HomeNon classéQuels vrais nouveaux médicaments en 2004 ?

Quels vrais nouveaux médicaments en 2004 ?

Publié le

spot_img

(J.L. Mon­tas­truc)
Ser­vice de Phar­ma­co­lo­gie de la Facul­té de Méde­cine de Toulouse.
/www.pharmacovigilance-toulouse.com.fr/

1. Nou­veau­té ne veut pas dire pro­grès thérapeutique !

1.1. Exemple des hypolipidémiants :

La com­mer­cia­li­sa­tion de la 6ème sta­tine rosu­vas­ta­tine Cres­tor° n¹a rien appor­té pour les malades ou leurs méde­cins. Ce médi­ca­ment a été uni­que­ment étu­dié sur des cri­tères inter­mé­diaires (le cho­les­té­rol, un cri­tère bio­lo­gique, sans per­ti­nence cli­nique) et non sur des cri­tères cli­niques de mor­bi-mor­ta­li­té (les seuls impor­tants). La sim­vas­ta­tine et la pra­vas­ta­tine res­tent les seuls médi­ca­ments à pres­crire dans cette classe phar­ma­co­lo­gique (car les seuls éva­lués sur le cri­tère dur de mortalité).
Les effets indé­si­rables de la rosu­vas­ta­tine cor­res­pondent à la sur­ve­nue de pro­téï­nu­rie avec risque d¹in­suf­fi­sance rénale. Ses effets mus­cu­laires graves (risque de rhab­do­myo­lyse) sont décrits dans le cha­pitre « pharmacovigilance ».

L¹é­zé­ti­mibe Eze­trol° est un inhi­bi­teur de l¹ab­sorp­tion intes­ti­nale du cho­les­té­rol. A la dif­fé­rence de la cho­les­ty­ra­mine Ques­tran°, il n¹in­hibe pas l¹ab­sorp­tion des vita­mines lipo­so­lubles E. C¹est pour­quoi, il semble déter­mi­ner moins de fla­tu­lence et de consti­pa­tion. Ses effets indé­si­rables mus­cu­laires et hépa­tiques s¹a­vèrent cepen­dant à surveiller.
Comme la rosu­vas­ta­tine, l¹é­zé­ti­mibe n¹a été éva­luée, en asso­cia­tion aux sta­tines, que sur le cho­les­té­rol plas­ma­tique (à l¹ex­clu­sion de tout effet cli­nique). Il faut attendre de connaître ses effets sur la mor­bi-mor­ta­li­té avant de pres­crire cet hypolipidémiant.

1.2. L¹a­pré­pi­tant Emend°

Ce médi­ca­ment est indi­qué dans les vomis­se­ments aigus et retar­dés post-chi­mio­thé­ra­pies conte­nant du cis­pla­tine. Le fait qu¹il pré­sente, au sein des anti­émé­tiques, un méca­nisme d¹ac­tion nou­veau [anta­go­nisme des récep­teurs de la neu­ro­ki­nine 1 (sub­stance P)] ne signi­fie pas obli­ga­toi­re­ment un apport pra­tique supplémentaire.
En effet, si ce médi­ca­ment, en asso­cia­tion avec les cor­ti­coïdes et les sétrons, pré­vient mieux les vomis­se­ments que la simple bithé­ra­pie (de l¹ordre de 5 à 10 %), il s¹a­vère très dif­fi­cile à manier en rai­son de ses inter­ac­tions avec les inhi­bi­teurs ou induc­teurs enzy­ma­tiques. Pour la majo­ri­té des patients, son risque s¹a­vère donc supé­rieur à son bénéfice.

1.3. Fausses nou­veau­tés : non pro­grès thérapeutique.

L¹an­née a été riche en com­mer­cia­li­sa­tion de mul­tiples « me-too » :

  • var­dé­da­fil Lévi­tra ° (3ème inhi­bi­teur de la phos­pho­dies­té­rase dans la dys­fonc­tion érectile),
  • almo­trip­tan Almo­gran ° (5ème trip­tan pour la crise migraineuse),
  • éthi­nyl-oes­tra­diol + norel­ges­tro­mine Evra ° (contra­cep­tif trans­der­mique non étu­dié sur le risque throm­bo­tique à terme),
  • bima­to­prost Lumi­gan ° (3ème ana­logue des pros­ta­glan­dines antiglaucomateux),
  • pra­mi­pexole Sifrol ° (6ème ago­niste dopa­mi­ner­gique antiparkinsonien),
  • nébi­vo­lol Nébi­lox ° (xième bêta-blo­quant antihypertenseur),
  • les asso­cia­tions anti­dia­bé­tiques rosi­gli­ta­zone + met­for­mine Avan­da­met° et gli­ben­cla­mide + met­for­mine Glucovance °,
  • paré­coxib Dynas­tat ° (pre­mier coxib injec­table com­mer­cia­li­sé dans le « trai­te­ment des dou­leurs post-opé­ra­toires » non com­pa­ré avec la réfé­rence kéto­pro­fène, fai­sant cou­rir le même risque que les autres AINS injec­tables et 10 fois plus cher que la réfé­rence kétoprofène).

Dans ces « non-nou­veau­tés », on peut citer encore : olo­pa­ti­dine Opa­to­nol° et kéto­ti­fène Zadi­nen° (xièmes col­lyres anti­his­ta­mi­niques H1 indi­qués dans les conjonc­ti­vites), acé­clo­fé­nac Car­trex°, xième AINS, me too du diclo­fé­nac), olmé­sar­tan For­net°, Alteis° (xième sar­tan anti­hy­per­ten­seur), osel­ta­mi­vir Tami­flu° (anti­vi­ral, indi­qué seule­ment dans la pro­phy­laxie post-contact chez les sujets à risque), tes­to­sté­rone en gel Andro­gel° dans l¹hy­po­go­na­disme, oes­tra­diol + neme­ges­trol Nae­mis° et oes­tra­diol + deni­no­gest Cli­mo­diem° (oes­tro­pro­ges­ta­tif mal éva­lué pour les symp­tômes de la méno­pause), dutes­té­ride Avo­dart° (inhi­bi­teur de la 5 alpha-réduc­tase pour l¹hy­per­tro­phie bénigne de la pros­tate, ana­logue du finos­té­ride Chibroproscar°).
On retrouve encore deux anti­dé­pres­seurs, me too de pro­duits déjà exis­tants, le mésy­late de paroxé­tine Diva­rius° (iden­tique au Déroxat°) et l¹es­ci­ta­lo­pram Sero­prex°, iso­mère du cita­lo­pram (Séro­pram°).

2. Médi­ca­ments insuf­fi­sam­ment éva­lués. A évi­ter pour le moment.

Le tacro­li­mus Pro­to­pic ° est un macro­lide immu­no­sup­pres­seur com­mer­cia­li­sé par voie der­mique pour la der­ma­tite ato­pique chez l¹en­fant de plus de 2 ans après échec des cor­ti­coïdes. On peut regret­ter que ce libel­lé d¹AMM n¹ait pas été étu­dié dans les essais cliniques !
En pre­mière ligne, il n¹est pas plus effi­ca­ce­qu¹un der­mo­cor­ti­coïde fort (hydro­cor­ti­sone) et fait cou­rir le risque d¹in­te­rac­tions médi­ca­men­teuses avec inhi­bi­teurs du cyto­chrome 3A4 par pas­sage transcutané.
Sur­tout, le risque à long terme de can­cer cuta­né (ou de lym­phome) est incon­nu. Il en est de même de son ana­logue, pimé­cro­li­mus Elidel °.

Téri­pa­ra­tide Fors­teo ° : cet ana­logue de la para­thor­mone est indi­qué dans « l¹os­téo­po­rose post-méno­pau­sique avérée ».
Son effi­ca­ci­té est supé­rieure à celle de l¹a­len­dro­date Fosa­max° sur la den­si­té miné­rale osseuse (DMO) rachi­dienne (n¹ou­blions pas que la DMO reste en phar­ma­co­lo­gie un cri­tère inter­mé­diaire non cor­ré­lé avec l¹ef­fet cli­nique des médicaments).
Ses risques d¹ef­fets indé­si­rables cor­res­pondent à la de sur­ve­nue d¹hy­per­pa­ra­thy­roï­die. Un cer­tain nombre d¹es­sais cli­niques ont été arrê­tés en rai­son d¹un risque car­ci­no­gène chez l¹a­ni­mal. Il s¹a­vère plus dif­fi­cile à manier que l¹a­len­dro­nate, car il doit être main­te­nu au froid et admi­nis­tré par voie sous-cutanée.
Dans l¹os­téo­po­rose post-méno­pau­sique avé­rée, l¹a­len­dro­nate (en asso­cia­tion avec le cal­cium et la vita­mine D), mieux éva­lué, reste la référence.

3. Amé­lio­ra­tions en terme de praticité

  • Budé­so­nil + for­mo­té­rol : Sym­bi­cort ° : 2 prises par jour par rap­port à 2 prises des 2 composants.
  • Lévo­do­pa + enta­ca­pone Sta­le­vo ° : moins de prise chez les par­kin­so­niens mal­gré une équi­va­lence des doses dif­fi­cile à établir.
  • Cal­ci­po­triol + béta­mé­tha­sone Dai­vo­bet ° : pom­made antip­so­ria­sique plus facile à uti­li­ser, déter­mi­nant moins d¹ef­fets indé­si­rables que la référence.
  • Fen­ta­nyl trans­mu­queux Actiq ° : forme galé­nique ori­gi­nale (sucette !) com­mer­cia­li­sée dans les accès dou­lou­reux aigus chez les patients cancéreux.

En conclu­sion, l¹an­née 2004 a appor­té peu de réelle inno­va­tion pour les malades. Face à tout nou­veau médi­ca­ment, rap­pe­lons-nous que nou­velle AMM ne signi­fie pas for­cé­ment pro­grès thé­ra­peu­tique. Celui-ci reste rarissime.

Résu­mé de la Confé­rence du 21 octobre 2004 au Forum Médi­cal de la Facul­té de Méde­cine de Rangueil.

Derniers articles

Le pied douloureux de l’adulte : causes, symptômes, diagnostic, traitements

De multiples facteurs peuvent causer des douleurs au niveau du pied. Celles-ci peuvent invalider...

Mycoplasma pneumoniae : maladies caractéristiques, traitements

Les maladies infectieuses constituent un problème de santé majeur et figurent parmi les dix...

Paralysie faciale a frigore : causes, symptômes, diagnostic et traitement

La paralysie faciale a frigore (PFF) est l’une des formes les plus fréquentes des...

Ostéopénie : clinique, physiopathologie, étiologies, traitement

L’ostéopénie est un état de fragilité osseuse fréquent à partir de 50 ans. Elle est...

Pour aller plus loin

Le pied douloureux de l’adulte : causes, symptômes, diagnostic, traitements

De multiples facteurs peuvent causer des douleurs au niveau du pied. Celles-ci peuvent invalider...

Mycoplasma pneumoniae : maladies caractéristiques, traitements

Les maladies infectieuses constituent un problème de santé majeur et figurent parmi les dix...

Paralysie faciale a frigore : causes, symptômes, diagnostic et traitement

La paralysie faciale a frigore (PFF) est l’une des formes les plus fréquentes des...