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FIEVRE Q

 

 

1. Agent responsable, épidémiologie

La fièvre Q est une maladie infectieuse animale transmissible à l’homme (zoonose). L’agent de cette maladie est une bactérie Coxiella burnetii, bacille Gram négatif, pouvant se sporuler et résistant à la chaleur et à la dessiccation.

La répartition de cette pathologie est ubiquitaire sur l’ensemble du territoire français. La contamination humaine s’effectue principalement par le bétail (ovins, bovins, caprins), mais des animaux domestiques ou sauvages peuvent être incriminés. La fièvre Q peut être responsable chez l’animal d’une infection placentaire avec avortement ou d’une excrétion chronique de bactéries dans leurs déjections et leur lait.

 

2. Mode de contamination

La contamination humaine se fait le plus souvent par inhalation d’aérosols ou de poussières contaminées par les bactéries qui peuvent être présentes notamment dans les produits de mise bas et les déjections des animaux infectés, et dans une moindre mesure par contact direct avec des animaux infectés. La fièvre Q affecte plus particulièrement les personnes travaillant au contact du bétail (éleveurs, vétérinaires, personnel des abattoirs…). Il s’agit d’une maladie inscrite sur la liste des maladies professionnelles. Par ailleurs, une contamination alimentaire par du lait cru contaminé et les produits laitiers qui en découlent est également possible. Il n'existe pas, en principe, de contamination interhumaine. Quelques observations* ont toutefois été décrites dans des circonstances particulières (après effraction cutanée, lors d'autopsie, ou la contamination d'un obstétricien au cours d'un avortement). De même, la transmission transfusionnelle a été évoquée une fois dans la littérature.

 

3. Signes cliniques, évolution

L’incubation est de 2 à 3 semaines. La maladie est asymptomatique dans la moitié des cas.

La fièvre Q dure en moyenne entre 2 et 14 jours, avec une guérison spontanée complète dans la majorité des cas. Chez les patients atteints de valvulopathie ou porteurs d’une prothèse valvulaire, cardiaque ou chez les personnes présentant une pathologie grave avec diminution de leurs défenses immunitaires, l’évolution peut se faire sous une forme chronique. Chez la femme enceinte, des risques d’avortement (majorés dans le premier trimestre) ou de menace d’accouchement prématuré sont possibles.

Il n’existe pas de vaccin en France.


3.1. Cas général : forme aiguë chez un patient sans valvulopathies (et sans prothèse cardiaque ou valvulaire), non immunodéprimé, et pour les femmes en dehors de toute grossesse

Dans les formes symptomatiques (la moitié des cas), la fièvre Q débute brutalement après 2 à 3 semaines d’incubation par une forte fièvre à 40 °C. Cette fièvre peut s’accompagner de céphalées violentes frontales ou rétro orbitaire, de sueurs, de myalgies et d’une hépatosplénomégalie et plus rarement d’un rash cutané sur le tronc. L’atteinte hépatique peut être au premier plan ; une hépatite fébrile est retrouvée dans 65% des cas (fièvre, augmentation des transaminases à 1,5 fois, augmentation des gamma GT ). Dans près de 40 % des cas, une pneumopathie accompagne ce tableau (toux sèche, crépitants).

Conduite à tenir

·        Effectuer une sérologie avec un prélèvement au début des symptômes et 21 jours plus tard

·        Traiter uniquement les formes aiguës évolutives avec une Cycline pendant 15 jours

·        Dépister systématiquement les valvulopathies

·        Rechercher chez les femmes une grossesse

·        Identifier les personnes immunodéprimées



3.2. Conduite à tenir : 4 situations nécessitant une prise en charge spécifique

- Forme aiguë grave.

Elles sont rares et se manifestent avec un tableau clinique cardiaque, pulmonaire (SDRA) ou neurologique sévère.

Conduite à tenir

·        Hospitalisation avec traitement curatif et symptomatologique

 

- Chez les femmes enceintes

L’infection peut être symptomatique ou silencieuse, aiguë ou évoluant vers la chronicité. Cette pathologie peut être responsable de vascularite placentaire voire d’une infection fœtale, avec trois conséquences possibles :

·        Avortement surtout durant le premier trimestre, mort in utero, prématurité

·        Transmission au nouveau-né, susceptible alors de développer une forme aiguë ou chronique à la naissance, d’ou la nécessité d’un diagnostic à la naissance

·        Passage à la chronicité dans 2/3 des cas et résurgence lors de grossesse ultérieure

Conduite à tenir

·        Evoquer et rechercher une fièvre Q chez la femme enceinte au moindre doute, en raison notamment du tableau clinique non caractéristique de la fièvre Q. En cas de confirmation de l’infection lors du dépistage sérologique, répéter alors mensuellement la sérologie pendant la grossesse et lors des grossesses ultérieures.

·        Traiter les femmes enceintes infectées, symptomatiques ou non, tout le long de leur grossesse avec du Cotrimoxazole sous une surveillance médicale étroite.

·        Effectuer des sérologies à la naissance pour tout nouveau-né de mère ayant eu une infection à Coxiella burnetii lors de la grossesse ou lors de grossesse antérieure.

·        Mettre en place un suivi clinique pendant la grossesse et au-delà pour les femmes infectées.

·        Dépister systématiquement les valvulopathies lors du suivi clinique des femmes enceintes infectées.

 

- Forme aiguë chez des personnes vulnérables : patient ayant une valvulopathie ou porteur d’une prothèse cardiaque ou valvulaire, ou atteint d’une pathologie grave avec diminution des défenses immunitaires

L’infection peut être asymptomatique ou symptomatique et, dans ce dernier cas, le tableau clinique est identique au cas général. Cependant l’occurrence d’une endocardite infectieuse ou d’une infection de la prothèse valvulaire est élevée (30 à 50 % dans les 2 ans).

Conduite à tenir

·        Traiter systématiquement la fièvre Q par une association antibiotique prolongée avec une Cycline et de l’Hydroxychloroquine pendant 12 mois sous surveillance étroite sérologique et toxicologique

·        Mettre en place une surveillance secondaire à vie

·        Dépister systématiquement les valvulopathies chez tout patient présentant une fièvre Q

·        Rechercher systématiquement Coxiella burnetii chez tous les valvulopathes fébriles

 

- Forme chronique

Une forme chronique est un cas évoluant depuis plus de 6 mois. L’endocardite est la principale forme chronique. Elle touche dans sa très large majorité des personnes ayant une valvulopathie préexistante et porteurs en majorité de prothèse valvulaire ou cardiaque. Dans plus de 20% des cas, la forme chronique atteint des sujets présentant une diminution de leur défense immunitaire (patients transplantés, atteints de cancers, insuffisants rénaux…). Le tableau le plus fréquent est alors l’insuffisance cardiaque fébrile avec des signes d’endocardite tels qu’une hépatosplénomégalie, un purpura, un hippocratisme digital… La forme chronique asymptomatique est rare.

Conduite à tenir

·        Traiter de façon spécifique et prolongée par une association d’antibiotiques synergiques pendant plus d’un an

·        Mettre en place une surveillance secondaire à vie

 

4. Diagnostic biologique

Les sérologies pour la fièvre Q sont inscrites à la nomenclature des actes de biologie médicale.

Il est recommandé aux laboratoires d’adresser les prélèvements testés positifs au centre national de référence des Rickettsioses en vue :

·        d’une confirmation du résultat sérologique

·        d’un diagnostic différentiel entre les formes aiguës, chroniques ou anciennes de la maladie

CNR des Rickettsioses
Unité des Rickettsioses – Faculté de Médecine
Université de la Méditerranée AIX –MARSEILLE II
27,boulevard Jean Moulin
13385 MARSEILLE Cedex 5
Professeur Didier Raoult
Tél : 04.91.32.44.11
Fax : 04.91.38.77.72

 

 

 

 

 

Source :
DGS/Bureau sous-direction 5,
Alertes et problèmes émergents 5B
8, avenue de Ségur
75007 Paris
Rédaction : 29 août 2002

 

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