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Du bon usage de l’hypnose en Médecine praticienne.

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Doc­teur Vic­tor SIMON
Ins­ti­tut de Méde­cine Psy­cho­so­ma­tique, d’Hyp­nose cli­nique et de Thé­ra­pie brève
26 Par­vis Saint Michel . 59000. Lille. France

Texte publié dans le Jour­nal de For­ma­tion Médi­cale Continue .
NORFORMEDIA N° 2 . Juillet 1997.

Régu­liè­re­ment, la « une » des revues heb­do­ma­daires affiche « HYPNOSE », avec en second plan un regard mys­té­rieux et quelques cercles concen­triques sym­bo­li­sant l’Hyp­nose et ses mystères.
Il y est sou­vent fait un amal­game gros­sier entre la sug­ges­tion uti­li­sée dans les spec­tacles, et l’Hyp­nose thé­ra­peu­tique telle qu’elle fut tou­jours uti­li­sée en Médecine.

Déjà au XVIII ème et XIX ème siècle, Mess­mer et Braid, puis plus près de nous, Bern­heim et l’E­cole de Nan­cy, Char­cot à La Sal­pê­trière, avaient mis au point des modes d’in­ter­ven­tion thé­ra­peu­tique en Méde­cine et en Chirurgie.

Sou­ve­nons-nous que l’Hyp­nose était alors la seule psy­cho­thé­ra­pie, et que Freud uti­li­sait, comme ses contem­po­rains, l’Hyp­nose. Ce fut un échec thé­ra­peu­tique avec une célèbre patiente qui le condui­sit à inven­ter la psy­cha­na­lyse, tan­dis que ses col­lègues et amis, Ferenc­zi notam­ment, conser­vèrent l’u­ti­li­sa­tion de l’Hyp­nose, en psy­cho­thé­ra­pie notamment.

L’Hyp­nose est-elle une psy­cho­thé­ra­pie seule­ment ? Est-ce un état modi­fié de conscience ? Que se passe-t-il au cours d’une séance d’Hyp­nose ? Dans quel but, et com­ment obte­nir un résul­tat défi­ni­tif et quelles en sont les indications ?

Il est impor­tant de savoir que l’é­tat hyp­no­tique est un état banal dans lequel nous entrons et évo­luons plu­sieurs fois par jour spon­ta­né­ment. Il peut s’a­gir d’un état de rêve­rie : lec­ture pas­sion­nante, émis­sion de télé­vi­sion, voyage dans un train, film. Le sujet se décon­necte de la réa­li­té envi­ron­nante, tout en étant pré­sent ici, mais aus­si ailleurs, là-bas !

Ne répri­man­dez donc plus vos enfants quand ils regardent un feuille­ton à la télé­vi­sion, et que vous les appe­lez trois fois de suite pour dîner : ils sont tout à fait bien éle­vés, ils vous entendent par­fai­te­ment, mais ils sont « en transe hyp­no­tique » spon­ta­née. Leur temps de réac­tion dépend de leur état de concen­tra­tion à ce moment-là.

Ce phé­no­mène est très utile, il per­met au Méde­cin d’u­ti­li­ser chez le patient cette facul­té spon­ta­née à entrer en Hyp­nose . C’est cette modi­fi­ca­tion de l’é­tat de conscience que l’on appelle « état hyp­no­tique », le terme « transe hyp­no­tique » étant celui qui fut uti­li­sé en pre­mier, tout comme l’an­gine de poi­trine défi­nis­sait en fait une coro­na­rite. A la dif­fé­rence de celle-ci, l’é­tat hyp­no­tique est un phé­no­mène phy­sio­lo­gique spon­ta­né et nor­mal. Le but du Méde­cin est de culti­ver et entre­te­nir ce phé­no­mène natu­rel, à la demande du patient, dans un but thé­ra­peu­tique. C’est ce qui rend cette nou­velle hyp­nose tout à fait éthique.

Il s’a­git, sans sug­ges­tion intru­sive, et en res­pec­tant inté­gra­le­ment son éco­lo­gie psy­chique, d’ai­der un sujet à trou­ver des solu­tions à un niveau incons­cient, et d’ac­cé­der à ses res­sources pro­fondes. Ce fai­sant, il peut alors résoudre le ou les pro­blèmes qui le bloquent.

Ce tra­vail peut se faire pen­dant une ses­sion, au cours de laquelle, par le biais d’une conver­sa­tion banale, ou l’é­vo­ca­tion d’un sou­ve­nir agréable, le sujet peut accé­der à cet état hypnotique.

Au cours de ce tra­vail, il se fait un réamé­na­ge­ment psy­chique qui per­met au patient de trou­ver une solu­tion à son problème.

Cette nou­velle Hyp­nose, dont Mil­ton Erick­son, psy­chiatre amé­ri­cain fut l’i­ni­tia­teur, per­met aus­si d’a­bor­der une mul­ti­tude de troubles en méde­cine, en chi­rur­gie, et d” agir sur la com­po­sante psy­cho­so­ma­tique de bon nombre d’affections.

De mul­tiples expé­riences en labo­ra­toire de phy­sio­lo­gie ont mon­tré que de très nom­breuses fonc­tions étaient modi­fiées dans le sens de la régu­la­tion lors d’une séance d’Hyp­nose : rythme res­pi­ra­toire et car­diaque, ten­sion arté­rielle, spasmes bron­chiques, tonus sym­pa­thique et para­sym­pa­thique, tonus mus­cu­laire, sécré­tion acide gas­trique, sen­si­bi­li­té vis­cé­rale diges­tive, vaso­di­la­ta­tion, vaso­cons­tric­tion. Il a même été consta­té de façon régu­lière une dimi­nu­tion du temps de sai­gne­ment, et les méde­cins et chi­rur­giens qui uti­lisent l’a­nal­gé­sie hyp­no­tique, sont tou­jours impres­sion­nés par l’ab­sence de sai­gne­ment du champ opératoire.

Chez les grands brû­lés, il est consta­té que l’Hyp­nose per­met non seule­ment l’a­nal­gé­sie et la mobi­li­sa­tion pré­coce du sujet, mais sur­tout dimi­nue de façon constante les fuites hydro-élec­tro­ly­tiques et la déper­di­tion plas­ma­tique. Elle est lar­ge­ment uti­li­sée dans les ser­vices de brû­lés des Hopi­taux mili­taires français.

Les indi­ca­tions de l’Hyp­nose en pra­tique quotidienne :

- En obs­té­trique , on uti­lise l’ef­fet anal­gé­sique sur les dou­leurs de l’ac­cou­che­ment, ain­si que sur le rythme des contrac­tions utérines.

- En sto­ma­to­lo­gie et chi­rur­gie den­taire, elle faci­lite les soins den­taires en per­met­tant un meilleur contrôle de la dou­leur, du sai­gne­ment, de la sali­va­tion et per­met de mieux lut­ter contre l’an­xié­té, les réflexes nau­séeux, le bruxisme…

- En Anes­thé­sie , il est pos­sible de dimi­nuer l’an­xié­té pré-opé­ra­toire, et même de pra­ti­quer cer­taines inter­ven­tions sans recou­rir à l’anes­thé­sie géné­rale, comme cela est pra­ti­qué cou­ram­ment, pour thy­roï­dec­to­mie, au C.H.U de Liège.

- En Rhu­ma­to­lo­gie et Trau­ma­to­lo­gie , l’Hyp­nose est un appoint pré­cieux, aug­men­tant le confort des patients sur la dou­leur et la mobi­li­té. Dans les algo­dy­stro­phies, des résul­tats spec­ta­cu­laires ont été obser­vés per­met­tant une reprise de l’activité.

- Pour les brû­lés , la sug­ges­tion de froid, au début, va blo­quer les réac­tions réflexes asso­ciées, per­mettre une anal­gé­sie pen­dant les soins, et évi­ter de nom­breuses anes­thé­sies générales.

- En patho­lo­gie vas­cu­laire : cer­taines hyper­ten­sions arté­rielles, Mala­die de Raynaud.

- En Pneu­mo­lo­gie : l’asthme plus particulièrement.

- En Der­ma­to­lo­gie : eczé­ma, pso­ria­sis, ver­rues, pru­rit et toutes les affec­tions psychosomatiques.

- En Sexo­lo­gie : tous les dys­fonc­tion­ne­ments sexuels.

- En O.R.L. : acou­phènes, ver­tiges, dys­pho­nies, laryngospasme.

- En Neu­ro­lo­gie : migraines, insom­nies, tics, stress, anxié­té, peur, pho­bies, agres­si­vi­té, le trai­te­ment de la douleur.

- En Psy­chia­trie , toutes les névroses, les troubles du com­por­te­ment : ali­men­taire, ano­rexie, bou­li­mie, alcoo­lisme, toxi­co­ma­nie, pho­bies sociales, dépres­sions, névrose post-traumatique.

- En Psy­cho­thé­ra­pie : manque de confiance, timi­di­té, pré­pa­ra­tions aux exa­mens et concours, pro­blèmes sco­laires, pro­fes­sion­nels, pro­blèmes rela­tion­nels de couple mais aus­si de la famille,

- En gas­tro-enté­ro­lo­gie : dys­ki­né­sies oeso­pha­giennes, côlon irri­table, troubles soma­tiques et fonc­tion­nels diges­tifs , toutes les com­po­santes psy­chiques des affec­tions psy­cho­so­ma­tiques que sont la Rec­to-colite hémor­ra­gique, la Mala­die de Crohn, l’ul­cère gastro-duodénal.

- En Méde­cine du sport : la visua­li­sa­tion et anti­ci­pa­tion en hyp­nose sont uti­li­sées pour amé­lio­rer les performances.

- En Nutri­tion : pour la thé­ra­pie de l’o­bé­si­té ou de la maigreur.

- Chez le malade can­cé­reux : uti­li­sa­tion de la visua­li­sa­tion en hyp­nose pour aug­men­ter l’ac­tion de la chi­mio­thé­ra­pie ou des greffes de moelle osseuse. Il est recon­nu que l’hyp­nose per­met d’aug­men­ter les réac­tions de défenses immu­ni­taires et modi­fie de taux d’In­ter­leu­kine 2.

- En psy­cho­thé­ra­pie erick­so­nienne : la pers­pec­tive qui sous-tend l’oeuvre d’E­rick­son consiste à aider l’in­té­gra­tion per­son­nelle et le déve­lop­pe­ment des patients, en faci­li­tant les méca­nismes incons­cients qui tra­vaillent en per­ma­nence à notre équilibre.

Cette liste non exhaus­tive pour­rait paraître, aux yeux de cer­tains, un cata­logue rele­vant d’une approche « touche à tout ».

Il faut avoir vu s’o­pé­rer ces chan­ge­ments dans la vie de nos patients, pour com­prendre que l’Hyp­nose est un puis­sant outil thé­ra­peu­tique, qui, manié avec un grand res­pect de l’Autre, et l’é­thique qui est la nôtre, peut être uti­li­sé par cha­cun d’entre nous dans de nom­breuses indications.

Les méde­cins qui l’u­ti­lisent au cours de leur pra­tique quo­ti­dienne, constatent com­bien l’Hyp­nose leur est utile en consul­ta­tion, en visite et même en urgence.

L’ac­tion au niveau soma­tique est recon­nue par de nom­breux tra­vaux. Elle per­met une approche psy­cho­so­ma­tique de la mala­die, et apprend au patient à mieux contrô­ler ses symp­tômes et leurs consé­quences par l’ap­pren­tis­sage de l’au­to-hyp­nose, notamment.

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