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Devrons-nous tous prendre bientôt
la « pilule magique » ?

Jean-Louis Montastruc
: Source : http://www.bip31.fr/bip/BIP31.fr%202009,%2016,%20(2),%2010-19.pdf
[Local]

BIP31.fr a déjà évoqué la « polypill », sorte de remède magique censé réduire le risque de maladie cardiaque de prés de 80%.

Des auteurs indiens ont à nouveau étudié l’association de faibles doses d’un diurétique (hydrochlorothiazide), un bêta-bloquant (atenolol) et un IEC (ramipril) avec la simvastatine (20mg/j) et l’aspirine (100mg/j) en recherchant, chez plus de 2000 malades, l’action sur le LDL cholestérol, la pression sanguine artérielle (PSA), la fréquence cardiaque (FC), le thromboxane B2 et le taux de sortie du protocole.

Schématiquement, chacun des composants de la « polypill » produit les effets attendus : abaissement de la PSA (sans inhibition par l’aspirine), de la FC, de l’agrégation plaquettaire… et aussi du LDL (avec cependant un effet moins marqué de la polypill sur le LDL que de la simvastatine seule).
Aucun signal de majoration d’effet indésirable n’a été relevé (Lancet 2009, 373, 1341).

De nombreuses questions doivent accompagner la lecture de cette étude, trop largement médiatisée.
  • Que faire avec cette « pilule multiple » chez un patient ne présentant qu’un facteur de risque : par exemple, un hypertendu sans hypercholestérolémie ?
  • Quelles seront les vraies interactions à long terme entre les divers médicaments de cette pilule ?
  • Quelles seront les exigences et les conclusions des Agences du Médicament ?
Assurément, la maniabilité d’une telle formulation fixe sera délicate face à une efficacité partielle, insuffisante ou un effet indésirable de l’un des composants …

Plusieurs réserves méthodologiques s’imposent.

L’étude n’a duré que 12 semaines, avec un pourcentage élevé de sortie d’étude (autour de 15%). Surtout, il ne s’agit que d’un essai de phase 2 ne concernant encore et toujours que des critères intermédiaires [Lire].

Il convient donc d’attendre les études de phase 3 portant sur la morbi-mortalité (critère cliniquement pertinent). Ces essais de phase 3 seront les seuls à pouvoir préciser le vrai profil de sécurité (12 semaines restant évidemment très insuffisant pour évaluer les effets indésirables !) et d’interactions médicamenteuses.

Toute décision autre serait prématurée, injustifiée et potentiellement dangereuse pour nos patients !
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