Le S.A.R.S. Quand y penser ?
(Severe Acute Respiratory Syndrome)
Dr Vu Hoang Thu, Dr Nguyen Ngoc Tho
Dr Claude Gouzée, Dr Dominique Blondeau
Dr Jacques-Yves Ketelers , Dr Michel Lenoir
Hôpital Français de Hanoi
L’émergence d’une nouvelle maladie, potentiellement très sévère et dont on ne connaît ni
l’étiologie, ni le traitement, est toujours source d’angoisse, aussi bien pour les médecins que pour le
public.
La seule arme thérapeutique actuelle est la prévention individuelle par des mesures de
protection comprenant toujours masque et lunettes, voire gants, blouses, tenue NBC.
A propos de la série concernant le diagnostic et le traitement des 35 premiers patients atteints
à l’hôpital français de Hanoi, nous souhaitons rapporter notre expérience, afin qu’en France les
médecins puissent y penser rapidement et mettre en oeuvre la prise en charge adéquate en cas de
forte suspicion clinique.
L’incubation paraît devoir être de 4 à 5 jours après un contage direct avec un patient malade.
Dans notre expérience, il ne semble pas y avoir de porteurs sains.
La symptomatologie initiale comporte toujours un syndrome grippal qui va durer de quelques
heures à quelques jours avant la phase respiratoire. Il comporte de manière constante une fièvre
supérieure ou égale à 38° ; jusqu’à preuve du contraire, un patient fébrile ayant été en contact
avec un patient atteint de SARS ou son entourage doit être considéré comme atteint.
A cette
fièvre s’ajoutent à des degrés divers, des courbatures (précédant parfois de 24h la fièvre), des maux
de gorge, des céphalées tenaces qui paraissent fréquentes. Une asthénie plus ou moins intense
nous a paru constante.
A ce stade doivent être réaliser une NFS et une radiographie thoracique par un personnel
protégé. En effet , hormis le patient initial, tous nos patients sont membres du personnel de l’hôpital.
LA NFS peut montrer une neutropénie et une thrombopénie en général modérées à ce
stade. Lorsqu’elles existent associées à un contexte épidémiologique évocateur, l’évolution a toujours
confirmé le diagnostic de SARS .
A ce stade, la radiographie est normale une fois sur deux environ. La présence d’un infiltrat
interstitiel périphérique localisé uni- ou bilatéral est pathognomonique.
L’évolution ultérieure de la maladie est extrêmement variable avec apparition de signes
respiratoires plus ou moins importants.
La toux est presque constante, sèche, peu productive en l’absence de surinfection.
L’auscultation est normale ou retrouve parfois des râles crépitants aux bases.
La dyspnée, absente dans certains cas, peut rapidement être menaçante aboutissant parfois
en 2 à 3 jours à la ventilation assistée. Il existe alors une hypoxie avec hypocapnie. Ceci a été le cas
chez 15% de nos patients .Sur la radiographie thoracique existent alors des lésions majeures
bilatérales étendues avec aspect de « poumons blancs ».
A ce jour 3 patients sont décédés dans un tableau d’hypoxie réfractaire malgré la ventilation
assistée en pression positive.
EN CONCLUSION
La présence d’un syndrome grippal fébrile chez un patient ayant voyagé en Asie du Sud-Est
ou ayant été potentiellement en contact avec un malade atteint de SARS, et ce depuis
moins de 5 jours, impose une prise en charge sans délai associant :
- Une protection individuelle immédiate avec masque et lunettes au minimum
- L’isolement du patient pour réalisation d’une NFS et d’une radiographie pulmonaire en
urgence, par du personnel protégé.
En cas d’anomalie de ces examens, le patient doit être immédiatement hospitalisé
dans une unité habilitée après contact avec le SAMU
Voir également PROTOCOLE RELATIF A L'EXAMEN DES PERSONNES REVENANT DE HONGKONG ET HANOI ET PRESENTANT UN SYNDROME RESPIRATOIRE
INFORMATIONS DESTINEES AUX PROFESSIONNELS DE SANTE (Direction Générale de la Santé)