.
Prise en charge de l'herpès cutanéo-muqueux chez le
sujet immunocompétent
(manifestations oculaires exclues)
(Texte court)
http://www.anaes.fr/ANAES/Publications.nsf/nID/LILF-553LMR?OpenDocument&Back=LILF-553KW8
1- Herpès oro-facial
1-1 Primo-infection
(gingivostomatite herpétique)
Traitement par voie générale : le
traitement antiviral doit être entrepris dès que le diagnostic clinique est
évoqué. L'aciclovir a fait la preuve de son efficacité (grade A). La voie
orale est utilisée chaque fois que cela est possible (200 mg x 5 par
jour).
Chez l'enfant de moins de 6 ans seule la suspension buvable est
utilisée.
Chez l'enfant de plus de 2 ans la posologie est identique à
celle de l'adulte.
La voie intraveineuse est utilisée chaque fois que
l'importance des lésions rend la voie orale impossible (5 mg/kg x 3 par
jour). Chez l'enfant de plus de 3 mois la posologie peut être ajustée en
fonction de la surface corporelle ( 250 mg/m2 toutes les 8 heures).
La
durée du traitement est de 5 à 10 jours.
Ce traitement doit être
accompagné si nécessaire de mesures de réhydratation.
Traitements
locaux : l'adjonction d'un traitement local n'a pas d'intérêt démontré.
1-2 Récurrence
Traitement curatif
Traitements par
voie générale : seul l'aciclovir a été évalué dans cette indication ; les
résultats cliniques ne sont pas concluants. Les autres antiviraux n'ont pas
fait l'objet de résultats publiés.
Aucune recommandation de traitement ne
peut être formulée en ce qui concerne la prescription de l'aciclovir, du
famciclovir ou du valaciclovir.
Traitements locaux : parmi les
produits spécifiques disponibles, aucun traitement n'a fait l'objet d'essai
clinique permettant de recommander son utilisation.
L'intérêt de
l'utilisation des antiseptiques locaux reste discuté (niveau de preuve
insuffisant).
Les topiques contenant des corticoïdes ne sont pas
indiqués.
Les traitements locaux par méthodes physiques n'ont pas fait
la preuve d'une utilité.
Traitement préventif des récurrences
a) Herpès labial non induit par le soleil
Traitement
par voie générale : l'aciclovir (400 mg x 2 par jour) est le seul
antiviral évalué dans cette indication. Chez les sujets qui présentent des
récurrences fréquentes, des essais cliniques ont montré un bénéfice sur le
délai de survenue et le nombre de récidives. En cas de récurrences
fréquentes (au moins 6 fois par an) ou de retentissement
socioprofessionnel, son utilisation peut être proposée. L'effet est
suspensif, la durée optimale du traitement ne peut être fixée. Une
évaluation doit être effectuée tous les 6 à 12 mois.
Traitements
locaux : les traitements locaux n'ont pas fait la preuve de leur
efficacité clinique.
Autres mesures : il est souhaitable
1)
d'informer sur l'histoire naturelle de l'infection HSV,
2) d'évaluer
les facteurs ou circonstances déclenchantes,
3) d'assurer si
nécessaire un soutien psychologique,
4) de prendre en charge si
nécessaire la douleur.
b) Herpès labial
solaire
Traitement par voie générale : bien que les médicaments
antiviraux soient régulièrement utilisés pour la prévention de l'herpès
solaire, les résultats actuellement disponibles sont décevants. Il n'y a
pas d'AMM dans cette indication.
Traitements locaux : bien que
l'intérêt des photoprotecteurs ne soit pas démontré, il est raisonnable de
conseiller leur utilisation. Les traitements locaux n'ont pas fait la
preuve de leur utilité.
2-Herpès
génital
2-1 Primo-infection et infection initiale non
primaire
Traitements par voie générale : l'aciclovir oral a fait
la preuve de son efficacité sur la douleur, le délai de guérison et la durée
du portage viral. Les doses de l'AMM sont de 200 mg x 5 par jour pendant 10
jours par voie orale ou de 5 mg/kg x 3 par jour pendant 5 à 10 jours par
voie IV.
Il n'y a pas d'intérêt à augmenter les doses.
Le
valaciclovir est utilisé par voie orale 500 mg x 2 par jour pendant 10 jours
selon l'AMM.
Le famciclovir à la dose de 250 mg x 3 par jour pendant 5
jours a obtenu l'AMM mais n'est plus commercialisé en France
actuellement.
Traitements locaux : les traitements locaux n'ont pas
fait la preuve de leur utilité clinique.
Autre mesure : prise en
charge de la douleur.
2-2 Récurrence
Traitement curatif
Traitements par voie générale :
les essais cliniques ne montrent qu'un intérêt limité du traitement per os
(grade B), il existe une diminution du délai de guérison de 1 à 2 jours,
en revanche la durée de la douleur n'est pas modifiée.
Le jury propose
de ne traiter les récurrences qu'en cas de gêne ou de risque de contagion,
par aciclovir (200 mg x 5 par jour pendant 5 jours) (grade A) ou
valaciclovir (1 000 mg par jour en 1 ou 2 prises pendant 5 jours), dont
l'efficacité est comparable à celle de l'aciclovir (grade A).
Le nombre
de prises plus faible avec le valaciclovir peut faciliter le
traitement.
Le traitement est d'autant plus efficace qu'il est précoce.
Le jury recommande que les malades disposent sur prescription médicale
d'aciclovir ou de valaciclovir de façon à commencer le traitement dès les
premiers symptômes.
Le famciclovir à la dose de 125 mg x 2 par jour
pendant 5 jours a obtenu l'AMM, il n'est plus commercialisé en France
actuellement.
Traitements locaux : les traitements locaux n'ont
pas fait la preuve de leur efficacité clinique.
Traitement
préventif
Traitement par voie générale : ce traitement s'adresse
aux malades ayant au moins 6 récurrences par an.
Aciclovir : les essais
confirment l'efficacité de ce traitement à la dose de 400 mg x 2 par jour.
Valaciclovir : le dosage retenu est de 500 mg par jour.
L'effet est
suspensif, la durée optimale du traitement ne peut être fixée, une
évaluation doit être effectuée tous les 6 à 12 mois.
Famciclovir :
utilisé dans plusieurs pays à la dose de 500 mg par jour en 1 ou 2 prises,
ce produit n'a pas d'AMM en France dans cette
indication.
Traitements locaux : les traitements locaux n'ont pas
fait la preuve de leur efficacité.
Autres mesures : il est
souhaitable
1) d'informer le malade sur l'histoire naturelle de
l'infection,
2) d'évaluer les facteurs ou circonstances déclenchantes,
3) d'assurer si nécessaire une prise en charge psychologique,
4)
de préconiser l'utilisation du préservatif lors des poussées cliniques
identifiées,
5) de prendre en charge si nécessaire la douleur.
3- Herpès néonatal
Sa gravité
et les risques élevés de mortalité ou de séquelles neurologiques imposent un
traitement précoce sans attendre la confirmation virologique. Le jury
insiste sur l'importance de la remise aux parents d'un nouveau-né exposé à
un risque d'infection herpétique d'une fiche de conseil, et d'une
surveillance clinique rapprochée dans les premiers mois de vie. Il faut une
éviction des contacts avec les personnes possiblement contaminantes,
notamment le personnel soignant.
3-1 Traitement curatif
L'aciclovir est le seul traitement utilisé. Le jury recommande la
dose de 60 mg/kg par voie intraveineuse et par jour pendant 21 jours pour
les formes neurologiques et disséminées et 14 jours pour les formes
localisées (grade B, hors AMM).
3-2 Traitement
présomptif
Il est proposé chez le nouveau-né lors d'une méningite ou
méningo-encéphalite d'allure virale, un sepsis d'allure non bactérienne
lorsque le père ou la mère ont des antécédents d'herpès génital ou
cutanéo-muqueux. Dans ce cas l'aciclovir par voie intraveineuse doit être
utilisé à la posologie recommandée pour le traitement curatif.
L'instauration du traitement doit être faite en urgence. Le traitement
présomptif est arrêté si l'évolution et les résultats du bilan clinique et
virologique (culture et PCR) infirment le diagnostic.
3-3
Traitement préventif
L'objectif est d'éviter ou de réduire le risque
de transmission au nouveau-né dans le cas d'une situation à risque : herpès
génital (infection initiale non primaire pendant la grossesse et notamment
dans le dernier mois, herpès récurrent à HSV, positivité des prélèvements
virologiques des voies génitales). Il faut éviter le contact direct du
nouveau-né avec les lésions herpétiques. La polyvidone iodée, proposée par
certains en collyre ou en bain, est contre-indiquée chez le nouveau-né. Elle
ne doit donc pas être utilisée. Les précautions d'hygiène universelles
doivent être respectées. L'allaitement est contre-indiqué en cas de lésion
herpétique mammaire ou mamelonnaire chez la mère. Les lésions situées à
distance doivent être protégées.
4- Herpès de la
femme enceinte
L'aciclovir et le valaciclovir ont été
utilisés chez la femme enceinte. Il existe un registre des grossesses
exposées à ces médicaments. À ce jour aucune embryo-foetopathie n'a été
signalée. Le jury recommande l'utilisation du traitement antiviral pour des
indications restreintes, lorsqu'un bénéfice est attendu pour le foetus et/ou
la mère.
4-1 Primo-infection ou infection initiale non
primaire
Traitement médical : lorsqu'elle survient pendant le
mois précédant l'accouchement, un traitement par aciclovir à la dose de
200 mg x 5/j per os est recommandé jusqu'à l'accouchement (grade
B).
Lorsqu'elle survient avant le dernier mois, le traitement est le
même que pour l'herpès génital en dehors de la grossesse (aciclovir 200 mg
x 5/j pendant 10 j per os).
Chez ces patientes, une étude a démontré
l'intérêt de l'aciclovir (400 mg x 3/j per os) à partir de 36 semaines
d'aménorrhée jusqu'à l'accouchement. Ce traitement diminue le nombre de
récurrences au moment du travail et le nombre de césariennes (grade A).
Le jury recommande ce dernier schéma thérapeutique. Les traitements
locaux n'ont pas apporté la preuve de leur utilité clinique au cours de la
grossesse.
Place de la césarienne : présence de lésions
herpétiques pendant le travail : la césarienne est indiquée dans tous les
cas (consensus fort au sein du jury). Absence de lésion herpétique pendant
le travail : l'indication de la césarienne est discutée.
Si la
primo-infection ou infection initiale non primaire date de plus d'un mois,
l'accouchement par voie basse est autorisé (consensus fort au sein du
jury).
Si la primo-infection ou infection initiale non primaire date
de moins d'un mois et si elle a été traitée par aciclovir (cf. supra), le
jury n'a pas d'argument pour recommander la réalisation systématique d'une
césarienne. Si il n'y a pas eu de traitement antiviral, la césarienne est
à discuter. Le rapport bénéfice/risque doit être pris en compte. Les
examens virologiques peuvent aider pour la décision.
4-2
Récurrence
Traitement médical
Traitement curatif : l'aciclovir
est utilisé selon les mêmes modalités qu'en dehors de la grossesse.
Traitement préventif : le jury n'a pas d'argument pour recommander
l'utilisation systématique de l'aciclovir pendant le dernier mois de la
grossesse pour la prévention d'une récurrence lors de l'accouchement.
Place de la césarienne Le risque de transmission est faible dans
cette circonstance. Il existe un consensus fort au sein du jury pour
recommander une césarienne en cas de lésions herpétiques au moment du
travail et autoriser un accouchement par voie basse si le début de la
récurrence date de plus de 7 jours. Dans tous les autres cas, la décision
de césarienne est à discuter. Les examens virologiques peuvent aider à la
décision.
Cas particuliers : il n'y a pas d'intérêt à réaliser une
césarienne, quelle que soit la situation clinique, si la rupture des
membranes a eu lieu depuis plus de 6 heures.
5-
Formes particulières
5-1 Syndrome de
Kaposi-Juliusberg
Il doit être traité par aciclovir. L'aciclovir chez
l'enfant est utilisé à la dose de 5 mg/kg/8 h par voie IV.
5-2
Érythème polymorphe récidivant
Un traitement continu d'aciclovir, 400
mg x 2/j per os pendant 6 mois, peut prévenir les poussées d'érythème
polymorphe dues à l'herpès (grade A), pas d'AMM dans cette
indication.
5-3 Herpès au cours des sports de contact (herpes
gladiatorium)
Le traitement curatif est l'aciclovir per os, 200 mg x
5/j pendant 5 jours (non évalué). La prévention repose sur l'information des
sportifs (sports de contact) et des médecins du sport, l'éviction
transitoire d'un sport de contact pour une personne atteinte de lésions
cutanéo-muqueuses herpétiques jusqu'à cicatrisation des
lésions.
5-4 Herpès après intervention de relissage du
visage
La réactivation d'un herpès oro-facial est possible après
intervention de relissage du visage, quelle que soit la méthode utilisée.
Bien que seules des études ouvertes non contrôlées aient été réalisées, une
pratique professionnelle propose une prophylaxie par valaciclovir 500 mg x
2/j débutée la veille ou le jour de l'intervention et poursuivie 14 jours.
Cette prescription se situe hors de l'AMM ; des études contrôlées sont
nécessaires.