La maladie de Creutzfeldt-Jakob
Par le Dr. René Jarrousse - 
La maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ) est une infection humaine
neuro-dégénérative rare et fatale, décrite pour la première fois en
1920, classée dans les encéphalopathies spongiformes transmissibles qui
peuvent toucher également le mouton, la chèvre, la vache, le vison et le
cerf, plus récemment le chat, des animaux sauvages en captivité et le
singe.
FORMES DE LA MALADIE :
On connaissait 3 formes de MCJ :
Une forme sporadique (85% des cas), touchant des adultes de 50 à 75
ans et donnant une démence progressive rapidement fatale (4,5 mois en
moyenne). Connue bien avant l'ESB, elle n'a aucun rapport avec elle et
représente la très grande majorité des cas de MCJ en France (environ 60
cas par an).
Une MCJ familiale (10 à 15% des cas) héréditaire.
La MCJ iatrogène (<5% des cas) résultant de contamination accidentelle
(par exemple 53 cas en France pour l'hormone de croissance entre janvier
1984 et juillet 1985, avant l'hormone de synthèse).
A ces 3 formes classiques est venue s'ajouter une nouvelle forme
depuis 1996, dites "nouvelle variante" (nvMCJ) touchant des sujets plus
jeunes (27 ans en moyenne), évoluant plus lentement (14 mois en moyenne)
et s'exprimant au début par des symptômes psychiatriques et par un
syndrome
douloureux, puis une ataxie, des mouvements involontaires, enfin un état
stuporeux et comateux. Le 4 août 2000 il y avait 79 cas connus au
Royaume-Uni et 3 en France.
TRANSMISSION DES ES :
Historiquement, la première encéphalopathie spongiforme connue
fut la tremblante du mouton décrite au 18 ème siècle, dont on ne connaît
pas de cas de transmission à l'homme.
Le premier cas d'ESB a été décrit
en 1985 au Royaume Uni. On pense que la contamination s'est faite du
mouton à la vache par le biais des farines de viande et d'os (FVO),
pourtant utilisées depuis les années 50, en raison de la modification
des conditions de fabrication de ces farines dans les années 80 (arrêt
du chauffage des farines).
Ces FVO étant surtout utilisées comme
complément protéique chez les laitières, ce sont les vaches à laits ou
les bœufs à viande élevés en élevage mixte qui sont les plus touchés.
Si une prédisposition génétique semble nécessaire chez l'homme,
le lien de la nvMCJ avec l'ESB est rapidement devenu probable du fait de
la coïncidence des 2 épidémies en Angleterre. Cette hypothèse a été
confirmée par la suite scientifiquement.
La transmission peut se faire :
par voie orale en mangeant des abats de vache contaminée : cerveau,
moelle épinière, intestin et récemment ris de veau. La viande et le lait
ne seraient pas transmetteurs, la viande de mouton non plus mais on se
demande si la tremblante ne pourrait pas cacher des cas de véritables
ESB transmissibles.
par voie sanguine : prouvé de mouton à mouton en septembre 2000.
>Certains pays comme le Canada refuse les donneurs de sang ayant séjourné
>en Angleterre ou en France, ou les patients traités par l'hormone
>croissance, etc.).
Citons 1 cas suspecté de transmission de la mère à
l'enfant par voie sanguine au Royaume Uni.
AGENT INFECTIEUX :
L'agent infectieux reste mystérieux. Le seul élément
actuellement retrouvé est une protéine dont la structure est modifié :
la protéine prion. Mais les défenseurs des hypothèses virales ou
bactériennes n'ont
pas totalement abandonnés la partie.
LUTTE CONTRE L'ESB ET LA MCJ :
Reste à voir les moyens de défense. Je ne reprend pas les
différents épisodes, retenons seulement que le Royaume Uni, puis la
France et l'UE ont adopté des mesures tendant :
---- à observer ce qui se passait (épidémiovigilance)
---- à interdire l'utilisation des FVO dans l'alimentation des bovins puis
de l'ensemble des ruminants (effective depuis le 1/1/91).
---- à interdire l'utilisation des carcasses et des organes suspects ou à
risque pour la fabrication des FVO et de réintroduire le chauffage des
farines. (Théoriquement les FVO sont sécurisées depuis 96)
---- à interdire la commercialisation des abats à risque dans la chaîne
alimentaire. Je passe sur les épisodes d'embargo des carcasses et bêtes
en provenance du RU.
Ces mesures se sont révélées inefficaces puisqu'en 2000 il sera
recensés près de 100 cas d'ESB en France, soit le triple du nombre de
cas recensés en 1999. Si l'amélioration du diagnostic par la réalisation
de tests histologiques et Western Blot explique une part de cette
augmentation, le fait que la quasi totalité des cas touche des bêtes
NAIF (Nées Après Interdiction des Farines depuis 91) montre que les
mailles du filet ne sont pas assez serrées. La déclaration toute récente
d'un cas d'ESB chez une bête née après 96 laisse songeur.
On peut toujours rechercher une 3 ème voie de contamination pour
créer un rideau de fumée, mais malgré l'interdiction des FVO à tous les
ruminants, il y a manifestement des farines contaminées qui arrivent
dans les mangeoires des bovins, après 91, mais aussi après 96! Plutôt
que de se demander comment , il est peut être plus rentable
d'interdire ces FVO pour tous les animaux, y compris pour les porcs, les
poissons et les volailles.
MAJ : Tout récemment (Novembre 2000), les FVO sont totalement interdites dans l'aimentation de tous les animaux.
ÉPILOGUE :
En espérant ne pas vous avoir été trop long ,
on se doiut de
constater pour une fois que l'"utilitarisme" anglo-saxon, allié à sa
tradition de libre entreprise (plus quelques lâchetés politiques) a
conduit à une catastrophe sanitaire dont on n'a probablement encore vu
que la partie émergée (possibilité de plusieurs milliers de cas de nvMCJ
au RU).
Cela ne dédouane pas le principe de précaution "maximum" bien
français, qui s'avère être un parapluie bien plus étanche pour protéger
les politiques que la santé de nos concitoyens, quant aux filières de
production et de distribution... elles se sont traînées dans la bou..se
en ne préoccupant que de leur CA et de leur bénéfice.
Le comble est
qu'il vaut mieux être producteur, indemnisé en quelques jours pour
abattage du cheptel après un cas d'ESB (payé à peu près le double de la
valeur des bêtes), que atteint de nvMCJ dont les familles sont
actuellement peu ou pas indemnisés ou ne le seront qu'après 10 ans d'une
galère juridique.
Pour en savoir plus :
http://www.who.int/inf/fr/index.html
SOS-Net site fait par des avocats où j'ai trouvé beaucoup plus d'info
médicale que sur certains sites médicaux (comme quoi c'est bien les
avocats qui feront bientôt les RMO si on n'y prend garde)
http://www.sos-net.eu.org/medical/index
http://www.cybercable.tm.fr/~biblioa/esb.html
http://www.mlink.net/~glt/prions.htm
http://www.inra.fr/Internet/Produits/dpenv/vfol___8.htm
