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RESTER JEUNE JUSQU’À 120 ANS DHEA, la molécule de l’espoir

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03/1999 – N°625
 

Thier­ry Souccar
http://www.sciences-et-avenir.com/polemique/SAart2.html

La DHEA est-elle l’arme anti-âge que nous ava­le­rons tous dans quelques années ? En atten­dant les résul­tats de l’é­tude DHEAGE, le Pr Bau­lieu fait le point des connais­sances sur cette hor­mone pro­duite par l’or­ga­nisme et qui dimi­nue avec l’âge.

Sciences et Ave­nir : Qu’es­pé­rez-vous de l’é­tude en cours sur la DHEA (1) ?
Etienne-Emile Bau­lieu : Jus­qu’i­ci très peu d’é­tudes sur la DHEA (déhy­droé­pian­dro­sté­rone) ont été conduites en double aveugle, et très peu ont dépas­sé six mois. Nous atten­dons donc beau­coup de cette éva­lua­tion. Je pense que nous allons trou­ver quelque chose sur le plan immu­ni­taire, parce que la DHEA agit sur plu­sieurs marqueurs.
Ain­si, elle fait bais­ser l’interleukine‑6 – qui aug­mente avec l’âge – et dans le même temps fait mon­ter l’interleukine‑2 et le fac­teur de nécrose tumo­rale (2). Je suis sûr qu’il y aura une amé­lio­ra­tion au niveau de la peau ain­si qu’au niveau des muscles et des os. Mais je suis de plus en plus convain­cu qu’un des effets très impor­tants de la DHEA n’a pas encore reçu de la part de la com­mu­nau­té médi­cale un inté­rêt suffisant.
Lequel ?
Je pense que la DHEA a des effets sur le sys­tème ner­veux, car elle agit sur les récep­teurs des neu­ro­trans­met­teurs. Il existe des tra­vaux très encou­ra­geants sur la sen­sa­tion de bien-être et l’a­mé­lio­ra­tion de la mémoire.

Faut-il craindre des effets indésirables ?
La DHEA étant un pré­cur­seur de la tes­to­sté­rone (3), les méde­cins craignent qu’elle ait un effet au niveau de la pros­tate, en par­ti­cu­lier sur les tumeurs. Je crois qu’ils ont tort. Dans des expé­riences sur des volon­taires, nous avons obser­vé que la prise de DHEA n’a pas d’in­fluence sur le taux de PSA, qui est un mar­queur de la pro­li­fé­ra­tion des cel­lules de la pros­tate. Les essais que nous avons conduits nous ont aus­si ras­su­rés sur le risque d’ac­cu­mu­la­tion dans l’organisme.

Les méde­cins pro­po­se­ront-ils bien­tôt aux per­sonnes âgées un rem­pla­ce­ment des hor­mones qui baissent avec l’âge, comme la DHEA, la pre­gné­no­lone, la méla­to­nine, l’hor­mone de croissance ?
La pre­gné­no­lone, qui est le pré­cur­seur de la DHEA, n’a pas fait à ma connais­sance l’ob­jet d’es­sais chez l’homme depuis 1944. Nous avons conduit des essais chez le rat qui montrent une amé­lio­ra­tion de la mémoire. Cet effet est peut-être dû à la trans­for­ma­tion de la pre­gné­no­lone en DHEA. Je crois beau­coup aux sté­roïdes pour amé­lio­rer la mémoire chez les per­sonnes âgées, mais j’i­gnore s’il faut don­ner DHEA et pregnénolone.

L’hor­mone de croissance ?
Je n’y crois pas beau­coup. Il faut pra­ti­quer des injec­tions, ça coûte cher, et ce n’est pas bien tolé­ré. Par ailleurs, l’hor­mone de crois­sance agit via l’IGF‑1 (4). Or, lors­qu’on prend de la DHEA, on voit l’IGF‑1 aug­men­ter, ce qui montre qu’il est pos­sible de se pas­ser de la prise d’hor­mone de crois­sance. Quand à la méla­to­nine, aucune étude n’in­dique aujourd’­hui qu’elle freine le vieillis­se­ment chez l’homme.

La DHEA étant une molé­cule natu­relle, elle n’in­té­resse pas les labo­ra­toires. N’est-ce pas un frein à la recherche sur le vieillissement ?
Nous ren­con­trons les pires ennuis d’argent pour conduire des tra­vaux dans ce domaine. C’est un pro­blème de san­té publique. Pour­tant, il est impor­tant de sou­la­ger les gens. Avec la DHEA, nous pour­rions don­ner aux Fran­çais la pos­si­bi­li­té d’u­ti­li­ser quelque chose de très en vogue dans d’autres pays. Mais l’E­tat manque de courage.

Sup­po­sons qu’un Fran­çais fasse doser sa DHEA, et s’a­per­çoive que son taux est très bas. Lui conseille­riez-vous d’en prendre ?
Il n’en a pas le droit aujourd’­hui. Mais si quel­qu’un a un taux très bas – je donne là un conseil non médi­cal, mais de pure logique – je lui dirais qu’il ne risque pas grand-chose à faire l’es­sai d’une prise de DHEA. Des mil­lions d’A­mé­ri­cains en prennent et ils ne sont pas morts.

  • L’é­tude DHEAGE, qui se ter­mi­ne­ra en avril aura duré un an au cours duquel 280 volon­taires de 60 à 80 ans ont pris chaque jour 50 mg de DHEA ou un pla­ce­bo. Elle vise à véri­fier l’in­no­cui­té de la DHEA et éva­luer ses effets sur l’hu­meur, la mémoire, l’im­mu­ni­té, le fac­teur de crois­sance IGF‑1, le sys­tème vas­cu­laire, la den­si­té osseuse, la masse et la force mus­cu­laires, et la qua­li­té de la peau.
  • Ce sont des cyto­kines, impli­quées dans l’im­mu­ni­té. L’interleukine‑6 (IL‑6) a une action sur les lym­pho­cytes B et T, mais elle sti­mule aus­si les cel­lules de cer­taines tumeurs. L’IL‑2 favo­rise la crois­sance des lym­pho­cytes T. Le fac­teur de nécrose tumo­rale a des pro­prié­tés anti­tu­mo­rales, anti­vi­rales et antiparasitaires.
  • La tes­to­sté­rone est l’hor­mone mâle dont dépendent les carac­tères sexuels prin­ci­paux et secon­daires de l’homme. Après 40 ans, elle peut sti­mu­ler la crois­sance des tumeurs de la prostate.
  • L’IGF‑1 est un fac­teur de crois­sance des tis­sus, qui relaie l’ac­tion de l’hor­mone de croissance.

Thier­ry Souc­car Sciences & Ave­nir – N°625 – page 50 – 793 mots
http://www.sciences-et-avenir.com/polemique/SAart2.html

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