
|
II.1
Prévalence
Elle est estimée,
chez l'adulte de 18 à 65 ans, entre 12 et 15 % selon les critères
diagnostiques utilisés (voir ci-dessous), avec une prédominance féminine
de 3 femmes pour 1 homme.
II.2
Diagnostic clinique
Il est
recommandé d'utiliser les critères diagnostiques établis en 1988 par
l'International Headache Society
(IHS) sur la base d'un consensus
d'experts. Seuls les diagnostics de
migraine sans aura (code 1.1), de migraine avec aura typique (code 1.2.1)
et de migraine sans aura probable, remplissant l'ensemble des critères
diagnostiques à l'exception d'un seul (code 1.7) sont développés dans ce
document, les autres formes de migraine étant rarement rencontrées
(encadré 1).
Encadré
1. Les différents types de migraine
selon la classification de l'IHS.
Code 1.1 Migraine sans
aura Code 1.2 Migraine avec
aura
Code 1.2.1 Migraine avec aura
typique Code 1.2.2 à 1.2.6
Migraine avec auras atypiques Code 1.3 à Code 1.6 Formes rares de migraine
Code 1.7 Migraine sans aura probable,
remplissant l'ensemble des critères diagnostiques à l'exception d'un
seul | Le
diagnostic de migraine repose sur le trépied clinique suivant (accord
professionnel) :
- une évolution par crises récurrentes,
séparées par des intervalles libres de toute douleur ;
- des caractéristiques sémiologiques propres
;
- un examen clinique
normal.
Les critères
diagnostiques IHS de la migraine sans et avec aura figurent dans les
encadrés 2 et 3. Ces critères sont simples à
utiliser, permettent de poser les questions essentielles dans un ordre
logique et structuré. Il est recommandé de les utiliser de façon
systématique dans la pratique quotidienne (accord
professionnel).
L'analyse critique
de ces critères montre une variabilité inter-observateurs acceptable, une
bonne spécificité, mais une sensibilité peu satisfaisante. Ces critères
sont donc restrictifs et ne permettent pas le diagnostic de tous les cas
de migraine. En pratique, pour pallier cet inconvénient et ne pas priver
certains patients d'une prise en charge adaptée, il est recommandé
d'utiliser le code 1.7 de la classification IHS « Migraine sans aura
probable, remplissant l'ensemble des critères diagnostiques à l'exception
d'un seul ».
Encadré
2. Critères de la migraine sans aura*
(adaptés d'après les critères IHS).
| A. Au moins 5 crises répondant aux critères B à
D.
B. Crises de céphalées durant de 4 à 72 heures (sans
traitement).
C. Céphalées ayant au moins 2 des caractéristiques suivantes
: unilatérale ; pulsatile ; modérée ou sévère ; aggravation par les activités physiques de routine, telles
que montée ou descente d'escaliers. D. Durant les céphalées
au moins l'un des caractères suivants : - nausée et/ou vomissement ; - photophobie et phonophobie. E. L'examen clinique
doit être normal entre les crises. En cas de doute, un désordre
organique doit être éliminé par les investigations complémentaires
appropriées. | * Le terme de migraine sans aura a remplacé celui de migraine
commune.
Si les 5 critères A, B,
C, D, E sont présents, il s'agit d'une migraine sans aura au sens strict
du terme (code 1.1 de la classification IHS).
Si l'un des critères A, B, C ou D n'est pas rempli en
totalité, il s'agit d'une migraine sans aura probable (code 1.7 de la
classification IHS).
Encadré
3. Critères de la migraine avec
aura* (adaptés d'après les critères IHS).
A. Au moins 2 crises répondant au critère
B. B. Au moins 3 des 4 caractéristiques suivantes
: - un ou plusieurs symptômes de
l'aura totalement réversibles ; - le symptôme de l'aura se développe progressivement sur plus
de 4 minutes et si plusieurs symptômes sont associés, ils
surviennent successivement ; -
la durée de chaque symptôme n'excède pas 60 minutes
; - la céphalée fait suite à
l'aura après un intervalle libre maximum de 60 minutes, mais parfois
commence avant ou pendant l'aura. C. L'examen clinique
doit être normal entre les crises. En cas de doute, un désordre
organique doit être éliminé par les investigations complémentaires
appropriées. | *
Le terme de migraine avec aura a remplacé ceux de migraine classique ou
migraine accompagnée.
Il existe 4
types d'auras : visuelles (les plus fréquentes, 99 % des auras,
anciennement dénommées migraines ophtalmiques), sensitives, aphasiques et
motrices. Si les 3 critères A, B et C sont présents, il s'agit d'une
migraine avec aura typique (code 1.2.1 de la classification IHS).
La migraine doit être distinguée
de la céphalée de tension, céphalée plus diffuse, non pulsatile, non
aggravée par l'effort, moins intense, sans signes digestifs, parfois
accompagnée de phonophobie ou de photophobie. Migraine et céphalées de
tension sont souvent associées ou intriquées chez les mêmes
patients.
II.3 Place des
examens complémentaires
II.3.1 TDM et IRM cérébrale
Il n'y a pas d'indication à
réaliser un scanner ou une IRM cérébrale (accord professionnel)
: devant une migraine définie selon
les codes IHS de la migraine sans ou avec aura ; pour différencier une migraine d'une céphalée de
tension.
Chez un migraineux
connu, il est recommandé de pratiquer un scanner ou une IRM cérébrale
devant (accord professionnel) : une
céphalée d'apparition brutale (céphalée dite « en coup de tonnerre »)
; une céphalée récente se
différenciant de la céphalée habituelle ; une anomalie à l'examen clinique.
Devant une céphalée aiguë sévère s'installant en moins d'une
minute, prolongée durant plus d'une heure et jugée intense, il est
recommandé de pratiquer, en urgence, un scanner sans injection ou une IRM
cérébrale.
II.3.2
EEG
Il n'y a pas d'indication à
réaliser un EEG devant une migraine définie selon les critères IHS (accord
professionnel). L'EEG n'est pas
recommandé pour éliminer une pathologie organique, l'imagerie cérébrale
étant alors indiquée (accord professionnel).
II.3.3 Radiographies des sinus, radiographies du
rachis cervical, examen ophtalmologique, examen orthoptique, échographie
abdominale
Il n'y a pas
d'indication à réaliser des radiographies des sinus, des radiographies du
rachis cervical, un examen ophtalmologique, un examen orthoptique, une
échographie abdominale dans le bilan d'une migraine (accord
professionnel).
II.4 Comment
évaluer le handicap du migraineux pour une prise en charge
optimale
La migraine est une
maladie handicapante, en raison de la fréquence des crises (2 ou plus par
mois chez 42 à 50 % des patients), de leur durée (> 24 heures chez 39 %
des patients), de leur intensité (sévère ou très sévère chez 48 à 74 % des
patients), des signes d'accompagnement digestifs et du retentissement sur
la vie quotidienne, professionnelle, sociale et
familiale.
Afin d'optimiser la
prise en charge du patient migraineux, il est recommandé (accord
professionnel) de lui conseiller de tenir un agenda des crises (modèle
joint en annexe pour les 6
premiers mois de l'année) précisant la date de survenue, la durée et
l'intensité de la douleur, les facteurs déclenchants et les médicaments
utilisés à chaque crise migraineuse (sur prescription ou non). Cet outil
devrait permettre aux médecins de mieux percevoir la sévérité de la
migraine, de tenir compte du retentissement de la maladie sur la vie
quotidienne, de guider éventuellement le choix thérapeutique et les
modalités du suivi.
L'existence
d'une association entre épisode dépressif majeur, troubles anxieux et
migraine renforce le handicap du sujet migraineux. Il est recommandé de
rechercher, à l'interrogatoire, un syndrome dépressif ou anxieux, de
prendre en compte, sur le plan thérapeutique, non seulement la douleur
migraineuse mais aussi les troubles dépressifs et anxieux associés.
Il existe des échelles de mesure
de la qualité de vie et de la productivité des migraineux. Leur efficacité
dans la prise en charge de cette affection n'a pas été étudiée en France.
Il serait important d'identifier, parmi l'ensemble des migraineux, ceux
qui nécessitent un suivi médical régulier. Des travaux de recherche
devraient être réalisés dans ce sens.
II.5 Traitements médicamenteux
La migraine est une maladie sous-diagnostiquée : dans
les études françaises, 30 à 45 % des migraineux n'ont jamais consulté pour
leurs migraines, ignorent leur statut de migraineux et les possibilités de
prise en charge existantes. Cet état conduit à une automédication
importante de la part de ces patients au moment de leurs crises.
L'étude des comportements
thérapeutiques des patients migraineux montre une surconsommation
d'antalgiques non spécifiques, avec souvent de nombreuses prises
médicamenteuses lors de la même crise et l'absence de soulagement
significatif 2 heures après la prise dans 1 cas sur 2. Par ailleurs, elle
révèle une sous-utilisation des traitements spécifiques dont la prise
d'emblée pourrait se justifier chez des patients ayant des crises sévères,
une maladie migraineuse handicapante ou non soulagés par des traitements
non spécifiques.
II.6
Traitement de la crise
II.6.1
Efficacité des différentes molécules
En matière de traitements de la crise migraineuse on distingue :
les traitements non spécifiques
(antalgiques et anti-inflammatoires non stéroïdiens) ; les traitements spécifiques (triptans et dérivés
ergotés), qui, par action sur les récepteurs 5 HT1B/D, inhibent
l'inflammation neurogène et la vasodilatation supposées être à l'origine
de la céphalée migraineuse. Les
molécules suivantes sont recommandées : 1/ Traitements non spécifiques les
anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) suivants : le naproxène,
l'ibuprofène, le kétoprofène et le diclofénac (grade A) ; l'aspirine en monothérapie (grade A), en association
avec le métoclopramide (grade A) ; le
paracétamol en monothérapie (grade C).
L'association du métoclopramide à l'aspirine améliore les troubles
digestifs, mais ne potentialise pas l'effet antalgique de l'aspirine
(accord professionnel).
L'association de la caféine au paracétamol et à l'aspirine n'a pas
fait la preuve clinique d'une potentialisation d'effet et ne peut pas être
recommandée, d'autant qu'il n'est pas exclu que la caféine induise un abus
médicamenteux, voire un comportement addictif (accord
professionnel).
Il est recommandé
d'éviter les opioïdes (codéine, dextropropoxyphène, tramadol, morphine et
autres opioïdes forts), seuls ou en association, qui peuvent aboutir à un
abus médicamenteux, voire à un comportement addictif (accord
professionnel).
2/
Traitements spécifiques les triptans (grade A).
L'efficacité porte sur la céphalée mais aussi sur les symptômes associés
digestifs et la phono/photophobie (grade A) ; le tartrate d'ergotamine (grade B) ; la dihydroergotamine par voie per-nasale (grade A) ou injectable
(grade B).
Seules les molécules
citées dans le tableau
1 disposent d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) dans le
traitement de la crise de migraine.
Tableau 1. Médicaments ayant
l'AMM dans le traitement de la crise migraineuse.
|
Principes
actifs |
Posologie (par
jour) |
Effets
indésirables |
Contre-indications |
| Traitement symptomatique
de la crise de migraine et des troubles digestifs
associés |
 |
 |
 |
Carbasalate +
métoclopramide Acétylsalicylate
de lysine + métoclopramide |
900 mg en début de
crise |
Liés au
métoclopramide Troubles
neuro-psychiques, dyskinésies tardives, syndromes extra-pyramidaux,
troubles endocriniens Liés
au salycilé troubles
digestifs, syndrome hémorragique, accident de sensibilisation,
syndrome de Reye |
Liés au
métoclopramide
Phéochromocytome, hémorragie gastro-intestinale, sténose ou
perforation digestive, ATCD de dyskinésie tardive médicamenteuse
Liés au salycilé Ulcère
gastro-duodénal en évolution, hypersensibilité aux salicylés, risque
hémorragique |
| Traitements spécifiques :
dérivés ergotés |
 |
 |
 |
| Ergotamine
(tartrate) |
Adulte/enfant > 10
ans Adulte : 2 mg/j (jusqu'à 6
mg/j maxi et 10 mg/sem maxi) Enfant > 10 ans : ½ dose |
Ergotisme, nausées,
vomissements |
Hypersensibilité aux dérivés
de l'ergot de seigle, maladie
artérielle oblitérante, insuffisance coronaire, choc, hypertension
artérielle, infection sévère, insuffisance hépatique
sévère |
| Dihydroergotamine |
Adulte > 16 ans et <
65 ans Solution endonasale
1 pulvérisation dans chaque
narine en début de crise Solution injectable 1
ampoule renouvelable, 30 à 60 minutes plus tard 2 mg maxi par jour et 8 mg maxi par
semaine |
Ergotisme, précordialgies
pour la forme injectable, réactions locales transitoires à type
d'obstruction nasale et de rhinorrhée pour la forme
endonasale |
 |
| Traitements spécifiques :
agonistes sélectifs des récepteurs 5HT1 (adulte de 18 à 65
ans) |
 |
 |
 |
| Almotriptan |
Cp : 12,5 mg/jour ; jusqu'à
25 mg/j |
Bouffées vasomotrices,
vertiges, sensation de faiblesse, asthénie, somnolence, nausées,
vomissements, rares cas de spasmes coronariens, hypertension modérée ou sévère, sensation de fourmillement, de chaleur, de
pression ou d'oppression |
Hypersensibilité Antécédents
: - d'infarctus du
myocarde ou pathologie cardiaque ischémique, vasospasme
coronarien (Angor de Prinzmetal), - de pathologie vasculaire périphérique, - d'accident vasculaire cérébral ou d'accident
ischémique transitoire. Patients
ayant une insuffisance hépatique sévère. Hypertension modérée ou sévère et chez les
patients ayant une hypertension légère non
contrôlée. Association avec les
inhibiteurs de la monoamine oxydase (IMAO) |
| Elétriptan |
Cp : 40 mg/jour ; jusqu'à 80
mg/j maxi |
 |
 |
| Frovatriptan |
Cp : 2,5 mg par jour – maxi
5 mg/j |
 |
 |
| Naratriptan |
Cp : 2,5 mg renouvelable –
maxi 5 mg/j |
 |
 |
| Rizatriptan |
Cp, lyop. : 10 à 20
mg/crise |
 |
 |
| Sumatriptan |
Cp : 50 à 100 mg par jour
(max 300 mg par jour) Injection
SC* : 6 mg par crise renouvelable une fois Suppositoire : 25 mg par jour (max 50 mg par
jour) Pulvérisation nasale : 10
à 20 mg par crise |
 |
 |
| Zolmitriptan |
Pulvérisation nasale : 5
mg/0,1 ml Cp 2,5 mg par jour –
maxi 5 mg/j |
 |
 | Cp : comprimé,
lyop : lyophilisat, SC : sous-cutanée, * : certaines spécialités
injectables sous-cutanées ont une AMM à partir de 15 ans.
II.6.2 Stratégie
thérapeutique
1/ Patients
déjà traités par des traitements non spécifiques Il est recommandé, lors de la première consultation,
d'interroger le patient sur son traitement habituel et sur le soulagement
que lui apporte ce traitement (accord professionnel) : Êtes-vous soulagé de manière significative 2 heures
après la prise ? Ce médicament est-il
bien toléré ? Utilisez-vous une seule
prise médicamenteuse ? La prise de ce
médicament vous permet-elle une reprise normale et rapide de vos activités
sociales, familiales, professionnelles ?
Si le patient répond oui aux 4 questions, il est recommandé de ne
pas modifier le traitement du malade.
Si le patient répond non à au moins 1 des 4 questions, il est
recommandé de prescrire sur la même ordonnance un AINS et un triptan. On
expliquera au patient de commencer d'emblée par l'AINS et de garder le
triptan en traitement de secours, s'il n'a pas été soulagé 2 heures après
la prise de l'AINS. Si l'AINS est inefficace ou mal toléré, un triptan est
prescrit d'emblée.
Il existe des
arguments médico-économiques en faveur de l'utilisation des triptans
d'emblée chez des patients ayant des crises sévères et/ou une maladie
migraineuse handicapante, mais il n'y a pas de consensus professionnel,
notamment en l'absence d'échelles validées pour la pratique
quotidienne.
2/ Patients
déjà traités par des traitements spécifiques Tartrate
d'ergotamine Il est recommandé de ne pas modifier le traitement
quand un patient est soulagé par de l'ergotamine, sans contre-indication,
sans escalade de dose (accord professionnel).
Triptans
Il existe des différences
d'efficacité et de tolérance entre les différents triptans, mais ces
différences sont minimes (grade B).
Un patient non répondeur à un triptan peut répondre à un autre
triptan (accord professionnel). Un patient non répondeur à un triptan lors
de la 1re crise peut ensuite être répondeur (grade A). Avant de conclure à
l'inefficacité d'un triptan, il est recommandé de le tester sur au moins 3
crises, sauf mauvaise tolérance (accord
professionnel).
3/ Modalités
d'utilisation Quel que soit le type de
traitement, il est recommandé de le prendre le plus précocément possible.
Différer la prise de triptan oral par rapport au début de la crise
pourrait réduire le taux de patients totalement soulagés, augmenter le
risque de récurrences et d'intolérance, et prolonger le handicap (accord
professionnel). Pour les triptans et
les dérivés ergotés, il est recommandé d'attendre l'apparition de la
céphalée pour traiter une crise avec aura (accord
professionnel). Pour tous les
patients, il est recommandé de comptabiliser le nombre total de prises de
traitement de crise par mois afin de repérer une utilisation abusive,
fréquente chez les migraineux et susceptible d'entraîner des céphalées
chroniques par abus médicamenteux (accord professionnel).
II.7 Traitement de
fond
II.7.1 Efficacité des différentes
molécules
Le tableau 2
présente les médicaments du traitement de fond. Les molécules suivantes
disposant d'une AMM dans le traitement de fond de la migraine sont
efficaces : dihydroergotamine (grade
B) flunarizine (grade
A) indoramine (grade
B) méthysergide (grade
A) métoprolol (grade
A) oxétorone (grade A) pizotifène (grade A) propranolol (grade A)
L'amitriptyline disposant d'une AMM dans
l'indication « algies rebelles » est efficace (grade A).
Les
molécules suivantes disposant d'une AMM dans une autre indication que
celle du traitement de fond de la migraine sont efficaces
: aténolol (grade A) divalproate et valproate de sodium (grade
A). gabapentine (grade
A) nadolol (grade A) naproxène sodique (grade A) timolol (grade A)
L'aspirine 100 mg, la fluoxétine, le cyclandélate, la
dihydroergocryptine n'ont pas fait la preuve de leur efficacité dans cette
indication.
II.7.2 Stratégie
thérapeutique (accord professionnel)
1/ Quand mettre en place un traitement prophylactique
? Il est recommandé de mettre
en place un traitement de fond : en
fonction de la fréquence, de l'intensité des crises, mais aussi du
handicap familial, social et professionnel généré par les crises
; dès que le patient consomme, depuis
3 mois, 6 à 8 prises de traitement de crise par mois et cela même en cas
d'efficacité, afin d'éviter l'abus médicamenteux par une sur-utilisation
d'antimigraineux de crise (non spécifiques et/ou
spécifiques). L'instauration d'un
traitement de fond doit s'associer à une démarche d'éducation du patient à
qui il faut expliquer que le traitement de fond ne supprime pas les crises
mais réduit leur fréquence et leur intensité. La tenue d'un agenda des
crises permet de mieux apprécier l'efficacité du traitement de fond.
2/ Quelles molécules
utiliser lors du traitement prophylactique ? Aucune molécule n'a démontré de supériorité
d'efficacité par rapport aux autres (grade A). Le choix du traitement repose donc sur les effets
indésirables, les contre-indications, les interactions et les éventuelles
pathologies associées du patient.
Compte tenu du rapport bénéfice/risque, il est proposé d'utiliser
: en première intention, l'un des 4
médicaments suivants : propranolol, métoprolol, oxétorone et amitryptiline
; en deuxième intention, l'un des 5
médicaments suivants : pizotiféne, flunarizine, valproate de sodium,
gabapentine et indoramine.
Le méthysergide est un
traitement de fond efficace, mais il expose au risque de fibrose
rétropéritonéale et doit être réservé aux migraineux sévères résistants
aux autres traitements.
La
dihydroergotamine est un traitement de fond largement utilisé en France,
bien toléré, dont l'efficacité reste à confirmer.
3/ Comment débuter le traitement
? Il est recommandé de débuter
en monothérapie, à faible dose progressivement croissante en tenant compte
des effets indésirables pour atteindre une posologie optimale.
4/ Comment évaluer le
traitement prophylactique ? Le
traitement est jugé efficace lorsqu'il réduit la fréquence des crises d'au
moins 50 %. Il est important de tenir compte également de la diminution de
la consommation des traitements de la crise, de l'intensité et de la durée
des crises. L'évaluation se fait au
terme de 3 mois.
5/ En cas d'échec, deux possibilités
peuvent être envisagées :
- la posologie peut être augmentée, en l'absence d'effets
indésirables ;
- un autre traitement de fond peut être
proposé. L'association de 2 traitements de fond à plus faible dose peut
être envisagée dans le but de réduire les effets indésirables respectifs
de chaque molécule, après les avoir testées
séparément.
En cas d'échecs
répétitifs, il faut évaluer l'observance ou se méfier d'un passage en abus
médicamenteux.
6/ Quand et
comment arrêter le traitement prophylactique ? En cas de
succès, le traitement à dose efficace sera poursuivi pendant 6 mois à 1
an, adapté aussi étroitement que possible à l'évolution spontanée de la
migraine, puis diminué très lentement avant d'être arrêté. Le même
traitement pourra être repris si la fréquence des crises augmente de
nouveau.
II.7.3 Autres
traitements
La relaxation, le
rétrocontrôle (biofeedback) et les thérapies
cognitives et comportementales de gestion du stress ont fait preuve
d'efficacité (grade B), et peuvent être envisagés dans certains cas en
fonction du profil psychologique du patient.
Les données de la littérature ne permettent pas de
conclure quant à l'efficacité de l'acupuncture, de l'homéopathie et des
manipulations cervicales dans la prévention de la migraine.
Tableau 2. Posologie, effets indésirables, contre-indications
des traitements de fond.
|
Principes
actifs |
Posologie (par
jour) |
Effets
indésirables |
Contre-indications |
|
|
40-240 mg |
Fréquents : asthénie,
mauvaise tolérance à l'effort Rares : insomnie, cauchemars, impuissance,
dépression |
Asthme, insuffisance
cardiaque, bloc auriculo-ventriculaire,
bradycardies
NB : possibilité
d'aggravation des migraines avec aura |
| Métoprolol |
100-200 mg |
 |
 |
| Timolol (hors AMM) |
10-20 mg |
 |
 |
| Aténolol (hors
AMM) |
100 mg |
 |
 |
| Nadolol (hors AMM) |
80-240 mg |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
| Oxétorone |
60-180 mg (1-3 cp) en une
prise le soir |
Fréquent :
somnolence Rare : diarrhée
nécessitant l'arrêt du traitement |
|
 |
 |
 |
 |
| Amitriptyline |
10-50 mg le soir |
Sécheresse de
bouche Somnolence Prise de
poids |
Glaucome, adénome
prostatique |
 |
 |
 |
 |
| Pizotifène |
3 comprimés par jour à doses
progressives |
Sédation Prise de poids Rares : troubles digestifs, vertiges, douleurs musculaires,
asthénie |
Glaucome, troubles
urétro-prostatiques |
 |
 |
 |
 |
| Valproate de sodium (hors
AMM) |
500-1 000 mg |
Nausées, prise de poids,
somnolence, tremblement, alopécie, atteinte hépatique |
Pathologies
hépatiques |
 |
 |
 |
 |
| Méthysergide |
2-6 mg (1-3 cp)
Arrêt nécessaire 1 mois tous
les 6 mois |
Fréquents : nausées,
vertiges, insomnie Rare :
fibrose rétropéritonéale |
HTA, insuffisance
coronarienne, artériopathies, ulcère gastrique, insuffisance
hépatique et rénale |
 |
 |
 |
 |
| Flunarizine |
10 mg (1 cp le
soir) Pas plus de 6 mois
consécutifs |
Fréquents : somnolence,
prise de poids Rares :
dépression, syndrome extra-pyramidal |
Syndrome dépressif, syndrome
extra-pyramidal |
 |
 |
 |
 |
| Gabapentine (hors
AMM) |
1 200-2 400 mg |
Nausées, vomissements,
convulsion, somnolence, ataxie, vertiges |
Hypersensibilité à la
gabapentine |
 |
 |
 |
 |
| Indoramine |
50 mg par jour |
Somnolence, congestion
nasale, sécheresse de la bouche, troubles de l'éjaculation |
Hypersensibilité à l'un des
composants du produits, maladie de Parkinson, insuffisance
cardiaque, hépatique et rénale
sévère | D'après
Géraud G., Fabre N. Guide pratique des migraines et des céphalées. Paris:
MMI; 2001.
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