HomeNon classéDERMATITE ou ECZEMA ATOPIQUE

DERMATITE ou ECZEMA ATOPIQUE

Publié le

spot_img

Confé­rence de consen­sus Prise en charge de la der­ma­tite ato­pique de l’enfant
Socié­té Fran­çaise de Dermatologie

Texte com­plet http://www.sfdermato.org/pdf/conf-cons-2dec.pdf

 

L’ob­jec­tif de la confe­rence de consen­sus a ete de pro­po­ser à la com­mu­nau­té des soi­gnants et des patients une ana­lyse cri­tique des pra­tiques de prise en charge de l’en­fant atteint de der­ma­tite ato­pique (DA). La popu­la­tion cible est l’en­fant, du nour­ris­son à l’adolescent.

Les recom­man­da­tions pro­po­sées par le jury ont été clas­sées en grades A, B, ou C en fonc­tion du niveau de preuve scien­ti­fique four­ni par la littérature :
—- grade de recom­man­da­tion A : preuve scien­ti­fique éta­blie par des études de niveau 1
—- grade de recom­man­da­tion B : pré­somp­tion scien­ti­fique sur des études de niveau 2
—- grade de recom­man­da­tion C : faible niveau de preuve (études de niveau 3 ou 4)
En l “absence d “études de niveau suf­fi­sant, le jury a tenu compte des pra­tiques pro­fes­sion­nelles pour éta­blir des recom­man­da­tions de bon sens

DEFINITION – EPIDEMIOLOGIE

La der­ma­tite ato­pique (DA) ou eczé­ma ato­pique est une mala­die cuta­née inflam­ma­toire, qui touche pré­fe­ren­tiel­le­ment le nour­ris­son. L’a­to­pie regroupe la DA, l’asthme et la rhi­no ]conjonc­ti­vite aller­gique. Le diag­nos­tic de la DA est cli­nique et vali­dé sur les cri­teres de la Uni­ted King­dom Wor­king Par­ty comme une der­ma­tose pru­ri­gi­neuse, réci­di­vante, tou­chant avec pré­di­lec­tion les plis de flexion

Peu d’é­tudes épi­dé­mio­lo­giques ont été réa­li­sées en France. Dans l’é­tude ISAAC réa­li­sée en 1999 par ques­tion­naire, la pré­va­lence de la DA en France était de 8,8 p cent chez les enfants de 6 – 7 ans et 10,0 p cent chez les enfants de 13 – 14 ans. Dans des études réa­li­sées en Europe, effec­tuées sur ques­tion­naire, la pré­va­lence varie de 7% à 28 % ; dans les études avec exa­men médi­cal elle varie de 6% à 16 %. Les auteurs sou­lignent l’aug­men­ta­tion de la pré­va­lence de la mala­die depuis 20 ans et sa répar­ti­tion variable selon le niveau de vie des populations.

50 % à 70 % des patients atteints de DA ont un parent au pre­mier degré atteint d’une DA, d’un asthme ou d’une rhi­nite aller­gique. Le mode de trans­mis­sion de l ato­pie est incon­nu. Elle est pro­ba­ble­ment polygénique.

L’aug­men­ta­tion de la pré­va­lence de la DA dans les popu­la­tions à niveau de vie éle­vé a ete reliée à la dimi­nu­tion de l’ex­po­si­tion aux agents infec­tieux. Cette obser­va­tion est à l’o­ri­gine de la théo­rie hygié­niste qui sup­pose que la dimi­nu­tion des infec­tions est res­pon­sable de modi­fi­ca­tions de la régu­la­tion du sys­teme immu­ni­taire inné.

ASPECTS CLINIQUES DE LA DA

La DA débute des les pre­mières semaines de la vie par une atteinte symé­trique pré­do­mi­nant sur les convexites du visage et des membres. Une séche­resse cuta­née (xerose) est fré­quente. Le pru­rit est constant apres l’age de 3 mois, sou­vent asso­cie à des troubles du som­meil. L’as­pect des lésions varie selon le moment de l’exa­men (pous­sées ou rémission).

Chez l’en­fant apres 2 ans
Les lésions sont loca­li­sées aux plis (cou, coudes, genoux) et aux extré­mites (mains et poi­gnets, che­villes). La liche­ni­fi­ca­tion (épais­sis­se­ment de la peau) est un symp­tome fré­quent et témoigne d’un pru­rit loca­li­sé persistant.
Chez l’a­do­les­cent
La majo­ri­té des DA dis­pa­rait dans l’en­fance. Quand la DA per­siste à l’a­do­les­cence la liche­ni­fi­ca­tion et la xérose sont fré­quentes. Par ailleurs l’at­teinte du visage et du cou sous forme d’un ery­theme est caractéristique.
D’autres mani­fes­ta­tions ato­piques peuvent s’as­so­cier à l’eczéma
Une aller­gie ali­men­taire, le plus sou­vent avant 3 ans, un asthme dans 1/3 des cas, une rhi­nite aller­gique peuvent sur­ve­nir chez ces enfants. Le risque de sur­ve­nue de ces mani­fes­ta­tions dépend de l’age de debut de la DA et varie selon les etudes

LES COMPLICATIONS

  • Le sta­phy­lo­coque doré colo­nise la peau lesée et saine dans la DA. La sur­in­fec­tion est dif­fi­cile à appre­cier en par­ti­cu­lier dans les formes exsu­da­tives. La pré­sence de lésions pus­tu­leuses et crou­teuses inha­bi­tuelles doit faire évo­quer cette complication.
  • L’herpes peut etre res­pon­sable de sur­in­fec­tion grave par dif­fu­sion du virus sur les zones d’ec­zé­ma. Une modi­fi­ca­tion rapide de l’as­pect des lesions et/ou la pre­sence de vési­cu­lo-pus­tules ombi­li­quées, sont des signes d’a­larmes en faveur de cette infection.
    L’as­so­cia­tion avec de la fievre, une alté­ra­tion de l’é­tat géné­ral evoquent un tableau de pus­tu­lose dis­sé­mi­née de Kapo­si – Julius­berg qui néces­site un trai­te­ment d’urgence.
  • L’ec­zé­ma de contact : sa pré­va­lence est plus éle­vée chez les enfants ayant une DA. Il faut l’é­vo­quer devant une loca­li­sa­tion inha­bi­tuelle et/ou une per­sis­tance voire une aggra­va­tion malgre un trai­te­ment bien conduit.
  • Un retard de crois­sance peut etre asso­cie à une DA sévere. Ces retards de crois­sance se cor­rigent quand la DA est trai­tée efficacement.

QUELS EXAMENS COMPLEMENTAIRES ? .

Le diag­nos­tic de la DA est cli­nique. Il n’est pas néces­saire de faire des exa­mens com­plé­men­taires pour prendre en charge un patient por­teur d’une DA (accord professionnel).
En revanche, le role pos­sible d’al­ler­genes comme fac­teurs per­en­ni­sants de cer­taines DA de l’en­fant peut conduire dans cer­tains cas à des explo­ra­tions aller­go­lo­giques (accord pro­fes­sion­nel) en par­ti­cu­lier pour recher­cher un eczé­ma de contact à un excipient.

Les tests allergologiques
Un test d’al­lér­gie posi­tif indique seule­ment que l’en­fant est sen­si­bi­lise à un aller­gene, sans preuve que l’ex­po­si­tion aller­gé­nique déclenche ou entre­tient les symp­tomes. Quels que soient les résul­tats des inves­ti­ga­tions aller­go­lo­giques ils doivent tou­jours etre confron­tés à l’his­toire cli­nique. Les tests uti­lises com­portent : 1 ]Les pricks tests cutanes. Ils n’ont pas de seuil de posi­ti­vite clai­re­ment defi­ni. Les aller­genes testes sont orientes en fonc­tion de l’age, de l’his­toire cli­nique, (pre­ci­see par l’in­ter­ro­ga­toire des parents), de l’en­vi­ron­ne­ment et du regime de l’en­fant. Ils sont le plus sou­vent suf­fi­sants pour affir­mer la sen­si­bi­li­sa­tion à un aller­gene. 2 ]Le dosage des IgE seriques spe­ci­fiques, les tests de depis­tage sans iden­ti­fi­ca­tion de l’al­ler­gene (Pha­dia­top et Tro­pha­top), le dosage des IgE seriques totales ne per­mettent pas d’as­su­rer avec cer­ti­tude la pre­sence d’une aller­gie. Cepen­dant un dosage san­guin, pour cer­tains aller­genes, peut sur la base des valeurs chif­frees des IgE seriques spe­ci­fiques evi­ter la rea­li­sa­tion d’un test de pro­vo­ca­tion orale. 3 ]Les test epi­cu­tanes (patch tests). La bat­te­rie stan­dard Euro­peenne per­met d’ex­plo­rer les prin­ci­paux aller­genes de contact. Elle n’a d’in­te­ret chez l’en­fant ato­pique qu’en cas de sus­pi­cion d’une aller­gie de contact sur­ajou­tee. Les ato­py patch tests ini­tia­le­ment deve­loppes pour les pneu­mal­ler­genes, et plus recem­ment pour quelques aller­genes ali­men­taires (lait de vache, farine de ble, oeuf) ne sont pas stan­dar­dises et encore en cours d’e­va­lua­tion. L’in­te­ret des ato­py patch tests prets à l’emploi reste à eva­luer. 4 ]Le regime d’e­vic­tion ali­men­taire à visee diag­nos­tique ne doit pas etre ini­tie sans la rea­li­sa­tion d’un bilan aller­go­lo­gique prea­lable, par­ti­cu­lie­re­ment pour les pro­teines du lait de vache chez le nour­ris­son. Ce regime d’e­vic­tion doit etre strict base sur les don­nees du bilan. En l’ab­sence d’a­me­lio­ra­tion de la DA dans un delai d’un mois le regime ne doit pas etre pour­sui­vi. 5 ]Le test de pro­vo­ca­tion orale (TPO) a pour objec­tif de prou­ver la res­pon­sa­bi­lite d’un aller­gene ali­men­taire. Le TPO en double aveugle contre pla­ce­bo est la methode de refe­rence rea­li­sable seule­ment dans quelques centres en France. Le TPO en ouvert est en pra­tique plus lar­ge­ment uti­lise dans des struc­tures aptes à prendre en charge une reac­tion anaphylactique.

QUELS ENFANTS TESTER ? 1) Trois situa­tions sont vali­dees (accord pro­fes­sion­nel a) La DA grave defi­nie comme un echec au trai­te­ment adapte bien conduit, meme chez les nour­ris­sons sous allai­te­ment mater­nel exclu­sif (le lait mater­nel qui contient la plu­part des pro­teines ali­men­taires inge­rees par la mere peut etre un vec­teur de sen­si­bi­li­sa­tion par pro­cu­ra­tion). b) L’en­fant ayant une DA et une stag­na­tion ou cas­sure de la courbe sta­tu­ro ] pon­de­rale. c) L’en­fant ayant une DA avec mani­fes­ta­tions asso­ciees : . ] Signes evo­ca­teurs d’une aller­gie ali­men­taire apres inges­tion ou contact avec un ali­ment : syn­drome oral ; mani­fes­ta­tions cuta­nees (urti­caire, angioe­deme), res­pi­ra­toires (asthme, rhi­nite) ou diges­tives (vomis­se­ments, diar­rhee), voire choc ana­phy­lac­tique. . ] Signes evo­ca­teurs d’une aller­gie res­pi­ra­toire : asthme, rhi­nite ou rhi­no­con­jonc­ti­vite. . ] Signes evo­ca­teurs d’une aller­gie de contact : ecze­ma loca­lise dans des zones inha­bi­tuelles (siege, paumes et plantes) ; DA qui ne repond pas au trai­te­ment habi­tuel ou s’ag­grave. 2) D’autres situa­tions res­tent dis­cu­tees du fait des biais de recru­te­ment et du faible niveau de preuve des etudes rap­por­tees. Elles ne per­mettent pas un consen­sus. a) La pre­sence de mani­fes­ta­tions diges­tives banales (reflux gas­tro ]oeso­pha­gien, pleurs et coliques resis­tant au trai­te­ment habi­tuel), symp­tomes trop pre­va­lents pour avoir une valeur d’o­rien­ta­tion chez le nour­ris­son. b) Les ante­ce­dents fami­liaux d’a­to­pie severe. c) La pre­co­cite des symp­tomes cutanes avant l’age de 3 mois (le jury emet des reserves sur la pos­si­bi­lite d’af­fir­mer une DA avant 3 mois). En l’ab­sence de preuves suf­fi­santes, et du fait de la diver­gence d’a­vis, le jury recom­mande la rea­li­sa­tion d’e­tudes pros­pec­tives visant à etayer ces indications.

POURQUOI TESTER ?
L’ob­jec­tif theo­rique des explo­ra­tions com­ple­men­taires dans la DA est d’a­bord d’ob­te­nir a court terme un impact bene­fique sur la der­ma­tose mais aus­si ten­ter de deter­mi­ner des fac­teurs pro­nos­tiques pour recom­man­der la mise en place de mesures de pre­ven­tion à long terme. Peut-on ame­lio­rer la DA ? Lors­qu’une aller­gie est confir­mee, l’e­vic­tion du ou des aller­genes est bien sur recom­man­dee, cepen­dant l’im­pact de cette evic­tion sur la DA n’ap­pa­rait pas tou­jours evident et varie consi­de­ra­ble­ment en fonc­tion du contexte cli­nique et du type d’al­ler­gene. ] Aller­gie de contact : il est admis que l’e­vic­tion de l’al­ler­gene res­pon­sable ame­liore un ecze­ma de contact (accord pro­fes­sion­nel). ] Aller­gie ali­men­taire : l’im­pact de l’e­vic­tion des aller­genes ali­men­taires sur l’e­vo­lu­tion de la DA est encore dis­cute (grade B). Le jury recom­mande la rea­li­sa­tion d’autres etudes ethi­que­ment et metho­do­lo­gi­que­ment accep­tables. ] Sen­si­bi­li­sa­tion aux pneu­mal­ler­genes : des etudes contra­dic­toires de niveau 2 ne per­mettent pas de conclure à l’in­te­ret de mesures d’e­vic­tion dans l’en­vi­ron­ne­ment, en par­ti­cu­lier l’u­ti­li­sa­tion de housses anti ]aca­riens. Peut on deter­mi­ner des mar­queurs pro­nos­tiques d’e­vo­lu­tion ? ] Des etudes de valeur inegale ont montre une rela­tion entre sen­si­bi­li­sa­tion à l’oeuf et seve­rite de l’ec­ze­ma. La rea­li­sa­tion de tests aller­go­lo­giques pour eta­blir un pro­nos­tic indi­vi­duel n’est cepen­dant pas per­ti­nente (grade C). – En dehors de la gra­vite cli­nique de la DA chez le nour­ris­son, il n’existe pas d’e­le­ments pro­nos­tiques per­met­tant d’e­va­luer le risque de sur­ve­nue d’un asthme dans l’en­fance ] Le dosage des IgE totales n’a pas d’in­te­ret pour la detec­tion pre­coce des nour­ris­sons à risque de deve­lop­per une DA per­sis­tante ou severe

LE TRAITEMENT DES POUSSEES DE DERMATITE ATOPIQUE DE L’ENFANT

Le trai­te­ment de la DA est symp­to­ma­tique. Les objec­tifs sont de trai­ter les pous­sees et de pre­ve­nir les recur­rences par une prise en charge au long cours.
L’en­quete natio­nale de pra­tique montre une grande diver­site dans les moda­lites the­ra­peu­tiques en fonc­tion des pra­ti­ciens, en par­ti­cu­lier pour le trai­te­ment local.

LES DERMOCORTICOIDES

Les der­mo­cor­ti­coides ont long­temps repre­sente le seul trai­te­ment effi­cace dans cette indi­ca­tion. Ils res­tent la refe­rence pour tous les nou­veaux pro­duits testes. Ils ont une triple action anti-inflam­ma­toire, immu­no­sup­pres­sive et anti­mi­to­tique. Leurs meca­nismes d’ac­tion ne sont pas par­fai­te­ment connus.

  • Quel der­mo­cor­ti­coide choisir ?
    Le choix est fait en fonc­tion de l’age, de la seve­rite de la DA, du site et de l’e­ten­due à traiter.
    • les der­mo­cor­ti­coides d’ac­ti­vite tres forte (classe IV) sont contre indiques chez le nour­ris­son et le jeune enfant, sur le visage, les plis, et le siege.
    • Les der­mo­cor­ti­coides forts (classe III) sont à reser­ver en cures courtes aux formes tres inflam­ma­toires ou tres liche­ni­fiees des extremites.
    • Les der­mo­cor­ti­coides moderes (classe II) sont uti­lises sur le visage, les plis et les zones geni­tales et chez le nourrisson.
    • Les der­mo­cor­ti­coides faibles ont peu de place en therapeutique.

    Toutes ces habi­tudes pro­fes­sion­nelles ne sont pas etayees par des etudes de niveau de preuve de niveau 1.

  • Les effets secon­daires des dermocorticoïdes
    Les effets secon­daires sont direc­te­ment lies à la puis­sance de la mole­cule, à la duree du trai­te­ment, à l’oc­clu­sion, à la sur­face trai­tee, à l’in­te­grite cuta­nee et à l’age de l’enfant.
    —- Les effets secon­daires locaux sont rares
    —- Les effets sys­te­miques poten­tiels theo­riques sont lies à une frei­na­tion de l’axe hypo­tha­la­mo-hypo­phy­so-sur­re­na­lien : elle ne jus­ti­fie pas la rea­li­sa­tion sys­te­ma­tique d’ex­plo­ra­tions endo­cri­niennes (accord professionnel)
    Excep­tion­nels, ces effets peuvent se tra­duire cli­ni­que­ment par un retard de crois­sance, par­fois lie en fait à la seve­rite intrin­seque de l’ec­ze­ma Dans le cadre d’une affec­tion chro­nique de l’en­fant, la sur­veillance de la crois­sance est indispensable
  • les formes galeniques
    Les crèmes sont pré­fé­rées sur les lésions suin­tantes et les plis ; les pom­mades sur les lesions sèches, liche­ni­fiées. Les pré­pa­ra­tions visant à diluer les der­mo­cor­ti­coides n’ont pas de place.
    Une seule appli­ca­tion par jour est aus­si effi­cace, a le mérite d’en faci­li­ter l’emploi, d’as­su­rer une meilleure com­pliance, et de réduire le risque d’ef­fets secon­daires et le cout (accord professionnel).
    Aucune don­née de la lit­té­ra­ture ne per­met de don­ner la quan­ti­té de der­mo­cor­ti­coides à ne pas dépas­ser selon le poids de l’en­fant. L’ap­pré­cia­tion de l’ef­fi­ca­ci­té cli­nique est plus impor­tante que la défi­ni­tion d’une dose théorique.
  • Quel sché­ma thérapeutique ?
    Il existe une grande diver­si­té d’ha­bi­tudes pro­fes­sion­nelles tant pour ini­tier le trai­te­ment que pour l’ar­rê­ter. Cette varia­bi­li­té des pro­to­coles entre­tient l’in­quié­tude des patients, favo­rise une cer­taine méfiance voire une cor­ti­co­pho­bie, et par­ti­cipe au noma­disme médical.
    Actuel­le­ment, la plu­part des experts uti­lise pré­fe­ren­tiel­le­ment la méthode suivante :.
    —- uti­li­sa­tion de der­mo­cor­ti­coides puis­sants sur de courtes durées sui­vie par une période d’in­ter­rup­tion avec usage d’é­mol­lients jus­qu’a la récur­rence suivante ;
    —- pour­suite d’ap­pli­ca­tions quo­ti­diennes sur les lésions per­sis­tantes jus­qu’a dis­pa­ri­tion de celles ci.
    En absence d’e­tude cli­nique éva­luant les condi­tions opti­males d’u­ti­li­sa­tion des der­mo­cor­ti­coïdes, il appa­rait nécés­saire d’har­mo­ni­ser nos pra­tiques, sur la base d’es­sais com­pa­ra­tifs qui res­tent à développer.
  • Quel sui­vi réaliser ?
    Dans les formes légères à modé­rées de DA, l’ef­fi­ca­ci­té d’un trai­te­ment der­mo­cor­ti­coïde bien conduit est spec­ta­cu­laire avec dis­pa­ri­tion du pru­rit en quelques jours et amé­lio­ra­tion des lésions en une semaine. Une consul­ta­tion sys­te­ma­tique de sui­vi est nécés­saire pour s’as­su­rer de cette évo­lu­tion favo­rable, de l’adhé­sion du patient au trai­te­ment en éva­luant la quan­ti­té de der­mo­cor­ti­coides uti­li­sée, et pour réadap­ter au besoin le traitement.

LES INHIBITEURS DE LA CALCINEURINE

Le déve­lop­pe­ment récent des inhi­bi­teurs de la cal­ci­neu­rine (IC) topiques dans le trai­te­ment de la DA de l’en­fant est une inno­va­tion impor­tante. Ces molé­cules de la famille des macro­lides ont une action immu­no­sup­pres­sive par inhi­bi­tion de la cal­ci­neu­rine, molé­cule nécés­saire à l’ac­ti­va­tion des lym­pho­cytes TH2.

  • Les molé­cules disponibles
    Deux molé­cules ont ete etu­diées depuis plu­sieurs années : le tacro­li­mus et le pime­cro­li­mus
  • Quelle est l’ef­fi­ca­ci­té des IC ?

Pour le trai­te­ment des poussées
L’ef­fi­ca­ci­té cli­nique du tacro­li­mus a ete demon­trée à court terme dans des études avec com­pa­rai­son contre pla­ce­bo ou contre der­mo­cor­ti­coides de niveau faible à modé­ré. Elles montrent que le tacro­li­mus topique réduit effi­ca­ce­ment et rapi­de­ment, dès la pre­mière semaine de trai­te­ment, les signes et symp­tomes de la DA modé­rée à sévère (niveau I).
Le pime­cro­li­mus est éga­le­ment rapi­de­ment actif dans la DA légère à modé­rée ou il ame­liore tous les para­mètres cli­niques de manière signi­fi­ca­ti­ve­ment supé­rieure à l’ex­ci­pient. Dans une étude de niveau 1, il est d’ef­fi­ca­cite infé­rieure au valé­rate de betha­me­tha­sone (acti­vite forte).
Pour la pre­ven­tion des recidives
L’ef­fi­ca­ci­té du tacro­li­mus se main­tient pen­dant l’an­née du trai­te­ment si le trai­te­ment est pour­sui­vi. Des études au plus long cours ne sont pas dis­po­nibles actuellement.
Pour le pime­cro­li­mus, une etude de niveau I a montre que le pime­cro­li­mus 1% applique deux fois par jour, des l’ap­pa­ri­tion des pre­mieres lesions, etait plus effi­cace que l’excipient.

  • Effets secon­daires locaux
    Pour le tacro­li­mus et le pime­cro­li­mus, les effets secon­daires locaux les plus fré­quents sont une sen­sa­tion de bru­lure et de pru­rit au site d’ap­pli­ca­tion, le plus sou­vent modé­rée et tran­si­toire (quelques jours). Il n’y a pas de risque d’atrophie.
    Le risque d’in­fec­tion bac­té­rienne n’est pas aug­men­té. Il en est de même des infec­tions virales hor­mis l’her­pès ou des pré­cau­tions (infor­ma­tion des risques de trans­mis­sion, sur­veillance cli­nique et sus­pen­sion du trai­te­ment en cas d’in­fec­tion her­pé­tique) sont nécessaires
  • Effets secon­daires systémiques
    Dans la plu­part des études à court terme, aucune ano­ma­lie bio­lo­gique n’a ete consta­tée. Les taux plas­ma­tiques de tacro­li­mus, un mois apres le début du trai­te­ment, sont infé­rieurs aux taux d’im­mu­no­sup­pres­sion thérapeutique.
    A long terme, il s’a­git de pro­duits aux pro­prié­tés immu­no­sup­pres­sives qui pour­raient donc etre à l’o­ri­gine d’une éven­tuelle car­ci­no­gé­nèse. In vitro il n y a pas de car­ci­no­gé­ni­ci­té dans la majo­ri­té des tests sauf un chez la sou­ris albinos.
    Le risque de car­ci­no­ge­nese cuta­nee chez l’homme reste hypo­the­tique mais ne pour­ra pas etre levé tant qu’il n’y aura pas un recul d’u­ti­li­sa­tion de ces pro­duits au tres long cours.
  • Com­ment uti­li­ser les IC chez l’enfant ?
    Selon l’AMM actuelle : seul le tacro­li­mus à 0,03% est indi­qué dans la DA modé­rée à sévère de l’en­fant de plus de deux ans à rai­son de 2 appli­ca­tions par jour sur toute la sur­face à trai­ter, jus­qu’a dis­pa­ri­tion des lésions. Il peut être uti­li­sé en cure courte ou en trai­te­ment au long cours inter­mit­tent. La pres­crip­tion se fait sur ordon­nance pour médi­ca­ments d’ex­cep­tion et est reser­vée aux der­ma­to­logues et aux pédiatres.
    – L’AMM actuelle n’est pas satis­fai­sante compte tenu du fait qu’elle n’est pas en accord avec les cri­tères d’in­clu­sion des patients dans les études publiées, qu’elle limite l’emploi du pro­duit de par son sta­tut de médi­ca­ment d’ex­cep­tion et sa pres­crip­tion res­treinte a cer­tains groupes de pra­ti­ciens Dans le cadre d’une révi­sion, il fau­drait de plus inte­grer les don­nees des tra­vaux en cours concer­nant les études d’ef­fi­ca­ci­té à long terme et ceux éva­luant la pré­ven­tion des poussées
    – La mise à dis­po­si­tion du pime­cro­li­mus est éga­le­ment souhaitable
  • Quelles pré­cau­tions pour un bon usage des IC ?
    —- En cas d’in­fec­tion cuta­née un trai­te­ment anti­bio­tique est néces­saire avant l’ins­tau­ra­tion du traitement.
    —- Du fait du poten­tiel de risque pho­to­car­ci­no­gène l’as­so­cia­tion à une pho­to­thé­ra­pie ou à des expo­si­tions solaires est déconseillée.
    —- La pré­sence d’une infec­tion her­pé­tique évo­lu­tive est une contre-indi­ca­tion tran­si­toire aux IC. Des pré­cau­tions doivent etre prises en cas d’an­té­cé­dents per­son­nels d’her­pès récurrent.
    —- Les vac­cins ne sont pas contre-indi­qués lors de trai­te­ments par IC.

EMOLLIENTS

Les émol­lients peuvent être uti­li­sés à la phase aiguë et sont des­ti­nés aux zones de xérose. En peau lésée des réac­tions d’in­to­lé­rance locale sont possibles.

La xérose cuta­née altère la fonc­tion bar­rière de l’é­pi­derme Les émol­lients sont uti­li­sés dans le but de res­tau­rer cette pro­prié­té de la peau L’ef­fi­ca­ci­té des émol­lients sur la xérose a été démon­trée (niveau 2) Leur tolé­rance est habi­tuel­le­ment bonne Par­fois, des sen­sa­tions de brû­lures, pru­rit, rou­geurs lors de l’ap­pli­ca­tion sont rap­por­tées : ces effets jus­ti­fient le chan­ge­ment d’é­mol­lient Une sen­si­bi­li­sa­tion aux com­po­sants (lano­line, fra­grance…) doit être évo­quée en cas d “exa­cer­ba­tion de l’in­flam­ma­tion après les applications

Les don­nées de la litée­ra­ture ne per­mettent pas de pri­vi­lé­gier une for­mu­la­tion émol­liente par­ti­cu­lière, une durée d’u­ti­li­sa­tion courte ou pro­lon­gée et une appli­ca­tion unique ou pluriquotidienne.
Le jury sou­haite que plu­sieurs pro­duits com­mer­ciaux rem­bour­sables ou à faible cout soient mis à la dis­po­si­tion des patients.

ANTIHISTAMINIQUES ANTI – H1 (AH1)

Peu d’é­tudes ont éte réa­li­sées chez l’en­fant sur l’ef­fi­ca­ci­té cli­nique des AH1. Les résul­tats cli­niques obte­nus avec les AH1 non séda­tifs par voie orale sont com­pa­rables aux AH1 seda­tifs. La pres­crip­tion des anti­his­ta­mi­niques oraux à la phase aiguë n’est pas systématique.
Elle peut s’en­vi­sa­ger en cas de pru­rit impor­tant et sur des durées courtes (grade A). Les anti­his­ta­mi­niques locaux n’ont pas de place dans le trai­te­ment de la DA.

ANTI INFECTIEUX

Les enfants atteints de DA sont por­teurs de Sta­phy­lo­coc­cus aureus sur les lésions cuta­nées et en peau saine. Il faut dif­fé­ren­cier ce por­tage habi­tuel d’une réelle sur­in­fec­tion (croutes, bulles, pus­tules, majo­ra­tion du suin­te­ment, exten­sion des lésions, majo­ra­tion du pru­rit signes generaux).
Les etudes montrent que les der­mo­cor­ti­coides réduisent la den­si­té du S. aureus avec une amé­lio­ra­tion cli­nique conco­mi­tante. Par contre, les anti­bio­tiques topiques ou oraux, et les anti­sep­tiques, reduisent le por­tage de S. aureus mais ne modi­fient pas les para­metres cliniques.
En dehors d’une sur­in­fec­tion bac­té­rienne patente, il n’y a pas lieu d’u­ti­li­ser les anti­bio­tiques locaux ou géné­raux ni les anti­sep­tiques (accord professionnel).

AUTRES TRAITEMENTS

La pho­to­thé­ra­pie a peu d’in­di­ca­tion à la phase aiguë ou sa tolé­rance est médiocre. Ses moda­li­tés sont pré­ci­sées dans la ques­tion 5.
Les cor­ti­coïdes par voie orale ou injec­table n’ont pas leur place dans le trai­te­ment de la pous­sée de DA.

LES MESURES ADJUVENTES – LA PREVENTION DES POUSSEES

EDUCATION THERAPEUTIQUE

Asso­ciée au trai­te­ment cura­tif et aux mesures adju­vantes l’é­du­ca­tion thé­ra­peu­tique repo­si­tionne le patient comme acteur de la prise en charge de sa mala­die La DA altère la qua­li­té de vie des enfants et leur famille L’é­du­ca­tion thé­ra­peu­tique est une approche nou­velle dans la DA Son objec­tif prin­ci­pal est d’a­mé­lio­rer l’al­liance thé­ra­peu­tique entre le soi­gnant, le soi­gné et son entou­rage pour per­mettre une prise en charge optimale

Plu­sieurs études (niveau 3) ont mon­tré que l’é­du­ca­tion thé­ra­peu­tique aug­mente l’ef­fi­ca­ci­té du trai­te­ment sur le pru­rit et le som­meil L’é­du­ca­tion thé­ra­peu­tique dans la DA de l’en­fant semble béné­fique sur la com­pré­hen­sion de la mala­die et sa prise en charge

L’é­du­ca­tion thé­ra­peu­tique s’a­dresse d’a­bord aux formes modé­rées à sévères de DA Elle ne doit pas être réser­vée à des centres spé­cia­li­sés mais s’in­té­grer aux pra­tiques professionnelles

MESURES ADJUVANTES

La DA est par­fois aggra­vée par des fac­teurs favo­ri­sants (fac­teurs ali­men­taires, fac­teurs envi­ron­ne­men­taux, fac­teurs contact ou stress psy­cho­lo­gique…) Des mesures adju­vantes et pré­ven­tives pour lut­ter contre ces fac­teurs ont donc été déve­lop­pées Elles ont été clas­sées en deux caté­go­ries, celles vali­dées (études scien­ti­fiques ou accord pro­fes­sion­nel) et les autres

PRATIQUES VALIDEES

  1. LES EMOLLIENTS
    La xérose cuta­née altère la fonc­tion bar­rière de l’é­pi­derme Les émol­lients sont uti­li­sés dans le but de res­tau­rer cette pro­prié­té de la peau
    L’ef­fi­ca­ci­té des émol­lients sur la xérose a été démon­trée (niveau 2) Leur tolé­rance est habi­tuel­le­ment bonne Par­fois, des sen­sa­tions de brû­lures, pru­rit, rou­geurs lors de l’ap­pli­ca­tion sont rap­por­tées : ces effets jus­ti­fient le chan­ge­ment d’é­mol­lient Une sen­si­bi­li­sa­tion aux com­po­sants (lano­line, fra­grance…) doit être évo­quée en cas d “exa­cer­ba­tion de l’in­flam­ma­tion après les applications

    Les don­nees de la lit­te­ra­ture ne per­mettent pas de pri­vi­le­gier une for­mu­la­tion emol­liente par­ti­cu­liere, une duree d’u­ti­li­sa­tion courte ou pro­lon­gee et une appli­ca­tion unique ou pluriquotidienne.
    Le jury sou­haite que plu­sieurs pro­duits com­mer­ciaux rem­bour­sables ou à faible cout soient mis à la dis­po­si­tion des patients.

  2. LES MESURES D’HYGIENE
    Basees sur des habi­tudes, les conseils d’hy­giene ne reposent sur aucune don­nee vali­dee. Il est pre­fe­rable de don­ner un bain court quo­ti­dien ou une douche, avec une tem­pe­ra­ture tiede, et d’u­ti­li­ser des pains ou gels sans savon (accord pro­fes­sion­nel). Il n’y a pas de rai­son actuelle de recom­man­der les addi­tifs à l’eau du bain (huiles. ).
  3. LES MESURES VESTIMENTAIRES
    Il est pre­fe­rable de por­ter du coton ou d’autres tis­sus bien toleres : la soie ou les poly­es­ters à fibres fines (grade B). La laine, irri­tante, doit etre evi­tee. En absence d’im­pact des les­sives ou assou­plis­sants sur la DA chez des adultes ato­piques, aucune pre­cau­tion n’est rete­nue pour leur usage (accord professionnel).
  4. . PRISE EN CHARGE PSYCHOLOGIQUE
    Les inter­ac­tions entre DA, emo­tions et psy­chisme existent. Une DA grave altere la qua­lite de vie et peut modi­fier la per­son­na­lite ou induire des troubles psy­cho­lo­giques. Le stress est incri­mine comme ele­ment declen­chant de pous­sees de DA mais de maniere impre­cise : il s’a­git pro­ba­ble­ment d’un fac­teur tres impor­tant chez cer­tains et negli­geable chez d’autres.
    Il convient de repe­rer les familles en souf­france pour leur pro­po­ser une prise en charge specifique.

PRATIQUES NON VALIDEES

  1. ANTIHISTAMINIQUES
    Il n’existe pas d’e­tude de niveau 1 ou 2 mon­trant l’ef­fi­ca­cite pre­ven­tive des anti ]H1 au long cours sur les pous­sees de DA
  2. CURES THERMALES
    Les cures ther­males sont popu­laires en France ou de nom­breux centres de cures existent. Les eaux ther­males sont tres dif­fe­rentes tant dans leurs pro­prietes chi­miques ou phy­siques. Il n’y a pas d’ar­gu­ment scien­ti­fique pour les recom­man­der en l’ab­sence d’e­tude demonstrative.
  3. MEDECINES D’EXERCICE PARTICULIER
    De nom­breux parents ont recours à des mede­cines d’exer­cice par­ti­cu­lier parce qu’ils consi­derent que les trai­te­ments conven­tion­nels sont insuf­fi­sam­ment effi­caces, ou qu’ils redoutent leurs effets secondaires.

    Les rares etudes d’ef­fi­ca­cite de l’ho­meo­pa­thie dans la DA sont contra­dic­toires. Aucune preuve scien­ti­fique ne per­met de recom­man­der cette pratique.
    Aucune preuve scien­ti­fique ne per­met de vali­der la phytotherapie.
    Le jury decon­seille la pra­tique de l’a­cu­punc­ture chez l’en­fant en rai­son de l’ab­sence de preuve scien­ti­fique, de son carac­tere dou­lou­reux et de ses com­pli­ca­tions poten­tielles (accord professionnel).

  4. PROBIOTIQUES
    Les pro­bio­tiques sont pro­po­sés dans la pré­ven­tion et le trai­te­ment de la DA de l’en­fant sur la base de la la théo­rie hygie­niste qui se fonde sur une rela­tion inverse entre l’in­ten­si­té de l’ex­po­si­tion micro­bienne et le risque de deve­lop­pe­ment de patho­lo­gie allergique.
    • Une seule étude mono­cen­trique (niveau 1) sug­gère qu’il y a un inté­rêt à don­ner du Lac­to­ba­cil­lus rham­no­sus un mois avant l’ac­cou­che­ment chez la mère et 3 ou 6 mois aprés la nais­sance chez la mère ou les enfants à risque d’a­to­pie pour pré­ve­nir la sur­ve­nue de DA.
      En l’ab­sence de confir­ma­tion par d’autres études, il est pré­ma­tu­ré de recom­man­der l’ad­mi­nis­tra­tion de pro­bio­tiques à titre pre­ven­tif chez la femme enceinte ou chez le nour­ris­son à risque atopique.
    • Deux etudes, metho­do­lo­gi­que­ment dis­cu­tables, ont eva­lue l’in­te­ret des pro­bio­tiques dans le trai­te­ment cura­tif de la DA. Elles ne plaident pas pour l’u­ti­li­sa­tion des pro­bio­tiques dans le trai­te­ment cura­tif de la DA.
  5. LES HERBES CHINOISES
    Les effets secon­daires rap­por­tés vont des simples nau­sées aux com­pli­ca­tions les plus graves (hépa­tites aiguës néphro­pa­thie sévère, syn­drome de Stevens_Johnson, car­dio­myo­pa­thie dila­tee). Ces don­nées incitent à décon­seiller l’u­ti­li­sa­tion de ces produits.
  6. LES ACIDES GRAS ESSENTIELS (AGE)
    Dif­fé­rentes huiles riches en AGE ome­ga 6 (huile de bour­rache, huile d’o­nagre) ou AGE ome­ga 3 (huile de pois­son) ont ete uti­li­sees dans la DA. L’e­tude de la lit­te­ra­ture per­met de conclure à l’i­nef­fi­ca­ci­té d’un trai­te­ment par acide gras essen­tiel quelle que soit son ori­gine (et la dose) dans la DA de l’en­fant (grade A).

PRATIQUES DISCUTEES : LES MESURES D’EVICTION

  1. VACCINATIONS DE L’ENFANT ATOPIQUE
    La notion de pous­sée de DA est une obser­va­tion cli­nique régu­lie­re­ment rap­por­tée chez le nour­ris­son. Il n’y a pas de preuve scien­ti­fique dans la lit­té­ra­ture confir­mant le role des vac­cins dans le declen­che­ment ou l’exa­cer­ba­tion d’une DA.
    En cas d’al­ler­gie à l’oeuf asso­ciée, seules les vac­ci­na­tions contre la grippe et la fièvre jaune, réa­li­sées sur des milieux de culture sur oeufs embryon­nés, néces­sitent un avis specialisé.
    Le calen­drier vac­ci­nal doit être le même chez les enfants ayant une DA que chez les enfants non ato­piques. Il est pru­dent de retar­der tran­si­toi­re­ment les vac­ci­na­tions au cours de fortes pous­sées de DA (accord professionnel).
  2. REGIME D’EVICTION ALIMENTAIRE OU UN CHANGEMENT DE LAIT ?
    La res­pon­sa­bi­li­té de l’al­ler­gie ali­men­taire dans la DA reste contro­ver­sée. Elle est trop sou­vent evo­quée par excés. La pres­crip­tion sys­té­ma­tique d” un regime ali­men­taire d’e­vic­tion peut être dans cer­tains cas une source de carence nutritionnelle.

    La pré­ven­tion de la DA peut se dis­cu­ter à plu­sieurs niveaux :

    • Pré­ven­tion pri­maire : évic­tion du fac­teur de risque avant l’ap­pa­ri­tion de la maladie
    • Pré­ven­tion secon­daire : évic­tion du fac­teur de risque en cas de mala­die averée
    • Pré­ven­tion ter­tiaire : évic­tion du fac­teur de risque pour évi­ter les rechutes et complications.

    Pré­ven­tion pri­maire chez la femme enceinte
    Les régimes d’é­vic­tion ali­men­taire chez la femme enceinte dans le but de pré­ve­nir la DA chez l’en­fant sont dif­fi­ciles à suivre et leurs résul­tats ne sont pas prouvés.
    Il n’y a pas d’in­di­ca­tion à un regime par­ti­cu­lier chez la femme enceinte pour pre­ve­nir la sur­ve­nue d’une DA.

    Pré­ven­tion pri­maire chez le nou­veau-né à risque de DA
    La défi­ni­tion de « nou­veau ‑né à risque » n’est pas uni­voque et la notion d’an­té­cé­dents fami­liaux directs ne repré­sente pas un argu­ment suf­fi­sant. L’al­lai­te­ment mater­nel exclu­sif pen­dant au moins 3 mois dimi­nue le risque d’ap­pa­ri­tion d’une DA chez les enfants à risque (niveau 1). L’al­lai­te­ment mater­nel, sans régime par­ti­cu­lier pour la mère, est ici recom­man­dé (grade A).
    Si l’al­lai­te­ment n’est pas exclu­sif (allai­te­ment mixte) le risque de DA n’est pas modifié
    Les laits au soja n’ont aucun inté­rêt en pré­ven­tion pri­maire (grade B).

    Pre­ven­tion secon­daire chez le nour­ris­son ayant une DA
    En dehors des indi­ca­tions clas­siques d’é­vic­tion dans les popu­la­tions à risque (cf cha­pitre 2), il n’y a actuel­le­ment pas d’é­tude valable ou de méta – ana­lyse démons­tra­tive concer­nant l’im­pact des chan­ge­ments sys­té­ma­tiques de lait sur la DA.
    En absence d’é­tudes au niveau de preuve suf­fi­sant et en rai­son de la varia­bi­li­té des usages il n’existe pas d’ac­cord professionnel.

    Pre­ven­tion secon­daire et ter­tiaire apres l’allaitement
    Les ali­ments les plus impli­qués dans les aller­gies ali­men­taires du nour­ris­son sont le lait, l’oeuf, l’a­ra­chide, le soja, le pois­son, les légu­mi­neuses et le blé Des études de niveau 3 indiquent qu’un syn­drome d’al­ler­gie mul­tiple (res­pon­sa­bi­li­té d’au moins 2 aller­gènes) peut être cor­ré­lé avec la notion d’une DA sévère
    L’é­vic­tion d’un aller­gène n’est jus­ti­fiée que si son rôle dans une réac­tion aller­gique est prouvé

  3. DA ET ALLERGENES ENVIRONNEMENTAUX
    Si une sen­si­bi­li­sa­tion aux aca­riens est sou­vent retrou­vée au cours de la DA, il est dif­fi­cile de défi­nir avec cer­ti­tude le rôle des aller­gènes inha­lés dans la genèse de la DA ou dans le déclen­che­ment de ses pous­sées De plus les mesures d’é­vic­tion ne montrent pas d’ef­fet cli­nique probant
    Le faible niveau de preuves et les résul­tats dis­cor­dants des études à notre dis­po­si­tion ne per­mettent pas de conclure sur la res­pon­sa­bi­li­té de la pré­sence d’un ani­mal à domi­cile dans la sur­ve­nue de la DA chez l’en­fant En cas de DA, le jury sug­gère d’é­vi­ter l’ac­qui­si­tion d’a­ni­maux domes­tiques (chat en particulier)
    Les tra­vaux publiés ne per­mettent pas d’af­fir­mer que la pré­ven­tion pri­maire de la DA est pos­sible L’in­fluence de l’é­vic­tion des pneu­mal­ler­gènes sur les pous­sées de DA n’est pas claire ren­dant les mesures de pré­ven­tion secon­daire et ter­tiaire superflues

PRISE EN CHARGE DE LA DERMATITE ATOPIQUE SEVERE

Les éeponses appor­tées à cette ques­tion sont davan­tage basées sur un accord pro­fes­sion­nel que sur des études de niveau de preuve éle­vé, ceci du fait du petit nombre de malades concernés.

DEFINITION D’UNE DA SEVERE La seve­rite depend d’un ensemble de para­metres : objec­tifs (nombre et gra­vite des pous­sees) mais aus­si sub­jec­tifs (reten­tis­se­ment psy­cho­lo­gique, sur la qua­lite de vie de l’en­fant et de sa famille). Il n’existe pas de score valide pre­nant en compte tous ces ele­ments et per­met­tant de don­ner une valeur seuil pour le diag­nos­tic de DA severe. Avant de consi­de­rer qu’il s’a­git effec­ti­ve­ment d’une DA severe, il est essen­tiel de s’as­su­rer que la prise en charge de la mala­die est opti­male : les trai­te­ments pres­crits ont ete com­pris et cor­rec­te­ment appliques, une enquete aller­go­lo­gique a ete faite et les mesures d’e­vic­tion even­tuelles ont bien ete prises. Si la prise en charge ne parait pas adap­tee, un appren­tis­sage des soins, rea­lise par le mede­cin lui ]meme ou une infir­miere, une edu­ca­tion the­ra­peu­tique ou un sou­tien psy­cho­lo­gique doivent etre pro­poses. Une hos­pi­ta­li­sa­tion dans une struc­ture adap­tee à la der­ma­to ]pedia­trie peut etre utile. Si la prise en charge est cor­recte, soit d’emblee, soit apres echec de toutes ces mesures, il s’a­git alors reel­le­ment d’une DA severe. Il faut dans tous les cas un avis spe­cia­lise pour deci­der de mesures the­ra­peu­tiques dif­fi­ciles, sou­vent hors AMM, jus­ti­fiees par la gra­vite de ces cas rares d’e­chec des soins locaux.

LES DIFFERENTES THERAPEUTIQUES A ENVISAGER DEVANT UNE DA SEVERE

  1. Les pho­to­thé­ra­pies
    Les études concer­nant l’u­ti­li­sa­tion de la pho­to­thé­ra­pie dans la DA de l’en­fant sont peu nom­breuses et de faible niveau de preuve scien­ti­fique Les pho­to­thé­ra­pies recom­man­dées sont les les UVA-UVB, UVB spectre etroit (appe­lés UVB TL01) et les UVA1. Elles sont effi­caces et bien tolé­rées à court terme ; le risque au long cours n’est pas encore connu.
    Les pho­to­thé­ra­pies UVA-UVB et UVB spectre étroit peuvent etre uti­li­sées dans le trai­te­ment de la DA sévère de l’en­fant à par­tir de l’age de 8 -]10 ans (accord professionnel).
    En pra­tique, les limites de ce trai­te­ment sont liées à la néces­si­té de 2 ou 3 séances par semaine auquel s’a­joute la faible den­si­té en France des cabines équi­pées en lampes UVB ou UVB spectre étroit, leur répar­ti­tion inégale sur le ter­ri­toire , et leur éloi­gne­ment du domicile.
  2. Les anti­leu­co­triènes
    Les anti­leu­co­triènes ne sont pas un trai­te­ment des DA sévères. Leur place éven­tuelle comme trai­te­ment d’ap­point des DA modé­rées reste à preciser.
  3. La cor­ti­co­thé­ra­pie générale
    La cor­ti­co­thé­ra­pie géné­rale, par voie orale ou injec­table, doit être évi­tée (accord professionnel).
  4. La ciclo­spo­rine
    La ciclo­spo­rine dis­pose de l’AMM dans cette indi­ca­tion chez l’a­dulte. Sa pres­crip­tion ini­tiale est réser­vée au milieu hos­pi­ta­lier par un méde­cin habi­tué à l’u­ti­li­sa­tion de cette molécule.
    La ciclo­spo­rine n’a pas l’AMM dans la DA de l’en­fant. Trois études chez l’en­fant (niveau 3 et 5) montrent de bons résul­tats avec un temps de trai­te­ment court (6 à 12 semaines), des rechutes pré­coces fré­quentes et peu de remis­sion pro­lon­gée apres 6 mois.
    La ciclo­spo­rine per os, à la poso­lo­gie ini­tiale de 5 mg/kg/j, per­met de pas­ser un cap dif­fi­cile mais sa duree est limi­tee à 6 mois, au maxi­mum 1 an du fait des risques renaux et d’hy­per­ten­sion arte­rielle (grade C).
    Le jury pro­pose qu’une réunion d’ex­perts décide de l’in­té­rêt du dosage sys­té­ma­tique de la ciclo­spo­ri­ne­mie en rai­son d’a­vis dif­fé­rents des pres­crip­teurs dans cette indication.
  5. L’a­za­thio­prine
    L’a­zia­thio­prine a étè peu uti­li­sée dans la DA de l’a­dulte du fait d’un risque de myé­lo­sup­pres­sion. Une seule étude retros­pec­tive eva­lue l’in­té­rêt de l’a­za­thio­prine chez les enfants ayant une DA sévère. Ces don­nées sont insuf­fi­santes pour pré­co­ni­ser son uti­li­sa­tion chez l’en­fant en l’ab­sence d’é­tudes com­plé­men­taires (grade C).
  6. Les autres immunosuppresseurs
    Le myco­phe­no­late mophe­til a ete effi­cace dans quelques cas de DA de l’a­dulte. Le metho­trexate et le cyclo­phos­pha­mide n’ont pas fait l’ob­jet d’e­tudes publiees dans la DA de l’enfant.
  7. Les immu­no­glo­bu­lines polyvalentes
    Mal­gré quelques résul­tats encou­ra­geants chez des enfants, le coût, les risques, la néces­si­té d’hos­pi­ta­li­sa­tions répé­tées ne per­mettent pas de pré­co­ni­ser ce trai­te­ment (grade C).
  8. L’in­ter­fe­ron gamma
    Deux etudes de niveau 1 et 2 et deux de niveau 4 ont étè menées, essen­tiel­le­ment chez des adultes, mon­trant une effi­ca­cite modé­rée mais au prix d’ef­fets secon­daires fré­quents. Ce trai­te­ment ne peut pas être pré­co­ni­sé chez l’en­fant (grade A).

CONCLUSION

Selon les don­nées actuelles, les pho­to­thé­ra­pies UVA-]UVB ou UVB spectre étroit et la ciclo­spo­rine sont les 2 trai­te­ments qui peuvent etre uti­li­sés pour ces rares cas de DA sévères. L’en­fant et ses parents doivent etre informes ora­le­ment et par écrit des risques de ces traitements.

En l’ab­sence d’e­tudes com­pa­ra­tives entre ces 2 trai­te­ments chez l’en­fant leur place res­pec­tive est dif­fi­cile à défi­nir. Le choix est fonc­tion de la fai­sa­bi­lite (âge, patho­lo­gies asso­ciées, proxi­mi­té d’une cabine équi­pée) et du résul­tat de la dis­cus­sion avec l’en­fant et les parents.
Les autres the­ra­peu­tiques ne peuvent pas etre recommandees.

 

Confé­rence de consen­sus Prise en charge de la der­ma­tite ato­pique de l’enfant
Socié­té Fran­çaise de Dermatologie

Texte com­plet http://www.sfdermato.org/pdf/conf-cons-2dec.pdf

Derniers articles

Le pied douloureux de l’adulte : causes, symptômes, diagnostic, traitements

De multiples facteurs peuvent causer des douleurs au niveau du pied. Celles-ci peuvent invalider...

Mycoplasma pneumoniae : maladies caractéristiques, traitements

Les maladies infectieuses constituent un problème de santé majeur et figurent parmi les dix...

Paralysie faciale a frigore : causes, symptômes, diagnostic et traitement

La paralysie faciale a frigore (PFF) est l’une des formes les plus fréquentes des...

Ostéopénie : clinique, physiopathologie, étiologies, traitement

L’ostéopénie est un état de fragilité osseuse fréquent à partir de 50 ans. Elle est...

Pour aller plus loin

Le pied douloureux de l’adulte : causes, symptômes, diagnostic, traitements

De multiples facteurs peuvent causer des douleurs au niveau du pied. Celles-ci peuvent invalider...

Mycoplasma pneumoniae : maladies caractéristiques, traitements

Les maladies infectieuses constituent un problème de santé majeur et figurent parmi les dix...

Paralysie faciale a frigore : causes, symptômes, diagnostic et traitement

La paralysie faciale a frigore (PFF) est l’une des formes les plus fréquentes des...