Accueil Recherche NouveautésEmail webmaster Tous les textes - FMCSommaire généralPage précédente
Sclérose en plaques

Statines : après le cholestérol, la sclérose en plaques
JAMA, 289 (12) : 1533-1536, 26 mars 2003.

Une étude suggère que certaines statines pourraient aussi intervenir favorablement dans la sclérose en plaques, en inhibant les composants inflammatoires qui conduisent au handicap neurologique.

Dans cette étude américaine, une statine, la simvastatine, a été testée chez 28 patients âgés de 18 à 55 ans, atteints de sclérose en plaques (SEP) évoluant par poussées et n'ayant reçu aucun médicament depuis 30 jours. Les sujets ont été suivis durant trois mois avant la mise en place du traitement. Celui-ci a été conduit sur une période de trois mois et a consisté en la prise orale de 80 mg par jour de simvastatine. L'état des lésions était évalué par IRM (imagerie par résonance magnétique nucléaire) au 4e, 5e et 6e mois de traitement.

Les auteurs constatent ainsi qu'en fin de protocole, le nombre des lésions a été réduit de 44% par rapport à la phase de prétraitement, tandis que le volume des lésions a été diminué de 41%. Le taux de rechute et le score de handicap n'ont pas été modifiés. Parallèlement, le taux de cholestérol total et de LDL-cholestérol (« mauvais » cholestérol) ont chuté respectivement de 5 à 3,5mmol/l et de 3,1 à 1,8mmol/l. Aucun effet secondaire néfaste particulier n'a été observé.

La simvastatine est donc capable d'inhiber sur une période de six mois le phénomène inflammatoire classiquement observé dans la SEP. Ces résultats doivent cependant être vérifiés et de nouvelles études à plus grande échelle et contre placebo doivent confirmer un tel effet. Il s'agit toutefois d'un probable progrès pour les patients concernés par cette maladie insidieuse et handicapante

Sclérose en plaques : le virus Epstein-Barr est-il en cause ?

Des chercheurs viennent de mettre en évidence une association entre l'infection par le virus Epstein-Barr et le risque ultérieur de développer une sclérose en plaque. Autre découverte, thérapeutique cette fois, les statines pourraient se révéler efficaces dans la forme rémittente.
b Une élévation du virus d'Estein-Barr* dans le sang précèderait de quelques années l'apparition d'une sclérose en plaque (SEP). Cette constatation provient d'une étude américaine** réalisée à partir d'une population de plus de 3 millions de militaires américains, chez lesquels des échantillons de sang ont été prélevés entre 1988 et 2000 puis conservés. Ultérieurement, dans un délai d'environ 4 ans, 83 cas de SEP ont été identifiés.
Les auteurs ont recherché dans le sang de ces patients la présence du virus d'Epstein-Barr, à l'aide d'anticorps spécifiquement dirigés contre ce virus.

Comparés à un groupe de sujets témoins, c'est-à-dire indemnes de cette maladie, les patients ayant développé une SEP ont un taux d'anticorps anti-virus Epstein-Barr plus élevé. Ces taux élevés d'anticorps étaient également présents dans les échantillons prélevés 4 ans auparavant. Ainsi, en fonction de ce niveau d'anticorps, le risque d'être atteint d'une SEP peut être multiplié par 20 à 34.

Le risque de SEP, déterminé par une forte concentration de virus Epstein-Barr, serait donc identifiable bien avant le développement des premiers signes de la maladie.

* Ce virus est un Herpès virus qui infecte plus de 90% de la population adulte. Il est notamment impliqué dans la mononucléose infectieuse.
** Lynn Levin, US Army Physical Disability Agency, Washington

Les statines peuvent elles avoir un intérêt dans la sclérose en plaques ?
Ifergan I et coll. : “Statins reduce human blood-brain barrier permeability and restrict leukocyte migration: Relevance to multiple sclerosis.” Ann neurol., 2006; 60: 45-55 © Copyright 2006 http://www.jim.fr

Les statines ont de multiples potentialités thérapeutiques. Leur principal effet, hypolipémiant, est lié à une inhibition de l’HMG-CoA réductase. Mais il a également été observé, chez les patients ayant bénéficié d'une transplantation cardiaque, une amélioration de la survie sous statines, suggérant un effet anti-inflammatoire de celles-ci. Cette propriété immunorégulatrice semble être liée à l’inactivation des voies de phénylation impliquées dans l’activation des cellules endothéliales via des protéines d’adhésion cellulaire ICAM. Des données expérimentales ont montré que les statines peuvent aussi agir sur les processus inflammatoires impliqués dans la sclérose en plaques (SEP). Elles diminuent la sécrétion des cytokines pro inflammatoires par les astrocytes et améliorent les signes cliniques observés dans l’encéphalomyélite allergique aiguë expérimentale, modèle animal de SEP.
Ces résultats expérimentaux ont incité certains auteurs à tester les statines dans la SEP comme traitement adjuvant. Les premiers résultats de ces études réalisées en ouvert ont montré une diminution de la charge lésionnelle en IRM sous traitement par statines.
Cependant, afin de mettre en place une étude randomisée contre placebo, il est particulièrement important de préciser les mécanismes d'action pour bien définir les objectifs principaux. Or les études avec le natalizumab ont montré que le blocage des phénomènes d'adhésion au niveau des cellules mononuclées entraînait une diminution majeure de l'activité lésionnelle évaluée par IRM et du nombre de poussées, soulignant l'intérêt d'agir au niveau de l'interaction cellules endothéliales et cellules mononuclées.
Dans un travail publié dans Annals of Neurology, les auteurs canadiens viennent de préciser in vitro l’effet des statines sur la perméabilité de la barrière hémato-encephalique (BHE) en utilisant un modèle de BHE humaine obtenu avec une culture de cellules endothéliales. La lovastatine et la simvastatine employées à des doses thérapeutiques stabilisent la BHE et diminuent la perméabilité à des protéines telles que l'albumine. Elles diminuent aussi la sécrétion, par les cellules endothéliales, des chémokines CCL2 et de CXCL10, limitant ainsi la migration à travers la BHE de cellules mononuclées provenant de patients atteints de SEP ou d’un syndrome clinique isolé. Ces résultats sont suffisamment convaincants selon l'éditorialiste de ce numéro d'Annals of Neurology pour encourager vivement la réalisation d'études contrôlées avec cette classe médicamenteuse.
Dr Christian Geny
Accueil NouveautésEmail webmaster Sommaire FMC Sommaire généralPage précédente