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Dépression bipolaire ou unipolaire ?
Forty L et coll. : Clinical differences between bipolar and unipolar depression. Br J Psychiatry. 2008 ; 192 : 388-389.
Publié le 18/06/2008 par

Voir également : Les troubles bipolaires [Lire]

Il est généralement admis qu’il n’existe pas de grandes différences cliniques entre les troubles dépressifs majeurs et la composante dépressive de la maladie bipolaire (la cyclothymie de la nosographie française classique). Mais un article du British Journal of Psychiatry montre que c’est une idée reçue : certaines nuances peuvent orienter le diagnostic, dans un sens ou dans l’autre. On estime d’ailleurs qu’une proportion comprise entre le quart et la moitié des patients censés souffrir de dépression unipolaire grave (notamment dans sa forme atypique, à début précoce ou réfractaire au traitement) relèvent en fait d’une maladie bipolaire.

Pour affiner cette nouvelle perception des troubles dépressifs, les auteurs ont comparé le tableau clinique d’un vaste échantillon de personnes ayant des troubles dépressifs majeurs (593 patients) ou des troubles bipolaires (443 patients).

Et ils ont retrouvé des caractéristiques associées plus souvent à une dépression bipolaire :
  • traits psychotiques
  • fluctuations thymiques diurnes
  • hypersomnie
  • plus grand nombre d’épisodes dépressifs, mais d’une durée généralement plus courte.
En comparaison, les dépressions unipolaires (major depressive disorders) comportent pour leur part
  • une thématique d’auto-dépréciation
  • une perte d’énergie
  • une baisse de la libido plus marquées.
Ce distinguo n’a pas qu’un intérêt théorique pour le remembrement nosographique des dépressions : il est important car la conduite à tenir optimale n’est pas exactement la même face aux dépressions bipolaires ou unipolaires.
Par exemple, rappellent les auteurs, le maniement des antidépresseurs impose des précautions accrues dans les dépressions liées à une maladie bipolaire, ne serait-ce qu’en raison du risque de dysthymie cyclique, ou d’états mixtes avec commutation rapide (« switch » thymique, évoqué dans notre article Le paradoxe des antidépresseurs).

Prudents, les auteurs précisent que certains facteurs pourraient néanmoins limiter la portée de leur étude : plus grande proportion de femmes dans le groupe des patients bipolaires (¾ au lieu d’½) et recours à des données rétrospectives, plutôt que prospectives.

Dr Alain Cohen
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