, 31059 Tou­louse Cédex (France).
http://www.makassed.org.lb/bookin/result3rd/1.htm

De plus en plus fré­quente, tou­chant tous les âges mais sur­tout les enfants, l’al­ler­gie ali­men­taire cor­res­pond à l’en­semble des mani­fes­ta­tions cli­niques liées à un réponse immu­noal­ler­gique immé­diate, semi-retar­dée ou retar­dée. Dans le cadre de cette revue nous n’en­vi­sa­ge­rons que les formes les plus typiques, celles qui sont médiées par les IgE. L’aug­men­ta­tion de fré­quence des aller­gies ali­men­taires tient à plu­sieurs rai­sons : un meilleur dépis­tage, une stra­té­gie diag­nos­tique plus pré­cise, mais aus­si des modi­fi­ca­tions pro­fondes de nos habi­tudes ali­men­taires : aug­men­ta­tion de l’u­ti­li­sa­tion des ali­ments aller­gi­sants, emplois plus fré­quents des épices et des condi­ments dans les modes de res­tau­ra­tion rapide, inter­na­tio­na­li­sa­tion des menus avec appa­ri­tion d’a­li­ments exo­tiques, modi­fi­ca­tion des tech­niques de l’in­dus­trie agro-ali­men­taire … etc. De plus, les aller­gènes mas­qués dont le pro­to­type est l’a­ra­chide sont de plus en plus fréquents.

Voir éga­le­ment sur le site Aller­gies ali­men­taires (Jour­nées Pari­siennes d’Al­ler­gie Jan­vier 1999 )

Cette aug­men­ta­tion de fré­quence s’ins­crit dans une ten­dance glo­bale d’aug­men­ta­tion de la pré­va­lence de toutes les mani­fes­ta­tions de l’a­to­pie, asthme, rhi­nite et eczé­ma. Les aller­gènes ali­men­taires ou tro­phal­ler­gènes sont des pro­téines natu­relles. L’or­ga­nisme humain pos­sède à l’é­tat phy­sio­lo­gique un sys­tème immu­ni­taire spé­cia­li­sé asso­cié à la muqueuse diges­tive, le GALT (Gut Asso­cia­ted Lym­phoid Tis­sue) qui per­met l’ac­qui­si­tion d’une tolé­rance diges­tive à vis à vis des pro­téines ali­men­taires étran­gères ou tro­phal­ler­gènes. Les patients atteints d’al­ler­gie ali­men­taire d’ex­pres­sion immé­diate se carac­té­risent par une réac­tion immu­ni­taire anor­male contre des ali­ments, avec syn­thèse d’IgE spécifiques.

Epi­dé­mio­lo­gie

En rai­son du manque d’é­tudes épi­dé­mio­lo­giques pré­cises, la fré­quence de l’al­ler­gie ali­men­taire était diver­se­ment appré­ciée chez l’en­fant. Par­mi les études récentes comme celle de Young et Coll. (1), réa­li­sée dans la popu­la­tion géné­rale sur 20 000 per­sonnes, à l’aide d’un ques­tion­naire puis d’un entre­tien visant à obte­nir la réa­li­sa­tion de tests de pro­vo­ca­tion oraux en double aveugle (TPODA) four­nit un taux de pré­va­lence de 1,4 à 1,8% enfants et adultes confon­dus. En fait, l’al­ler­gie ali­men­taire moins sou­vent impli­quée chez les adultes que chez les enfants est beau­coup plus fré­quente chez ces der­niers où la pré­va­lence cumu­lée est esti­mée entre 4 à 8,5% de la nais­sance à 8 ans.

L’al­ler­gie ali­men­taire est beau­coup plus fré­quente chez les ato­piques : elle est incri­mi­née dans 33 à 50% des der­ma­tites ato­piques de l’en­fant, 2 à 8% des asthmes, 1 à 5% des urti­caires réci­di­vantes ou chro­niques, et 10% des chocs ana­phy­lac­tiques (2).

L’al­ler­gie ali­men­taire appa­rait dans les trois quart des cas avant l’âge de 15 ans. Elle est plus fré­quente chez les gar­cons, avec un sex ratio de 1,7/1 garç ons/filles (3), pro­por­tion éga­le­ment ren­con­trée pour les autres mani­fes­ta­tions des aller­gies chez l’en­fant. 

Aspects cli­niques

Les symp­tômes cli­niques de l’al­ler­gie ali­men­taire chez l’en­fant ont pu être récem­ment ana­ly­sés dans le cadre de l’en­quête pro­pec­tive du CICBAA (Cercle d’In­ves­ti­ga­tions Cli­niques et Bio­lo­giques en Aller­go­lo­gie Ali­men­taire). Il s’a­git d’une étude pros­pec­tive réa­li­sée par le Ser­vice de Méde­cine Interne D (Nan­cy) et le Ser­vice de Pneu­mo­lo­gie-Aller­go­lo­gie Pédia­trique (Tou­louse) à par­tir du recueil et de l’ex­ploi­ta­tion infor­ma­tique de 300 obser­va­tions d’al­ler­gie ali­men­taire confir­mées par un test de pro­vo­ca­tion (3). La der­ma­tite ato­pique (38% des cas) est la mani­fes­ta­tion pré­do­mi­nante, sui­vie des urti­caires chro­niques et/ou réci­di­vantes (18%), de l’an­gioe­dème (17%), des mani­fes­ta­tions res­pi­ra­toires comme l’asthme, la rhi­nite et la rhi­no­com­jonc­ti­vite (12%). Les chocs ana­phy­lac­tiques uniques ou répé­tés (10%) sont aus­si fré­quents chez l’en­fant de moins de 15 ans (14 cas sur 300) que pas­sé cet âge (16 cas sur 300). En revanche, le syn­drome oral (6%) est tou­jours obser­vé après 6 ans, à l’ex­cep­tion d’un cas. Les symp­tômes diges­tifs tels que les vomis­se­ments, diar­rhée ou dou­leurs abdo­mi­nales sont rares, mais il s’a­git vrai­sem­bla­ble­ment d’un biais de recru­te­ment car cette enquête pre­nait sur­tout en compte des obser­va­tions d’al­ler­gie ali­men­taire IgE-dépen­dantes. Par ailleurs, clas­si­que­ment, les réac­tions adverses aux ali­ments à média­tion immu­no­pa­tho­lo­gique peuvent entrai­ner des vomis­se­ments, une diar­rhée chro­nique, des sai­gne­ments diges­tifs occultes, une colite, une gas­troen­té­ro­pa­thie chro­nique, une hypo­tro­phie. Les mani­fes­ta­tions telles que otites séreuses, syn­drome néphro­tique ou hémo­si­dé­rose pul­mo­naire (syn­drome de Hei­ner) sont très excep­tion­nelles et d’ailleurs dis­cu­tées cer­tains auteurs.

Il est éga­le­ment inter­es­sant de dif­fé­ren­cier les mani­fes­ta­tions cli­niques de l’al­ler­gie ali­men­taire en fonc­tion de l’âge de 0 à 1 ans, 1 à 3 ans, 3 à 6 ans et 6 à l5 ans. La der­ma­tite ato­pique est très fré­quente dans le groupe des moins de 3 ans (30% de l’ef­fec­tif tous âges confon­dus et 51% des enfants) (3). A l’in­verse, l’al­ler­gie ali­men­taire se tra­duit plus sou­vent par des mani­fes­ta­tions res­pi­ra­toires ou un choc ana­phy­lac­tique après l’âge de 6 ans.

D’autres mani­fes­ta­tions cli­niques appa­rem­ment plus rares ont été rap­por­tées : il s’a­git de la mort subite du nou­ris­son. Des publi­ca­tions récentes ont mis en cause l’al­ler­gie aux pro­téines lac­tées bovines dans des cas de morts subites ou chez les res­ca­pés de mort subite du nour­ris­son (4,5).

L’al­ler­gie ali­men­taire peut être grave et même mor­telle. A cet égard, les obser­va­tions de Samp­son et Coll. (6) et de Yun­gin­ger et Coll. (7) sont démons­tra­tives. Les pre­miers ont rap­por­té 7 cas d’a­na­phy­laxies presque fatales (un cas d’al­ler­gie à la caca­huète et deux cas d’al­ler­gies au lait de vache) et 6 décès secon­daires à l’in­ges­tion d’a­li­ments dont 3 sont direc­te­ment liés à la consom­ma­tion de caca­huètes à l’ex­té­rieur du domi­cile (can­tine, res­tau­rant) par des patients qui connais­saient leur sen­si­bi­li­sa­tion (6). Dans ces cas, l’a­ra­chide était pré­sente dans l’a­li­men­ta­tion sous forme mas­quée. De même, par­mi les 7 décès par aller­gie ali­men­taire décrits par Yun­gin­ger et Coll. (7), 4 sont impu­tables à l’in­ges­tion de caca­huètes (7).

D’autres mani­fes­ta­tions, plus rares, peuvent être très sévères. C’est le cas de l’a­na­phy­laxie induite par l’in­ges­tion d’a­li­ments et l’exer­cice phy­sique . Le plus sou­vent, l’a­li­ment doit être consom­mé juste avant l’exer­cice phy­sique pour être res­pon­sable d’une ana­phy­laxie. La prise de cet ali­ment sans acti­vi­té spor­tive ou l’ac­ti­vi­té non pré­cé­dée de l’in­ges­tion de l’a­li­ment ne suf­fisent pour déclen­cher les mani­fes­ta­tions (8, 9). Ce syn­drome, plus fré­quent qu’il n’y parait, touche le plus sou­vent l’en­fant de plus de 15 ans et l’a­dulte jeune mais, dans les obser­va­tions de la lit­té­ra­ture, on relève des cas où le début réel s’est situé avant l’âge de 10 ans. 

Cri­tères du diagnostic

Le diag­nos­tic d’al­ler­gie ali­men­taire est par­fois déli­cat. Il doit repo­ser sur une métho­do­lo­gie stricte, logique et rigou­reuse. L’arbre déci­sion­nel débute par un inter­ro­ga­toire minu­tieux, sui­vi d’une enquête ali­men­taire caté­go­rielle basée sur le rele­vé de l’a­li­men­ta­tion pen­dant 7 à 15 jours qui va orien­ter la réa­li­sa­tion des prick-tests cuta­nés d’al­ler­gie, faciles à réa­li­ser chez l’en­fant, fiables et indo­lores : leur posi­ti­vi­té tra­duit une sen­si­bi­li­sa­tion ali­men­taire Le diag­nos­tic peut être étayée par le dosage d’IgE sériques spé­ci­fiques et sur­tout par la réa­li­sa­tion d’un test de pro­vo­ca­tion pour le (ou les) ali­ments incri­mi­nés. 

1. Inter­ro­ga­toire

L’é­tude de l’a­na­mnèse ras­semble les élé­ments d’o­rien­ta­tion en faveur d’une aller­gie ali­men­taire. L’exis­tence d’un ter­rain ato­pique (asthme, eczé­ma, rhi­nite) est d’au­tant plus impor­tant que 90% des aller­gies ali­men­taires se mani­festent chez l’en­fant ato­pique. A titre indi­ca­tif, l’al­ler­gie ali­men­taire est trois fois plus fré­quente chez les indi­vi­dus atteints de pol­li­nose que chez ceux qui n’ont aucune allergie.

Le rythme des mani­fes­ta­tions est évo­ca­teur, par exemple lorsque des crises d’ur­ti­caire sur­viennent deux fois par jour ryth­mées par les repas ou lors­qu’une crise d’asthme débute en période post-pran­diale. Ce rythme manque mal­heu­reu­se­ment dans la der­ma­tite ato­pique ou est dif­fi­cile à repé­rer. L’exis­tence d’une aller­gie pol­li­nique doit faire évo­quer une aller­gie croi­sée avec des fruits et légumes en par­ti­cu­lier ceux de la famille des ombel­li­fères et dru­pa­cées : aller­gies croi­sées entre bétu­la­cées, pomme et noi­sette, ou entre com­po­sées et céle­ri … etc. Une aller­gie au latex doit faire éga­le­ment recher­cher une aller­gie croi­sée avec la banane, l’a­vo­cat, le kiwi, la cha­taigne, le melon, les fruits de la passion.

L’in­ter­ro­ga­toire du cli­ni­cien doit être cen­tré sur les moda­li­tés des prises ali­men­taires : où sont pris les repas : en famille, chez une nour­rice, à la can­tine, au res­tau­rant ? Cha­cune de ces réponses implique des aspects par­ti­cu­liers de l’a­li­men­ta­tion. Com­ment sont répar­ties les prises : sur 3 ou 4 repas et existe-t-il un gri­gno­tage ? Dans ce der­nier cas la consom­ma­tion d’ad­di­tifs est pro­ba­ble­ment maxi­male. C,omment sont-ils cui­si­nés ? Quelles sont les pré­fé­rences, mais aus­si les dégoûts ali­men­taires ? A cet égard le dégout pour un ali­ment repré­sente sou­vent un stig­mate d’al­ler­gie à l’oeuf appa­rem­ment. 

2. Enquête ali­men­taire catégorielle

Le déco­dage du jour­nal ali­men­taire, éta­bli pen­dant une ou deux semaines, per­met de clas­ser les ali­ments en plu­sieurs caté­go­ries : ali­ments riches en his­ta­mine, ou en tyra­mine, apports hydriques, en fécu­lents, en lai­tages, en addi­tifs et vita­mines. La consom­ma­tion fré­quente d’une caté­go­rie d’a­li­ments doit faire recher­cher une aller­gie ou une into­lé­rance à cette classe : addi­tifs, colo­rants, épices … etc. Un apport exces­sif en ali­ments riches en amines bio­génes, c’est à dire riches en his­ta­mine ou his­ta­mi­no-libé­ra­teurs fait pen­ser à une « pseu­doal­ler­gie alimentaire ».

3. Tests cuta­nés d’allergie

Ils sont réa­li­sés selon la tech­nique du prick-test, tech­nique simple, rapide et très spé­ci­fique. Un dia­mètre d’in­du­ra­tion au moins égal à 3 mm et supé­rieur à 50% des témoins posi­tifs est consi­dé­ré comme posi­tif. La plu­part des fruits et légumes perdent rapi­de­ment leur acti­vi­té aller­gé­nique qui n’est pas repré­sen­tée de façon suf­fi­sante dans les extraits com­mer­ciaux, ce qui explique l’u­ti­li­sa­tion de plus en plus fré­quente d’ex­traits frais ou natifs (10).

Les prick-tests sont réa­li­sables dès les pre­miers mois de vie, après s’être assu­ré d’une réac­ti­vi­té de la peau aux témoins posi­tifs repré­sen­tés par l’his­ta­mine à 10 mg/ml et sur­tout par le phos­phate de codéine à 9 p. 100. Un témoin néga­tif per­met d’é­li­mi­ner un der­mo­gra­phisme. Il est néces­saire d’ar­rê­ter toute thé­ra­peu­tique anti-his­ta­mi­nique dans des délais variables en fonc­tion de la molé­cule uti­li­sée, si pos­sible de 15 à 30 jours pour éli­mi­ner toute inter­fé­rence. 

4. Tests bio­lo­giques in-vitro

Le dosage des IgE sériques spé­ci­fiques par tech­nique immu­no-enzy­ma­tique reste la méthode de réfé­rence. Les tests mul­ti-aller­gé­niques (TMA) sont le Rast Fx5•, l’A­la­top• ou les tech­niques ana­logues. A titre d’exemple, le pre­mier de ces TMA com­porte un mélange de six aller­gènes ali­men­taires sur le même sup­port : il per­met de dépis­ter 93,4% des aller­gies ali­men­taires de l’en­fant avant l’âge de 1 an et seule­ment 73,7% de ces aller­gies entre 1 et 3 ans (11). La valeur pré­dic­tive des exa­mens bio­lo­giques dans l’al­ler­gie ali­men­taire est de 32% (11). Ils sont tou­te­fois utiles lorsque les tests cuta­nés sont irréa­li­sables (eczé­ma éten­du sévère, der­mo­gra­phisme impor­tant, trai­te­ment anti­his­ta­mi­nique impos­sible à arrê­ter de façon durable). 

5. Tests de provocation

Les tests de pro­vo­ca­tion, test de pro­vo­ca­tion labial et test de pro­vo­ca­tion oral, res­tent le temps essen­tiel du diag­nos­tic de l’al­ler­gie ali­men­taire. 

5.1. Le test de pro­vo­ca­tion labial (TPL) est défi­ni comme un test de contact de l’a­li­ment avec la muqueuse labiale, dans le but de repro­duire des mani­fes­ta­tions cuta­nées locales, et d’é­vi­ter les réac­tions sys­té­miques (12). Il s’a­git d’une expres­sion locale de la réponse IgE à un anti­gène. Ce test peut être effec­tué à l’aide d’un extrait ali­men­taire com­mer­cial, ou en uti­li­sant l’a­li­ment frais.

Stade 1 : Déplis­se­ment de la lèvre inférieure

Stade 2 : Ery­thème sous la lèvre

Stade 3 : Urti­caire de conti­gui­té de la joue et du menton

Stade 4 : Oedème de la lèvre avec rhi­nite et larmoiement

Stade 5 : Réac­tion sys­té­mique asso­ciée à un pru­rit sur les zones

d’ec­zé­ma et à une toux.

Tableau III : Stades de posi­ti­vi­té du test de pro­vo­ca­tion labial (TPL).

D’a­près D.A. Mone­ret-Vau­trin (12)

- Une goutte est dépo­sée sur le ver­sant externe de la lèvre infé­rieure pen­dant 10 secondes à 2 minutes ; la bouche doit res­ter entrou­verte , à l” aide d’un coton inter­po­sé entre la gen­cive et la lèvre. La lec­ture est réa­li­sée comme les tests à lec­ture immé­diate, au bout de 15 minutes. On peut s’ai­der de pho­to­gra­phies, ce qui per­met­tra de gar­der un document.

- On décrit cinq stades de posi­ti­vi­té depuis le déplis­se­ment de la lèvre infé­rieure jus­qu’à la réac­tion sys­té­mique asso­ciée à un pru­rit sur les zones d’éc­zé­ma ou à une toux (Tableau I). Dans un tra­vail per­son­nel effec­tué chez 142 enfants atteints d’al­ler­gie ali­men­taire, nous avons esti­mé la sen­si­bi­li­té du TPL à 77,2% (13). La posi­ti­vi­té des TPL s’est le plus sou­vent tra­duite par une réac­tion de stade 3 (urti­caire de conti­gui­té). On a obser­vé 4,5% de réac­tions sys­té­miques d’in­ten­si­té modé­rée : urti­caire géné­ra­li­sée (4 cas), pous­sée pré­coce et géné­ra­li­sée d’ec­zé­ma (2 cas), oedème de Quincke (13).

 

5.2. La place du test de pro­vo­ca­tion par voie orale est capi­tale en Aller­go­lo­gie ali­men­taire. Il repro­duit l’his­toire cli­nique en res­pec­tant le temps, la quan­ti­té des ali­ments et les symp­tômes. Selon les auteurs, la posi­ti­vi­té du test de pro­vo­ca­tion par voie orale en double aveugle est notée dans 20 à 70% des cas d’al­ler­gie ali­men­taire soup­çon­née par l’a­na­mnèse, les tests cuta­nés et le dosage des IgE sériques spé­ci­fiques (14–17). Tou­te­fois, le test de pro­vo­ca­tion par voie orale est sans signi­fi­ca­tion patho­gé­nique. Il est poten­tiel­le­ment dan­ge­reux, et donc contre-indi­qué pour des rai­sons éthiques, si l’al­ler­gie ali­men­taire s’est révé­lée par une ana­phy­laxie aigue. A titre d’exemple, les TPODA sont récu­sés pour cette rai­son dans 48% des cas d’al­ler­gie à l’a­ra­chide, 8% des aller­gies à l’oeuf, 6% des aller­gies au lait de vache.

La conduite ration­nelle du bilan aller­go­lo­gique per­met d’in­cri­mi­ner l’al­ler­gie ali­men­taire dans un nombre crois­sant de patho­lo­gies. Le test de pro­vo­ca­tion est l’é­ta­lon-or du diag­nos­tic. La tech­nique du test de pro­vo­ca­tion labial est sédui­sante en Pédia­trie. Cepen­dant sa faible sen­si­bi­li­té conduit à com­plé­ter tous les TPL néga­tifs par un test de pro­vo­ca­tion par voie orale, si pos­sible en double-aveugle.

 

Répar­ti­tion des aller­gènes alimentaires

Les trois quart des aller­gies ali­men­taires de l’enfant sont dû es à l’oeuf (31,5%), à l’arachide (18,1%), au pois­son (12,6%) et au lait de vache (12,6%). Le deuxiè me groupe d’aliments en cause com­prend le soja, la noi­sette, le boeuf, les crus­ta­cé es, la mou­tards, la noix de coco et le porc. Ces ali­ments sont res­pon­sables de 15,8% des aller­gies ali­men­taires de l’enfant. Le troi­siè me groupe repré sente 9,4% des aller­gies ali­men­taires et com­porte le pou­let, le lapin, l’ail, le tour­nes­sol, la carotte, l’amande, la pê che, la farine de blé , la levure de bou­lan­ger (18) (Tableau II)

Groupe I : 74,8% 1. oeuf 31,5%

  1. caca­huè te 18,1%
  2. pois­son 12,6%
  3. lait 12,6%

Groupe II : 15,8% 5. Soja, len­tilles, pois 3,1%

6. noi­sette 3,1%

  1. boeuf 2,4%
  2. crus­ta­cé s 2,4%
  3. mou­tarde 1,6%
  4. noix de coco 1,6%
  5. porc 1,6%

Groupe III : 12. Pou­let, lapin, ail

tour­nes­sol, carotte,

amande, pê che,

farine de blé , levure

de bou­lan­ger 0.8%

Tableau V : Fré quence des aller­gè nes ali­men­taires chez 92 enfants agé s de 5 mois à 14 ans. (aller­gie ali­men­taire confir­mé e par prick-tesrs, TPO). D’aprè s D.A. Mone­ret-Vau­trin (18)

Nous rele­vons une répar­ti­tion un peu dif­fé­rente des aller­gènes en cause dans l’al­ler­gie ali­men­taire de l’en­fant : oeuf 31,7% des cas, ara­chide 29,7% des cas, mou­tarde 11,3%, lait 6,4% et pois­son 3,9% (13) . Les autres ali­ments en cause sont variables comme la cre­vette, le kiwi, l’huile d’a­ra­chide, les épices, la noi­sette, la pomme, les escar­gots, et aus­si le canard. Cette forte pré­va­lence pour la mou­terde reflète vrai­sem­bla­ble­ment des habi­tudes ali­men­taires locales. L’oeuf et l’a­ra­chide res­tent les prin­ci­paux tro­phal­ler­gènes au cours de l’al­ler­gie ali­men­taire de l’en­fant (19).

Ali­ments N %

Oeuf 75 31,7

Ara­chide 60 29,7

Mou­tarde 23 11,3

Lait 13 6, 4

Pois­son 8 3,9

Autres 21 10,3

Autres (*): cre­vette (4), kiwi (4), huile d’a­ra­chide (3), piment (2), fenouil (1), poivre (1), noisette

(1), pomme (1), escar­gots (1), canard (1), ail (1), pou­let (1)

Tableau VI : Aller­gènes ali­men­taires iden­ti­fiés chez 142 enfants agés de moins de 15 ans (par

prick-tests, IgE spé­ci­fiques et TPL et/ou TPOSA).

D’a­près F. Ran­cé et G. Dutau

Conclu­sions

L” aller­gie ali­men­taire du nour­ris­son ou de l “enfant peut être la pre­mière mani­fes­ta­tion de l’a­to­pie. Ce constat est cor­ro­bo­ré par les résul­tats de quelques enquêtes. Sché­ma­ti­que­ment, l’al­ler­gie IgE-dépen­dante se mani­feste par l’ec­zé­ma ato­pique du nour­ris­son et par l’al­ler­gie diges­tive, sui­vis de l’asthme, puis de la rhi­nite. L’ex­pé­rience acquise au cours du syn­drome d’al­ler­gies mul­tiples de l’en­fant cor­ro­bore ce type de séquence : il s’a­git le plus sou­vent (68% des cas) de patients qui, lors­qu’ils sont nour­ris­sons, pré­sentent un eczé­ma ato­pique sévère, une aller­gie ali­men­taire, puis déve­loppent un asthme vers l’age de 3 ou 4 ans, asso­cié à de nom­breuses sen­si­bi­li­sa­tions à des pneu­mal­ler­gènes et à des tro­phal­ler­gènes (20). Plus rare­ment, la séquence est « der­ma­tite ato­pique-asthme-aller­gie ali­men­taire » (7 cas sur 40, 17%) ou « aller­gie ali­men­taire-der­ma­tite ato­pique-asthme » (6 cas sur 40, 15%).

Réfé­rences

1. Young E, Sto­ne­ham MD, Petru­cke­vith A, Bar­ton ARTON J, Rona R. A popu­la­tion stu­dy of food into­le­rance. Lan­cet 1994;343:1127–30.

2. Mone­ret-Vau­trin DA. In : « Infant fee­ding ». Chap­man and Hall Scien­ti­fic Ed., Lon­don, 1994.

3. Dutau G, Ran­cé F, Kan­ny G, Mone­ret-Vau­trin DA. Mani­fes­ta­tions cuta­nées dans l’al­ler­gie ali­men­taire. Résul­tats pré­li­mi­naires de l’en­quête CICBAA (300 obser­va­tions) avec réfé­rence par­ti­cu­lière à la der­ma­tite ato­pique en Pédia­trie. Rev fr Aller­gol 1996 ; 36 : 233–8.

4. McCann SA, McCann ML. Sud­dens infant death syn­drome (SIDS) from cow milk aller­gy. J Aller­gy Clin Imn­nu­nol 1995 ; 95 : 330.

5. Pétrus M, Net­ter JC, Cha­teau­neuf R, Bild­stein G, Ran­cé F, Duthoit G, Semet I. Syn­drome de res­ca­pé de mort subite et aller­gie aux pro­téines du lait de vache (à pro­pos d’une obser­va­tion). Aller­gie Imo­na­nol 1989 ; 21 : 77–8.

6. Samp­son HA, Men­del­son L, Rosen JP. Fatal and near-fatal ana­phy­lac­tic reac­tions to food in chil­dren and ado­les­cents. N Engl J Med 1992 ; 327 : 380–4.

7. Yun­gin­ger JW, Sweene Y, Stur­ner WQ. Fatal food-indu­ced ana­phy­laxis. JAMA 1988 ; 260 : 1450–2.

8. Kidd JM, Coben SH, Soss­man AJ, Fink JN. Food-dependent exer­cise indued ana­phy­laxis. J Aller­gy Clin Imo­nu­nol 1982;69 . 103.

Derniers articles

La psychose maniaco-dépressive : troubles bipolaires I et II

La psychose maniaco-dépressive est l’une des affections psychiatriques les plus répandues en Occident. Elle fut...

Le bâillement : mécanisme et significations

Commun à presque toutes les espèces vertébrées sur terre, le bâillement est l’un des...

La rage chez l’homme : causes, symptômes et traitements

La rage est une maladie mortelle dont la cause est le virus RABV. Ce...

HOMOCYSTEINE : facteur de risque cardio-vasculaire

L’homocystéine a fait l’objet de nombreuses spéculations depuis sa découverte en 1932. Ses propriétés...

Pour aller plus loin

La psychose maniaco-dépressive : troubles bipolaires I et II

La psychose maniaco-dépressive est l’une des affections psychiatriques les plus répandues en Occident. Elle fut...

Le bâillement : mécanisme et significations

Commun à presque toutes les espèces vertébrées sur terre, le bâillement est l’un des...

La rage chez l’homme : causes, symptômes et traitements

La rage est une maladie mortelle dont la cause est le virus RABV. Ce...