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Les Bêtabloquants dans l’ICC : indications et risques

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Les bêta­blo­quants consti­tuent une classe de médi­ca­ments uti­li­sés dans le trai­te­ment de plu­sieurs mala­dies car­dio­vas­cu­laires. Grâce à leurs pro­prié­tés, ils per­mettent de blo­quer l’activité du sys­tème adr­éner­gique et de régu­la­ri­ser le rythme car­diaque. Ils sont donc pres­crits pour les patho­lo­gies car­diaques telles que l’arythmie, la tachy­car­die ou encore l’insuffisance cardiaque.

Ini­tia­le­ment contre-indi­qués dans le trai­te­ment de cette der­nière patho­lo­gie, les bêta­blo­quants sont désor­mais pres­crip­tibles. Les patients souf­frant de l’insuffisance car­diaque conges­tive (ICC) peuvent sur­tout en béné­fi­cier. Tou­te­fois, il est impor­tant de connaître les divers types de bêta­blo­quants, les pré­cau­tions d’emplois et les éven­tuels effets secondaires.

Les bêtabloquants : Présentation et mode d’action

Les bêta­blo­quants consti­tuent une famille de médi­ca­ments recom­man­dés dans le trai­te­ment de diverses patho­lo­gies car­diaques. Ils agissent en blo­quant l’action des neu­ro­trans­met­teurs du sys­tème adr­éner­gique, afin de réta­blir un rythme car­diaque nor­mal. Ils sont donc uti­li­sés dans le trai­te­ment des mala­dies car­diaques comme la tachy­car­die, l’arythmie, les angines de poi­trine, ain­si que l’hypertension arté­rielle.

Les bêta­blo­quants sont éga­le­ment uti­li­sés pour trai­ter des cas d’urgences de mala­dies arté­rielles et vei­neuses. Dans le cas par­ti­cu­lier de l’insuffisance car­diaque conges­tive, les bêta­blo­quants avaient été contre-indi­qués avant les années 2000. L’une des rai­sons qui avaient été évo­quées était que ces molé­cules seraient res­pon­sables de cer­taines com­pli­ca­tions consta­tées chez les patients.

Cepen­dant depuis le début des années 2000, cette contre-indi­ca­tion a été levée. Les bêta­blo­quants peuvent donc être pres­crits aux insuf­fi­sants car­diaques. Par­mi les bêta­blo­quants com­mer­cia­li­sés, seule­ment quatre ont reçu l’autorisation des auto­ri­tés sani­taires pour les trai­te­ments de l’insuffisance car­diaque conges­tive. Il s’agit entre autres de :

  • Biso­pro­lol ;
  • Car­vé­di­lol ;
  • Méto­pro­lol ;
  • Nébi­vo­lol.

Bien que leur effi­ca­ci­té soit liée à la tolé­rance des malades, ces bêta­blo­quants ont un mode d’action très pro­duc­tif. En effet, leur action bloque les récep­teurs bêta et inter­rompt l’action des caté­cho­la­mines comme l’adrénaline. Les récep­teurs bêta peuvent être clas­sés en deux caté­go­ries. D’abord, les récep­teurs bêta 1 ont une forte concen­tra­tion au niveau du cœur. Ensuite, il y a les récep­teurs bêta 2 par­ti­cu­liè­re­ment pré­sents dans les vais­seaux et les bronches.

Les récep­teurs bêta 1 pré­sents dans le cœur sont à l’origine de l’augmentation de la fré­quence car­diaque. Ils sont éga­le­ment res­pon­sables de l’intensité des contrac­tions du muscle car­diaque, ain­si que de la vaso­di­la­ta­tion. Ces diverses actions des récep­teurs adr­éner­giques bêta 1 sont sti­mu­lées par l’adrénaline, la nora­dré­na­line et la dopa­mine. Leurs consé­quences sont géné­ra­le­ment l’apparition d’un trouble cardiaque.

Cepen­dant, les médi­ca­ments bêta­blo­quants per­mettent d’empêcher ces troubles. Une fois qu’ils sont admi­nis­trés, ils iden­ti­fient les récep­teurs bêta 1 et inhibent leurs actions. Cette inhi­bi­tion per­met de réta­blir la fré­quence car­diaque et de régu­la­ri­ser les contrac­tions car­diaques. Ces médi­ca­ments per­mettent ain­si de pré­ve­nir les com­pli­ca­tions de l’insuffisance car­diaque conges­tive. Le mode d’administration et le dosage des bêta blo­quants varient d’une caté­go­rie à une autre.

Les bêtabloquants : Posologie et mode d’administration

Les recom­man­da­tions du méde­cin trai­tant pour l’utilisation des bêta­blo­quants dans le trai­te­ment de l’insuffisance car­diaque conges­tive doivent être stric­te­ment res­pec­tées. L’efficacité du médi­ca­ment est en par­tie liée à la tolé­rance du trai­te­ment par le malade. Il est donc impor­tant que le patient res­pecte scru­pu­leu­se­ment les indi­ca­tions poso­lo­giques don­nées par le méde­cin. Il faut noter que ces indi­ca­tions varient d’un bêta­blo­quant à un autre.

BISOPROLOL

Ce médi­ca­ment appar­te­nant aux bêta­blo­quants est indi­qué dans le trai­te­ment de plu­sieurs formes d’insuffisance car­diaque, dont celle qui est conges­tive. Cepen­dant, il ne doit être admi­nis­tré que lorsque l’insuffisance car­diaque conges­tive est stable. Le trai­te­ment ne doit pas être ini­tié si l’insuffisance car­diaque connaît des épi­sodes aigus. Une fois que le patient est apte à suivre le trai­te­ment, il peut être ini­tié en asso­cia­tion avec d’autres médi­ca­ments tels que :

  • Les diu­ré­tiques ;
  • Les glu­co­sides car­diaques (géné­ra­le­ment en cas d’absence de diurétique) ;
  • L’inhibiteur des enzymes de conversion.

Le trai­te­ment doit faire l’objet d’un sui­vi par un méde­cin ayant l’expérience des trai­te­ments de l’insuffisance car­diaque conges­tive notam­ment. Le trai­te­ment de l’insuffisance car­diaque conges­tive par BISOPROLOL néces­site une période de titra­tion. Durant cette période, le trai­te­ment doit être ini­tié par dose pro­gres­sive. L’objectif de ce pro­ces­sus est d’observer la tolé­rance du patient au médicament.

Ain­si, durant la pre­mière semaine de trai­te­ment, le dosage doit être de 1,25 mg en prise unique. À l’issue de cette pre­mière semaine, si le patient ne montre pas de réac­tion néga­tive, la dose peut être por­tée à 2,5 mg par jour durant une nou­velle semaine. Si ce nou­veau dosage est bien tolé­ré, la dose sera por­tée à 3,75 mg une fois par jour durant une semaine de plus. L’absence de réac­tion néga­tive jusque-là montre que le patient tolère bien le médicament.

Une nou­velle modi­fi­ca­tion du dosage sera effec­tuée. Cette fois, elle sera por­tée à 5 mg pour une prise jour­na­lière durant quatre jours. Ensuite, le dosage sera por­té à 7,5 mg pour la même période. À la fin de cette der­nière, une dose d’entretien de 10 mg une par jour sera ins­tau­rée. Pen­dant ce temps, il peut être noté chez l’insuffisant car­diaque des symp­tômes d’aggravation de la maladie.

Pour pré­ve­nir cela, il est recom­man­dé au méde­cin trai­tant de faire une obser­va­tion per­ma­nente de la fré­quence car­diaque du patient, ain­si que de sa pres­sion arté­rielle. Dans le cas où les symp­tômes d’aggravation de l’insuffisance car­diaque conges­tive s’installent, il peut pro­cé­der à une modi­fi­ca­tion de la dose administrée.

Cette modi­fi­ca­tion de la dose du Biso­pro­lol doit être pro­vi­soire et conco­mi­tante à une modi­fi­ca­tion de la dose des autres médi­ca­ments uti­li­sés dans le trai­te­ment de l’ICC. Le biso­pro­lol s’administre par voie orale.

Carvedilol

Le car­vé­di­lol est un bêta­blo­quant réser­vé aux adultes. Comme le Biso­pro­lol, il ne peut être pris que lorsque l’état de l’insuffisance car­diaque est stable. Les pre­mières semaines du trai­te­ment se font sous sur­veillance médi­cale. Le but de la sur­veillance est de gar­der un œil sur la réac­tion du patient pen­dant l’administration par doses pro­gres­sives. Tou­te­fois, le trai­te­ment par car­vé­di­lol ne peut être ini­tié si un trai­te­ment de l’insuffisance car­diaque avec les diu­ré­tiques et les inhi­bi­teurs n’avait pas été instauré.

Le trai­te­ment com­mence par une dose de 3,125 mg. Une fois que cette pre­mière dose est admi­nis­trée, le patient doit faire l’objet d’une sur­veillance médi­cale par­ti­cu­lière durant trois heures. S’il montre une réac­tion tolé­rante à cette pre­mière dose, une modi­fi­ca­tion sera opé­rée à par­tir du second jour. Elle consis­te­ra à main­te­nir la dose de 3,125 mg, mais à por­ter la prise jour­na­lière à deux fois. Ce nou­veau dosage doit être sui­vi pen­dant deux semaines.

Si ce dosage est une nou­velle fois bien tolé­ré par le patient, la dose sera aug­men­tée chaque deux semaines. Les deux prises jour­na­lières seront tou­te­fois main­te­nues. La pre­mière modi­fi­ca­tion per­met de por­ter la dose à 6,25 mg. Ensuite, elle sera por­tée à 12,5 mg puis à 25 mg.

Cette der­nière dose est la dose maxi­male pres­crite pour les patients dont le poids est infé­rieur à 85 kg. Pour ceux qui ont un poids supé­rieur, la dose maxi­male recom­man­dée est de 50 mg. Si des symp­tômes d’une com­pli­ca­tion de l’insuffisance car­diaque se font res­sen­tir, la dose peut être réduite tem­po­rai­re­ment. Car­ve­di­lol s’administre par voie orale et se prend pen­dant le repas.

METOPROLOL

Meto­pro­lol fait par­tie des bêta­blo­quants qui peuvent être uti­li­sés dans le trai­te­ment de l’ICC. Il n’est pas sou­vent pres­crit en pre­mière inten­tion en rai­son des réti­cences dont elle fait l’objet. Son dosage dépend de la situa­tion cli­nique du patient. Il s’administre par voie orale et se prend à jeun.

NEBIVOLOL

Nébi­vo­lol est un bêta­blo­quant sélec­tif dont l’utilisation dans le trai­te­ment de l’insuffisance car­diaque ne sus­cite aucune contro­verse. Tou­te­fois, des pré­cau­tions sont néces­saires pour garan­tir l’efficacité du trai­te­ment. Comme dans le cas des autres trai­te­ments, celui qui implique le Nébi­vo­lol se fait sous sur­veillance médi­cale. Le méde­cin trai­tant doit avoir l’expérience néces­saire dans le trai­te­ment de l’insuffisance car­diaque conges­tive.

L’administration de NEBIVOLOL se fait éga­le­ment par dose pro­gres­sive. Durant les deux pre­mières semaines, le patient reçoit le quart du com­pri­mé une fois par jour. Si cette pre­mière dose est bien tolé­rée, elle peut aug­men­ter à une prise jour­na­lière de la moi­tié du com­pri­mé. Ensuite, la dose sera por­tée à un com­pri­mé par jour, puis à trois com­pri­més par jour. Deux com­pri­més de Nébi­vo­lol par jour cor­res­pondent à 10 mg.

Chaque aug­men­ta­tion du dosage doit s’effectuer à deux semaines d’intervalle. Il est impor­tant de res­pec­ter les consignes du méde­cin trai­tant et de ne pas excé­der la dose pres­crite. En cas de symp­tômes ou de réac­tions indé­si­rables, la dose sera dimi­nuée. La dose nor­male sera réta­blie une fois que l’état du patient sera stable.

Les bêtabloquants : Précautions d’emploi et contre-indications

Les Bêta­blo­quants dans l’insuffisance car­diaque congestive

Le trai­te­ment de l’insuffisance car­diaque par les bêta­blo­quants est sou­mis à cer­taines pré­cau­tions. La pre­mière est rela­tive à l’administration des bêta­blo­quants de façon pro­gres­sive. Cette pré­cau­tion per­met de pré­ve­nir toute com­pli­ca­tion grave liée à un dosage inadap­té. La seconde concerne le sui­vi médi­cal tout au long du trai­te­ment. Pour trou­ver la dose effi­cace du bêta­blo­quant, une équipe médi­cale expé­ri­men­tée doit suivre le patient.

La troi­sième pré­cau­tion, sans doute l’une des plus impor­tantes, concerne l’interruption du trai­te­ment. Il est for­mel­le­ment pros­crit d’interrompre le trai­te­ment de façon brusque. Cela pour­rait avoir des réper­cus­sions néga­tives sur les artères et pro­vo­quer un acci­dent car­diaque. Les bêta­blo­quants doivent être inter­rom­pus par réduc­tion pro­gres­sive de la dose et avec un sui­vi médi­cal particulier.

Cepen­dant, aucune inter­rup­tion du trai­te­ment ne peut être envi­sa­gée si l’état du patient n’est pas stable, mais que celui-ci tolère bien le trai­te­ment. Autre pré­cau­tion impor­tante, des exa­mens radio­lo­giques doivent être réa­li­sés de façon pério­dique durant le trai­te­ment. Les bêta­blo­quants sont contre-indi­qués dans plu­sieurs cas. Tou­te­fois, ces contre-indi­ca­tions varient selon le type de bêtabloquant.

Les contre-indications pour Bisoprolol

Biso­pro­lol est contre-indi­qué lorsque le malade souffre d’une insuf­fi­sance car­diaque conges­tive aiguë. En effet, le trai­te­ment par Biso­pro­lol est subor­don­né à la sta­bi­li­té de l’état du patient. En plus de la forme aigüe de la mala­die, Biso­pro­lol est contre-indi­qué en pré­sence des patho­lo­gies suivantes :

  • Mala­die du sinus ;
  • Hypo­ten­sion et bra­dy­car­die symptomatiques ;
  • Asthme aigu ;
  • Bron­cho-pneu­mo­pa­thie sévère ;
  • Aci­dose méta­bo­lique, etc.

Biso­pro­lol est éga­le­ment contre-indi­qué chez les per­sonnes ayant une hyper­sen­si­bi­li­té à la sub­stance active du médi­ca­ment. Il en de même pour l’hypersensibilité à l’un des exci­pients que sont la cel­lu­lose micro­cris­tal­line, la silice col­loï­dale anhydre, le stéa­rate de magnésium.

Les contre-indications pour Carvédilol

Le car­vé­di­lol est contre-indi­qué chez les patients pré­sen­tant une aller­gie à l’une des sub­stances ayant ser­vi à fabri­quer le médi­ca­ment. Les patients souf­frant d’asthme aigu, d’un blo­cage car­diaque grave ou de toute autre affec­tion res­pi­ra­toire ou val­vu­laire ne doivent pas suivre ce trai­te­ment. Il en est de même des patients souf­frant d’une insuf­fi­sance car­diaque décom­pen­sée, ou pré­sen­tant des ano­ma­lies du rythme cardiaque.

Les contre-indications pour Métoprolol et Nébivolol

Les contre-indi­ca­tions de Méto­pro­lol et Nebi­vo­lol rejoignent à quelques détails près celles des deux pré­cé­dents bêta­blo­quants. Ces médi­ca­ments pré­sentent comme par­ti­cu­la­ri­tés d’être contre-indi­qué chez les patients souf­frant d’insuffisance hépa­tique et chez ceux ayant une arté­rite sévère.

Les bêtabloquants : Effets indésirables et interactions médicamenteuses

Les bêta­blo­quants pres­crits dans le trai­te­ment de l’insuffisance car­diaque conges­tive peuvent avoir plu­sieurs effets indé­si­rables. L’effet le plus récur­rent consiste en une bra­dy­car­die, qui est un ralen­tis­se­ment patho­lo­gique de la fré­quence car­diaque. Chez cer­tains patients, on note une hypo­gly­cé­mie, des troubles érec­tiles et une insomnie.

D’autres patients pré­sentent des troubles diges­tifs et des essouf­fle­ments. Les effets indé­si­rables les plus graves sont les troubles res­pi­ra­toires (asthme). Ces troubles sont pro­vo­qués par les bron­chos­pasmes. Des effets rares sont éga­le­ment à noter chez cer­tains patients, il s’agit du lupus, des cau­che­mars, des chutes de che­veux, un œdème sévère du poumon.

Il est tout de même impor­tant de noter que le res­pect strict du dosage pres­crit par le méde­cin per­met de limi­ter l’apparition de ces effets. Le res­pect des recom­man­da­tions rela­tives aux inter­ac­tions médi­ca­men­teuses per­met éga­le­ment de pré­ve­nir ces effets. Il est notam­ment inter­dit d’associer un bêta­blo­quant avec un inhi­bi­teur cal­cique, un anti­dé­pres­seur, un anti­aryth­mique.

Les médi­ca­ments conte­nant de l’amiodarone ou de la codéine ne doivent pas être asso­ciés au trai­te­ment de l’ICC par bêta­blo­quants. Une asso­cia­tion avec du digi­ta­lique et les anti-inflam­ma­toires non sté­roï­diens (Ains) peuvent éga­le­ment inhi­ber l’action des bêta­blo­quants sur les récep­teurs bêta 1 et 2.

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