Réactions de sevrage à la paroxétine et aux autres ISRS
Source : http://www.hc-sc.gc.ca/hpb-dgps/therapeut/zfiles/french/publicat/adrv13n2_f.pdf
A partir de Café-santé 32 et Stéthonet.org

L’utilisation des inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine (ISRS) est très répandue et occupe la plus importante part du marché des antidépresseurs.
Voir Les inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine (ISRS)

On a documenté des réactions de sevrage ou des symptômes d’interruption du traitement dans le cas de tous les ISRS2. Ces réactions sont pertinentes sur le plan clinique parce qu’elles sont courantes, peuvent provoquer une morbidité importante, causer un diagnostic erroné entraînant un mauvais traitement et avoir un effet négatif sur l’observation d’un futur traitement aux antidépresseurs. Même si la définition de l’incidence réelle des réactions de sevrage associées aux ISRS pose un problème, les données canadiennes sur les effets indésirables (EI) et celles qui sont tirées de notifications spontanées d’EI en Australie, en France, au Royaume-Uni et aux États- Unis révèlent que l’on signale des réactions de sevrage plus fréquemment avec la paroxétine (Deroxat) qu’avec les autres ISRS.

Même si l’on ne comprend pas tout à fait le mécanisme du syndrome de sevrage des ISRS, l’apparition, la fréquence et l’intensité des symptômes semblent varier en fonction des caractéristiques pharmacologiques et pharmacocinétiques du médicament, comme la demi-vie (facteur de risque important), la présence de métabolites actifs et les effets anticholinergiques de l’agent.
Comparativement à d’autres ISRS, la paroxétine a une demi-vie courte, n’a aucun métabolite actif, a un effet anticholinergique plus marqué et est plus puissante pour bloquer le recaptage de la sérotonine. On pourrait considérer qu’il s’agit là de facteurs contributeurs.

Les symptômes du sevrage peuvent faire leur apparition après l’arrêt du traitement, la réduction de la dose, le remplacement du médicament par un autre antidépresseur, ou lorsque le patient oublie des doses.
Avec la paroxétine, les symptômes se sont manifestés et sont devenus statistiquement significatifs dès l’administration de la deuxième dose de placebo au cours d’une étude portant sur l’évaluation de l’interruption du traitement aux ISRS.

Les symptômes observés à la suite de l’interruption du traitement aux ISRS peuvent être physiques ou psychologiques.
  • déséquilibre (p. ex., étourdissements, vertige, ataxie),
  • troubles gastrointestinaux (p. ex., nausées, vomissements),
  • symptômes pseudogrippaux (p. ex., fatigue, léthargie, myalgie),
  • troubles sensoriels (p. ex., paresthésie),
  • troubles du sommeil (p. ex., insomnie, rêves d’apparence réelle)
  • troubles psychiatriques (p. ex., anxiété, agitation, confusion).
Il est facile de diagnostiquer à tort des symptômes de sevrage comme étant une réapparition de la dépression, une preuve d’inefficacité de l’antidépresseur chez un patient qui n’est pas fidèle au traitement ou un effet indésirable du nouvel antidépresseur à la suite d’un changement de médicament.

La plupart des réactions de sevrage sont bénignes et transitoires et font habituellement leur apparition d’un à trois jours (jusqu’à une semaine) après l’arrêt de la médication et durent de sept à quatorze jours. Il arrive cependant que les symptômes durent des semaines. Certaines réactions peuvent toutefois être graves et nécessiter un traitement avisé.

Les stratégies générales de prévention et de prise en charge des symptômes associés à l’interruption du traitement aux ISRS :
elles comprennent notamment la diminution graduelle de la dose lorsqu’on met fin au traitement avec tous les ISRS sauf la fluoxétine.
Si la réduction graduelle ou la fin du traitement provoquent des réactions de sevrage, il peut être nécessaire d’augmenter la dose et d’entreprendre de la réduire plus lentement.
Certains auteurs suggèrent d’administrer plutôt de la fluoxétine si les symptômes sont graves et si le patient est incapable d’interrompre le traitement aux ISRS en dépit de la diminution graduelle.
Dans le cas de la paroxétine, certains suggèrent de réduire la dose de 5 mg/j à toutes les semaines pour la ramener au-dessous de la dose thérapeutique minimale initiale.

Les cliniciens devraient savoir que l’utilisation d’un antidépresseur à demi vie courte peut constituer un important facteur de risque de réactions de sevrage. Il faut informer les patients des risques de réactions de sevrage dès le début du traitement afin d’éviter qu’ils ne l’interrompent sans consulter.

En diagnostiquant comme il se doit une réaction de sevrage, on peut éviter de recommencer inutilement un traitement à long terme aux antidépresseurs, de procéder inutilement à des tests pour cerner un problème sous-jacent ou d’augmenter la dose de façon non souhaitable.
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