Accueil Recherche NouveautésEmail webmaster Tous les textes - FMCSommaire généralPage précédente

Infection à virus Chikungunya

Actualités basées sur l’épidémie de l’océan indien

Bernard-A Gaüzère. Centre Hospitalier Départemental. Saint-Denis. Réunion
Par aimable autorisation

mise à jour le 4 janvier 2007

 

 

Courtesy of the University of Texas Libraries, The University of Texas at Austin

 

1) Généralités 

 

1.1)  Agent

Le virus chikungunya (CHK) a été isolé pour la première fois en 1953. au laboratoire de virologie d’Entebbe (Ouganda) au décours d’une épidémie ayant frappé le plateau de Makonde au Tanganyika (future Tanzanie) [1]. Le nom de cette zoonose dérive de l’attitude du malade : en dialecte bantou, chikungunya signifie en effet «marcher courbé». Des épidémies de CHK antérieures à 1952 peuvent être suspectées rétrospectivement à la lumière des connaissances actuelles de la maladie, car le nom de CHK est bien antérieur à la découverte du virus. En particulier, certaines épidémies de fièvres étiquetées « dengue » auraient pu être des épidémies de chik car les descriptions faisaient état de douleurs articulaires importantes (Zanzibar début du XIXe siècle).

 

Le virus CHK est un arbovirus (Alphavirus de la famille des Togaviridae) ; c’est un virus à ARN thermosensible. Il existe une souche africaine et une souche asiatique. Le génome du virus isolé à La Réunion a été séquençé, il contient 14 500 nucléotides et dérive de la souche africaine. Après amplification sur cellules de moustique, qui le multiplient très efficacement en plusieurs dizaines de millions de particules virales par millilitre de surnageant de culture, le virus a été analysé par microscopie électronique, par la technique de coloration négative. Sa taille est de 70 nanomètres, il a une forme ronde, on peut distinguer sa capside entourée d'une enveloppe (Institut Pasteur Paris). Les virus à ARN possèdent des polymérases « peu fiables », qui commettent de nombreuses erreurs de transcription à l’origine de variations ou de mutations. In vitro, sa croissance est inhibée par la chloroquine dont les effets anti-viraux avaient déjà été démontres sur le virus Sindbis dans les années 1980. Il est également sensible à la ribavirine et à l’interféron, mais dans une moindre mesure. Les anti-rétroviraux seraient sans activité. L’hydroxychloroquine aurait un effet anti-viral moindre. (X. De Lamballerie, Timone, Marseille, données non publiées).

La charge virale peut-être très élevée (plusieurs millions de copies par ml). Elle serait très élevée de la naissance à l’âge de 4 mois et ne varierait plus ensuite (A. Michault; Groupe hospitalier Sud Réunion, données non publiées). Dans le corps humain, il semble exister des sanctuaires où le virus est à l’abri des anticorps dirigés contre lui (cornée, articulations ?) et où il pourrait se répliquer durablement.

 

Citons : Genome Microevolution of Chikungunya Viruses Causing the Indian Ocean Outbreak. Schuffenecker I, Iteman I, Michault A, Murri S, Frangeul L, Vaney MC, Lavenir R, Pardigon N, Reynes JM, Pettinelli F, Biscornet L, Diancourt L, Michel S, Duquerroy S, Guigon G, Frenkiel MP, Brehin AC, Cubito N, Despres P, Kunst F, Rey FA, Zeller H, Brisse. PLoS Med. 2006 May 23;3(7)

 

«L’origine et l’évolution du virus Chikungunya dans l’Océan indien a été retracée grâce au séquençage total du génome de six souches virales isolées chez des malades de La Réunion et de Madagascar, ainsi qu’au séquençage partiel de la protéine E1 du virus chez 127 patients de La Réunion et des îles voisines (Madagascar, Seychelles, île Maurice, Mayotte). Leur étude, ouvre des pistes de recherche pour expliquer l’ampleur de l’épidémie ainsi que la survenue de formes graves et nouvelles de la maladie. Des séquences génomiques complètes du virus Chikungunya ont pu être caractérisées à partir d’isolats viraux obtenus après un faible nombre de passages en culture cellulaire et donc très proches des virus cliniques, alors que les génomes complets caractérisés jusqu’alors concernaient des souches de laboratoire. Cette étude initiée au Centre National de Référence des Arbovirus a pu être poursuivie à grande échelle grâce à la plate-forme de Génotypage des Pathogènes et Santé Publique de l’Institut Pasteur. Elle démontre d’abord que les souches virales de l’Océan Indien sont proches entre elles et apparentées aux souches d’Afrique de l’Est, Centrale et du Sud isolées entre 1952 et 2000 : les virus ayant émergé dans les îles de l’Océan Indien ont donc vraisemblablement été importés depuis le continent africain. Ce qui est compatible avec les échanges de populations entre l’Afrique de l’Est et les Comores, où l’épidémie a commencé début 2005. D’autre part, des modifications dans les génomes viraux au fil de l’épidémie, et notamment l’émergence et la prédominance d’un génotype particulier à partir de septembre 2005, suggèrent une évolution adaptative des souches virales. Le séquençage du génome complet d’une souche virale isolée du LCR d’un patient réunionnais atteint de méningo-encéphalite a mis en évidence plusieurs mutations, causant des substitutions d’acides aminés, qui sont propres à cet isolat clinique. Ces substitutions pourraient être associées d’une part à la neurovirulence du virus Chikungunya et d’autre part à une plus grande efficacité de la multiplication virale. Des « signatures moléculaires » des virus, véritables empreintes génétiques, au niveau de la protéine d’enveloppe E1 du virus ont également été trouvées. En effet, la structure tridimensionnelle de E1 d’un alphavirus très proche, le virus de la Forêt de Semliki, avait été réalisée auparavant par l’Institut Pasteur, ce qui a permis de modéliser la protéine E1 du virus Chikungunya, afin de localiser les mutations. Une de ces signatures, qu’on ne trouvait pas au début de l’épidémie, est devenue prédominante à partir de septembre 2005 dans les souches réunionnaises, précédant donc de peu l’explosion épidémique. Elle serait à l’origine d’une adaptation au moustique Aedes albopictus, qui n’était pas connu jusque là pour être un vecteur du virus Chikungunya. La protéine E1 est en effet impliquée dans l’attachement du virus aux membranes cellulaires du moustique. La position de cette signature moléculaire sur la protéine E1 (« E1 226 »), est en effet connue pour influencer la multiplication du virus chez le moustique vecteur.

 

Les Alphavirus comprennent 28 virus, dont les virus Chikungunya, O’Nyong Nyong, Ross River, Sindbis, Mayaro. Tous les arbovirus connus appartiennent à cinq familles de virus. Il y a 537 arbovirus et apparentés recensés (1996, source Institut Pasteur), dont 168 en Afrique, 91 en Amérique du Nord et 137 en Amérique du sud. Environ cent dix d’entre eux sont pathogènes pour l’homme et responsables d’autant d’arboviroses humaines. Une quarantaine d’entre eux est cause de maladies animales identifiées. 

 

1.2) Réservoir

Il est principalement représenté par les singes et d’autres vertébrés. D’autres espèces peuvent être infectées, notamment l’homme. En période épidémique, le seul réservoir est l’homme.

Dans l’Océan indien, d’autres réservoirs animaux sont suspectés : singes macaques (Ile Maurice), lémuriens et chauves souris (Mayotte, Madagascar) et en cours d’investigation (programmes EntomoChik et AniChik). Les premiers résultats ne montrent pas de présence virale chez l’animal.

En ce qui concerne le réservoir animal, citons P Brémont, de l’UR 892 Virologie Immunologie Moléculaire. « La question d’un potentiel réservoir animal pour le Chikungunya a été peu abordée et seules quelques hypothèses ont été avancées. La raison principale de cette méconnaissance, et que jusqu’à aujourd’hui les études menées sur le Chikungunya ont été réalisées en condition épidémique, et donc en situation ou homme et faune sauvage sont nécessairement seroconvertis.

Les espèces animales pour lesquelles une analyse sérologique a établis la présence du CHIK sont, le singe Macaca Fascicularis aux Philippines (Inoue S et al, 2003) en Malaisie (Marchette NJ et al, 1978). A noter dans cette étude une prévalence du virus Getah (Alphavirus du même groupe que CHIK) chez le porc domestique. Toujours chez le singe, prévalence du CHIK dans l’espèce Cercopithecus Aethiop Pygerythrus) en Afrique du Sud (Kaschula VR et al, 1978). Les orang outans à Bornéo semblent également constituer des porteurs sains du CHIK au même titre que d’autres arboviroses (Wolfe ND et al, 2001).

Une étude particulièrement intéressante (Sixl W et al, 1988) basée sur des infections expérimentales de souris montre que les oiseaux tels que l’hirondelle Hirundo Rustica ou le moineau Passer domesticus peuvent constituer des réservoirs potentiels via l’infestation par des ectoparasites nidicoles.

Concernant les oiseaux migrateurs, une étude réalisée en Russie (Sidenko VP et al, 1974) montre qu’un grand nombre d’espèce sont séropositives pour les arboviroses, incluant le Chikungunya. Les espèces recensées sont : Sterna Hirundo, Egretta garzetta, Larus malanocephalus, Streptopelia Turtus, Ardea cinerea, Ardeola ralloides, Larus ridibundus et Nycticorax nycticorus.

Une étude menée au Sénégal (Renaudet J et al, 1978) semble également confirmer le rôle important des oiseaux migrateurs comme vecteur potentiel des arboviroses, et en particulier pour le Chikungunya.

Le cheval peut également constituer un potentiel réservoir (Olaleye OD et al, 1989) pour le CHIK mais aussi pour beaucoup d’autres arboviroses.

Une description du tique de la famille des Ixodidae comme potentiel réservoir pour le CHIK (Konstantitnov OK, 1990). C’est la seule description de ce type. Les tiques examinées étaient principalement Amblyomma variegatum, Boophilus et Rhipicephalus. 

 

En conclusion, les données sont parcellaires, souvent obtenues en phase de crise épidémique et donc peu favorables à une analyse claire de la question des réservoirs animaux. De toutes évidences des recherches actives doivent être menées pour identifier de façon plus fiable l’existence d’un réservoir animal pour le Chikungunya, en dehors bien entendu de l’homme lui-même. Une piste intéressante à suivre est peut être le rôle des oiseaux migrateurs, soit comme porteurs soit via l’infestation par des ectoparasites. ». Fin de citation.

 

1.3) Mode de contamination

 

En zones urbaines, (où sont décrites la majorité des épidémies), la maladie se transmet d’homme à homme par l’intermédiaire de moustiques du genre Aedes notamment (Aedes aegypti, albopictus, polynesiensis). Le Culex et exceptionnellement l’Anophele ont également été identifiés comme vecteurs. En ce qui concerne l’épidémie apparue à la Réunion, le moustique suspecté d’être le vecteur est uniquement Aedes albopictus. C’est un vecteur diurne avec un pic d’activité en début et en fin de journée. Exophile, il peut également piquer à l'intérieur des habitations, ainsi que la nuit, s'il est dérangé dans ses sites de repos : feuillages, couverts végétaux. En milieu naturel africain, la maladie passe du singe au singe par le biais des moustiques Aedes furcifer et africanus.

L'Aedes a un corps divisé en trois parties, une paire d'antennes, trois paires de pattes striées de blanc, une seule paire d'ailes et une paire de balanciers, de longues antennes, une longue trompe, un corps recouvert d'écailles décorées de taches blanches ou argentées. Mâle et femelle se différencient notamment par la forme de leurs antennes, plus épaisses et plus fournies pour le mâle. Les adultes (males et femelles) d'Aedes albopictus et d'Aedes aegypti peuvent très facilement être distinguées à l’œil nu grâce à leurs ornementations thoraciques très différentes. Par contre les larves sont morphologiquement très proches et il faut absolument une binoculaire pour les distinguer. Aedes est très élégant, tigré de noir et blanc. Il mesure de 8 à 10 millimètres.

 
1.4) Epidémiologie

 

1.4.1) Epidémiologie générale des arboviroses

Les arbovirus affectent alternativement un vertébré et un arthropode. L’arthropode demeure infestant toute sa vie. Dans certains cas, une transmission verticale, d’une génération à la suivante est possible chez l’arthropode. Cette transmission verticale du CHK a été démontrée à La Réunion. Tout changement climatique ou toute modification d’environnement est susceptible d’entraîner d’importantes répercussions sur le fonctionnement d’un foyer d’arbovirose et le déclenchement d’une épidémie.

 

1.4.2) Epidémiologie du CHK

Le CHK existe en Afrique, en Asie du sud-est et dans le sous-continent indien. En Afrique, des cas cliniques ont été décrits de 1957 à 1974 au Transvaal, en Ouganda, au Congo, au Nigeria, au Ghana, en Rhodésie du sud (future Zimbabwe) [2-10]. Les enquêtes sérologiques ont également permis de mettre ce virus en évidence au Sénégal, au Burkina Faso, en République centrafricaine, au Cameroun, en Guinée portugaise. Enfin, il a été répertorié en Asie [11, 12], notamment aux Philippines, en Malaisie, au Cambodge, au sud de l’Inde et au Pakistan. A ce jour, le CHK ne s'est jamais transmis en dehors des  zones tropicales, bien que son vecteur ait envahi la planète [13].

En ce qui concerne l’épidémie actuelle, à la suite d’une saison sèche particulièrement longue et chaude au Kenya, la maladie a d’abord touché la Somalie (?), puis la côte kenyane (Ile de Lamu et Mombasa) (données CDC Atlanta, mars 2006) avec des taux d’attaques très élevés (75 %), puis les Comores à la fin 2004 (taux d’attaque 63 %), puis l’île Maurice et Mayotte, et enfin la Réunion [14], atteignant ainsi pour la première fois le territoire français. En date du 27 août 2006, on dénombre environ 266 000 cas à La Réunion (34%) et 246 décès. Le pic de l’épidémie a été atteint avec 46 600 nouveaux cas (sur une population totale de 775 000 personne) au cours de la semaine 6 de 2006.

En matière d’arbovirose, il est avancé, que le comportement humain est à l’origine de 90% de l’émergence d’une épidémie : modification de l’environnement, production de déchets gîtes des vecteurs, baisse de la vigilance, difficultés de la mobilisation communautaire...

 

2) Physiopathologie des infections arbovirales

 

A la suite de l’injection de salive lors de la piqûre d’un arthropode infestant, le vertébré réceptif développe une infection arbovirale. Le virus se réplique à proximité du point d’inoculation, puis dans les ganglions lymphatiques correspondants : c’est la phase de virémie. Le virus va se disséminer dans l’organisme jusqu’aux organes cibles. L’infection entraîne une réponse immune à la fois humorale et cellulaire. La diversité des formes cliniques observées et  de leur gravité ne reçoit à ce jour aucune explication  probante. Des études sur leur corrélation avec les charges virales et certains groupes HLA sont actuellement menées dans les hôpitaux de la Réunion (Projets hospitaliers de recherche clinique). Lors de l’infection à chik, l'existence de phénomène de Raynaud est avérée chez des cas importés en métropole et une cryoglobulinémie est constamment associée à l'infection (F. Simon, données non publiées, Hôpital Laveran, Marseille).

 

3) Extension de l'épidémie

 

3.1) A La Réunion à la fin décembre 2006 (Source CIRE- InVs)

 

- Nombre de cas estimés par enquête de séroprévalence : Une enquête de séroprévalence réalisée pendant l’hiver austral 2006 sur échantillon de 2 442 personnes, parmi lesquelles 38,25 % se sont avérés positives pour les IgG anti chikungunya. Ce pourcentage correspond à 300 000 cas. Le pourcentage d'asymptomatique est de 6% et celui de faux positif de 6% également. La répartition par sexe montre 38.74 % de positifs pour les femmes et 37.74% pour les hommes. La répartition par âge montre une augmentation avec l'âge jusqu'a 79 ans, puis une décroissance. Par zone géographique, 30% de séropositivité au Nord, 38% au Sud, 41% à l'Ouest et enfin 48 % à l'Est. Enfin, la séroprévalence selon le type de logement montre que 43% des habitants vivants en logement individuel ont eu le chikungunya contre 23 % des personnes vivants en logement collectif. La saisie et l'analyse des données sur la maladie et la connaissance des pratiques sont en cours.

 

- Nombre de formes graves biologiquement confirmées chez des patients âgés de plus de 10 jours : 178 cas (sur 224 signalements) nécessitant le maintien d'au moins une fonction vitale en réanimation et 55 décès. Co-morbidité(s) chez 8 7patients (61%). Méningo-encéphalites 16, autre atteinte neurologique centrale 7 dont 3 syndromes de Guillain-Barré, décompensation cardio-vasculaire 18, défaillance respiratoire 19, hépatite aiguë sévère 8, atteinte cutanée sévère 10, insuffisance rénale 7, autres 35…

- Infections materno-néonatales biologiquement confirmées : 45 formes graves (58 signalements) et 1 décès. Méningo-encéphalites 11, atteinte cutanée sévère 3, syndrome algique 22, autres 5.

- Décès : 254 cas déclarés à la DRASS depuis le 1er janvier 2006, sans confirmation biologique dans plus de la moitié des cas. L’imputabilité du chikungunya dans de nombreux cas de décès de personnes âgées est très discutable. Age moyen : 79 (0-102) ans, sex ratio 1,03

 

3.2) Dans la zone Océan indien

 

- Maurice (1.2 millions hab.) : 2 553 cas notifiés au 1er mars 2006. Beaucoup plus de cas officieux (200 000 ?).

- Seychelles (80 000 hab.) : 4 650 cas notifiés au 1er mars 2006

- Mayotte : (200 000 hab.) : 6 000 cas notifiés au 19 mars 2006 , mais deux enquêtes de séroprévalence révèlent un taux d’attaque de 26 %.

- Comores : le CDC d’Atlanta fait état de taux d’attaque de 63 % en 2005.

- Madagascar (17 millions hab.) : nombreux cas, dans la région de Tamatave et de Nosy Be dont 2 exportés en Guyane. Beaucoup plus de cas officieux, avec un taux d’attaque supérieur à 50 % sur les côtes (syndromes dengue-like) où co-circule également la dengue.

- Inde : Les intenses foyers épidémiques multiples qui sévissent depuis octobre 2005 en Inde sont bien dus à la même souche que celle partie du Kenya en juin 2004 arrivée en Grande Comores en janvier 2005 puis à Mayotte et la Réunion et dans les autres îles de l'Océan Indien. Il s'agit pour la première fois en Inde d'une souche est-africaine. L'Inde avait enregistré entre 1963 et 1973 des foyers épidémiques de chikungunya, mais c'était des souches dites asiatiques qui circulaient. Aucun foyer épidémique n'avait été rapporté depuis 32 ans. Les épidémies actuellement rapportées en Inde, dans plusieurs Etats (au moins Andhra Pradesh, Karnataka, et Maharashtra) font état de plusieurs centaines de milliers de cas, des décès sont aussi rapportés, même si officiellement ce sont des foyers respectivement de 25 000, 65 000 et 36 000 cas qui sont rapportés par les autorités sanitaires. Le potentiel pandémique de cette souche est-africaine semble très puissant. (Yergolkar PN, Tandale BV, Arankalle VA, Sathe PS, Sudeep AB, Gandhe SS, et al. Chikungunya outbreaks caused by African genotype, India. Emerg Infect Dis [serial on the Internet]. 2006 Oct).

- Maldives : épidémie de fièvre avec arthralgies signalée en décembre 2006.

 

3.3) En France métropolitaine : 739 cas sérologiquement confirmés dont au moins une forme grave (Syndrome de Guillain-Barré) en provenance de l’Ile Maurice, hospitalisé en région parisienne.
 
4) Signes cliniques

 

4.1) Principaux aspects cliniques des arboviroses humaines

 

Le tropisme des virus explique les principaux aspects cliniques observés. Tous les arbovirus présentent un certain neurotropisme [15] peu décrit dans la littérature médicale. Trois grands tableaux cliniques sont observés:

 

- Syndromes aigus fébriles (dengue-like)

- alphavirus : Chikungunya, O’Nyong Nyong, Ross River , Sundbis, Mayaro,

- flavivirus : dengues, West Nile

- bunyavirus : Bwamba, Bunyamwera, Tataguine,…

- phlébovirus : Vallée du Rift

 

- Syndromes encéphalitiques

- flavivirus  :encéphalite japonaise , West Nile, encéphalites à tiques d’Eurasie tempérée

- alphavirus :  encéphalites équines américaines, Chikungunya (découverte à La Reunion)

 

- Syndromes hémorragiques

- flavivirus : dengues, Fièvre Jaune, forêt de Kyasanur, Omsk,

- phlébovirus :  Fièvre de la Vallée du Rift,

- nairovirus : Crimée-Congo.

 

4.2) Principaux aspects cliniques de l’infection CHK

 

4.2.1) Forme classique de l’adulte

 

CHK est une arbovirose classée algo-éruptive [16,17] avec un syndrome dengue like, classiquement décrite comme bénigne, d’évolution aiguë ou sub-aiguë.

Après une incubation de 4 à 7 jours en moyenne (mais qui pourrait être comprise entre 1 et 12 jours, selon la littérature), apparaît brutalement une fièvre élevée accompagnée d’arthralgies qui peuvent être intenses touchant principalement les extrémités des membres (poignets, chevilles, phalanges), mais également le rachis et qui peuvent confiner le patient en position couchée paralytique pendant plusieurs heures. Les douleurs sont fréquemment décrites comme excruciantes et « poussant au suicide ».

Surviennent également des myalgies (douleurs musculaires), des céphalées et une éruption maculo-papuleuse dans plus de la moitié des cas. Des hémorragies bénignes à type de gingivorragies sont observées, surtout chez les enfants. Enfin, il existe des infections asymptomatiques et l’immunité acquise paraît précoce et durable.

L’évolution clinique est variable. Elle peut être rapidement favorable, le malade répondant bien au traitement symptomatique, mais la maladie peut aussi évoluer vers une phase chronique marquée par des arthralgies persistantes, incapacitantes, erratiques, symétriques ou non, causes de dépression. Une phase matinale de dérouillage parfois longue (une demi-heure à une heure) est parfois nécessaire avant le démarrage des activités. D’autres signes sont décrits à La Réunion : agueusie, sensation de vives brûlures de la plante des pieds, gênant le marche…

Pendant la convalescence qui peut durer plusieurs semaines, le malade est en proie à une asthénie importante et souvent à des arthropathies douloureuses et invalidantes. Aucun cas mortel de fièvre chikungunya n’avait été rapporté dans la littérature chez l’adulte.

Si la maladie est réputée bénigne et très souvent inapparente, ont été notées à La Réunion des formes non décrites dans la littérature médicale. Ces observations ont pu être faites grâce à la qualité du système de surveillance et de soins existant à la Réunion [18]. En l'absence de la connaissance du génome viral, on ne peut  incriminer, ni éliminer une mutation du virus dans la genèse de ces formes émergentes.

 

4.2.2) Formes émergentes de l’adulte

 

4.2.2.1) Hépatites graves ou fulminantes

L’observation de plusieurs hépatites aiguës sévères souvent fulminantes [19, 20, 21] semble suggérer une hépatotoxicité propre du virus chik. Des hépatites graves ont été notées chez 15 patients (10 hommes, 5 femmes ), âge moyen: 51 ans (27-84), transaminases : ASAT: 200 N (30N- 600N ), ALAT: 100 N (25N- 300N ), TP: 23% (10-41), Facteur V: 24% ( 6-49 ). Encéphalopathie hépatique : 10 patients, éthylisme chronique : 10 patients dont un cirrhotique. Une prise de paracétamol chez 8 patients (1 à 4 gr/j pendant 1 à 7 jours), avec des paracétamolémies à des taux thérapeutiques le plus souvent. Ponctions biopsies hépatiques chez 3 patients :

- stéatose minime, prolifération cholangiolaire pouvant être le témoin indirect d’une nécrose hépatocytaire et d’une hépatite aiguë

- fibrose mutilante + hépatite nécrosante évoquant une infection virale

- hépatite aiguë

- Les RT-PCR du parenchyme hépatique ont été 2 fois positives et 1 fois négative. L’évolution a été favorable chez 10 patients avec normalisation des fonctions hépatiques en 2 à 10 jours et défavorable chez 5 patients dans un contexte d’insuffisance hépato-cellulaire en 1 à 5 jours.. Sont retrouvés comme facteurs aggravants : éthylisme chronique (10 cas), hépatopathie chronique sous-jacente (1 cas), consommation de paracétamol (8 cas), association alcool + paracétamol (7 cas). Dans 4 cas, ces tableaux ont été notés chez des patients non éthyliques chroniques et ne consommant pas de Paracétamol. Au plan physiopathologique, on peut avancer plusieurs explications : le cytochrome P 450 qui est activé par l’alcool, dégrade le paracétamol en un métabolite toxique ; la prise régulière d’alcool abaisse le seuil de toxicité du paracétamol de 10 gr à 5 gr ; enfin, la toxicité du paracétamol est majorée lors de l’arrêt ou diminution consommation d’alcool.

 

4.2.2.2) Myélo-méningo-encéphalites : 4 décès sur 13 cas, bonne récupération chez les survivants [22, 23]. Diagnostic confirmé par la positivité de la RT-PCR ou des IgM dans le LCR et par élimination des autres étiologies.

 

4.2.2.3) Polyradiculonévrites (Syndrome de Guillain-Barré) : 3 cas adultes ont nécessité une assistance ventilatoire avec bonne récupération fonctionnelle [24] pour tous. Quelques autres cas en service de neurologie. Un cas d’un mauricien hospitalisé en région parisienne. Diagnostic confirmé par la positivité de la RT-PCR ou des IgM dans le LCR.

 

4.2.2.4) Atteintes ophtalmiques : Ont été notés trois groupes de signes de survenue, de fréquence et de gravité différentes [25].

- Atteinte muqueuse (hémorragie, hyperhémie, picotements oculaires ; œil irrité ou sec),

- Atteinte neurologique : baisse de l’acuité visuelle surtout de prés, par trouble de l’accommodation ; diplopie (vision en double) par paralysie oculomotrice 

- Aggravation de pathologies patentes (réactivation d’une uvéite, sclérite).

Par contre, il n’a jamais été noté de kératite, de rétinite, d’hypertonie oculaire et de glaucome, de neuropathie rétrobulbaire.

Il semble donc que ce soit par le biais de l’atteinte neurologique que le virus agisse sur l’œil et la vision.

 

4.2.2.5) Atteintes dermatologiques [26]

Elles sont présentes dans 60 à 80 % des CHK et peuvent précéder les autres manifestations. Elles sont de gênants à graves et sont source de complications esthétiques très « affichantes ».

-          Le prurit peut être inaugural et précéder l’éruption. Il est le plus souvent, contemporain de l’éruption et s’aggrave progressivement. Localisé ou diffus, il est simplement agaçant ou féroce et insomniant, responsable de lésions de grattage. Il est assez rapidement régressif.

-          Les douleurs sont réellement des douleurs cutanées, distinctes des arthralgies, en regard des articulations atteintes ou plus diffuses, d’intensité variable, rendant impossible le moindre contact.

-          Éruption : dans sa forme typique, elle survient de 3 à 8 jours après la fièvre. Elle est morbilliforme plutôt que maculo-papuleuse, évolue du tronc jusqu’aux membres, régressive en quelques jours, avec desquamation furfuracée sur le corps et en en lambeau (mains). Elle est très fréquemment prurigineuse. L‘énanthème est très fréquent, voire constant en cas d’éruption, souvent associé à des gingivorragies. L’érythème palmaire (plantaire) est fréquent comme dans toutes les arboviroses. On note une kératodermie palmo-plantaire, des éruptions dysidrosiques, des formes oedémateuses avec pré-décollement épidermique, un purpura, des formes vésiculeuses profuses, bulleuses, des ulcérations aphtoïdes buccales bipolaires, inguino-scotales, Exacerbation de dermatose préexistante (psoriasis quasi purpurique), hyperpigmentation, nouures – érythème noueux. Il existe des formes graves : bulleuses extensives « Lyell like », et des complications liées aux traitements, (photo-onycholyse).

 

4.2.2.6) Atteinte rénale spécifique ?

Quelques observations [27] posent le problème d’une atteinte rénale spécifique qui pourrait reconnaître plusieurs mécanismes :

-          Fonctionnel : fièvre, déshydratation, troubles digestifs, décompensation d’une insuffisance rénale chronique chez des patients polyvasculaires et polymédiqués)

-          Iatrogène, hémodynamique ou immunoallergique (AINS…)

-          Spécifique indirect (rhabdomyolyse et précipitation tubulaire, néphropathie à immuns-complexes) ou direct (atteinte tubulo-intertitielle et effet cytopathogène direct, mise en évidence du virus in situ ?

 

4.2.2.7) Décompensations d’états pathologiques antérieurs : insuffisance rénale, respiratoire, cardiaque, diabète…

 

4.2.2.8) Myocardites et péricardites

 

4.2.3) Formes émergentes de l’enfant et du nouveau-né

 

4.2.3.1) Encéphalites chez l’enfant : 1 cas documenté avec décès d’une enfant de 9 ans. Trois références anciennes dans la littératures dont une série de 12 enfants atteints d'encéphalite avec un mort et deux séquelles neurologiques [20, 34].

 

4.2.3.2) Epidermolyse bulleuse chez l’enfant et infection à Chikungunya (ROBIN) et dermatoses bulleuses

A la suite de l’augmentation de l’incidence des éruptions bulleuses graves chez l’enfant, contemporaine du pic épidémique, une étude a été menée [28] chez tous les enfants âgés de 1 mois à 18 ans, hospitalisés au CHD, présentant une éruption bulleuse étendue, sur plus de 10% de la surface corporelle selon l’échelle de Lund et Browder. De début décembre à début mars, 13 enfants (5 filles, 8 garçons), âge moyen : 3,23 mois (1-5,5). Séquence observée : fièvre érythème, oedèmes des extrémités, bulles (délai moyen 2,5 jours après début de la fièvre). Caractéristiques de l’éruption bulleuse : évolution ascendante, membres inférieurs puis membres supérieurs, siège et tronc, parfois visage, souvent prurigineuse. Atteinte endobuccale (aphtes et gingivite) dans 4 cas. Traitement : immunoglobulines intraveineuses dans 10 cas devant l’évolution extensive du décollement. Evolution favorable sans décès. Evolution cutanée favorable sans greffe. Lésions hypopigmentées séquellaires à 1 mois. Desquamation des extrémités observée à 15 jours, et hyperpigmentation du nez (non spécifiques). Résultats biologiques : RT-PCR chikungunya positive dans le liquide de bulle chez 6 enfants sur 8. RT-PCR chikungunya dans le sang positive chez 6 enfants sur 8. Sérologie sanguine Chikungunya positive en IgM chez tous les enfants déjà revus à 1 mois (9 enfants). Anatomo-pathologie : Immunofluorescence sur les biopsies de bulle en faveur d’un processus immuno-allergique.

La recherche d’une éventuelle relation entre la prise d’ibuprofène et l’existence d’une dermatose bulleuse chez les enfants atteints du Chikungunya n’a pas permis d’établir de relation significative entre Ibuprofène et dermatose bulleuse [29]. Cette étude a porté sur 120 enfants âgés de 1 à 12 mois, 11 cas de dermatose bulleuse (9,2%), aucun syndrome de Lyell, les 5 RT-PCR sur prélèvement de bulle ont toutes été positives. Cette étude conclue que l’isolement du génome viral dans les bulles est plutôt en faveur d’un mécanisme lésionnel primitivement viral et qu’il paraît abusif de contre-indiquer l’Ibuprofène chez les jeunes patients atteints du Chikungunya.

 

4.2.3.3) Méningo-encéphalites néonatales.

Une étude sur l’épidémiologie et la clinique des formes néonatales de chikungunya dans le sud de la Réunion [30] dénombre 18 infections materno-néonatales confirmées par la RT-PCR ou des IgM+ (sur 151 femmes enceintes), 10 nouveau-nés ont eu une forme grave : 7 encéphalopathies dont 4 avec convulsions cliniques, 4 états de choc (vasoplégie intense, 2 sepsis associés), 4 CIVD (3 associées à un choc, 1 isolée). Cette étude permet de conclure que :

- 90% des CHIK maternels pendant la grossesse semblent sans conséquences immédiates cliniquement évidentes pour le nouveau-né,

- l’accouchement en période de virémie maternelle semble à haut risque pour le nouveau-né, d’où intérêt d’étudier les mécanismes de transmission verticale per et pre partum et les facteurs de risque,

- les formes asymptomatiques ou paucisymptomatiques existent et restent à évaluer,

- les séquelles sont possibles et semblent liées, soit au neurotropisme du virus, soit aux complications (CIVD), d’où la nécessité d’étudier le devenir des nouveau-nés infectés en per ou pre partum

 

4.2.3.4) Myocardites et péricardites (atteintes coronariennes chez le nouveau-né)

 

4.2.3.5) Signes cliniques chez le nouveau-né : fièvre, douleurs importantes se traduisant par des troubles du comportement (prostration), troubles de la déglutition avec refus du sein ou du biberon, éruptions cutanées diverses, oedème très important des articulations. L'impossibilité de téter pourrait être en rapport avec une arthrite temporo-maxillaire.

 

4.2.3.6) Signes cliniques chez l’enfant : cris aigus, modification du comportement, convulsions, éruptions cutanées (érythrodermie, éruptions bulleuses, éruptions brunâtres), gonflement des articulations, plus grande fréquence de naissances prématurées, signes digestifs (perte d'appétit, selles liquides). Au plan des examens biologiques : thrombopénie (diminution du nombre des plaquettes dans le sang), abaissement du temps de prothrombine, coagulopathie de consommation, positivité de la PCR dans le LCR même chez des enfants sans signes méningés.

 

4.2.4) Formes émergentes de la femme enceinte

 

4.2.4.1) Avortements au cours du second trimestre. Sur 1296 grossesses suivies du 1er décembre 2005 au 28 février 2006, ont été notées 23 pertes fœtales, parmi 7 morts in utero (MIU) post infection à chikungunya maternelles entre les semaines 12 et 18. Trois MIU ont été directement imputables au virus avec positivité de la RT-PCR chez le fœtus et négativité chez la mère.

 

4.2.4.2) La transmission maternofoetale. La transmission materno-fœtale est connue pour le West Nile (2002 CDC), [31]. L’encéphalite est et nord-américaine (depuis 1953 et 1959) le virus Getah chez les mammifères. Une étude [32] sur toutes les naissances depuis fin septembre 2005 recense 151 infections de femmes enceintes par le chikungunya, au-delà de 22 semaines d’aménorrhée, sur 3192 grossesses (5 %), dont 33 infections per-partum. 18 nouveaux-nés ont été infectés sur 33 (54%).

Les cas observés se situent lors de l’accouchement en période virémique. L’infection est apparue de J3 à J7, avec des manifestations neurologiques, une thrombopénie, avec 70 % de PCR positive, 50 % de nouveaux-nés symptomatiques et 10 % d’admission en réanimation pour méningo-encéphalites néonatales (série non publiée sur 100 accouchements en phase virémique). D’importantes lésions sont visualisées en IRM. Il n’a pas été observé à ce jour de malformations physiques. La césarienne ne semble pas avoir une action protectrice vis à vis de l’infection de l’enfant, sauf en cas de lésions bulleuses vulvaires chez la mère. Il s’agit d’une transmission per partum, les cellules placentaires étant infectées. En matière d’allaitement maternel et bien que les premières études n’aient pas permis de retrouver le virus dans le lait, il est préconisé par principe de précaution pendant la période de virémie, de tirer le lait et de le porter à ébullition ou de le jeter transitoirement.

 

4.3) Infections asymptomatiques. Deux études conduites à La Réunion retrouvent pour l’une : un taux de 2.5%, parmi 117 personnes (A. Michault; F. Staïkowsky, Groupe hospitalier Sud Réunion, données non publiées, février 2006) et pour l’autre un taux de 10 à 15 % (X. Fritel et al. , données provisoires non publiées, février 2006).

 

 

5) Diagnostic différentiel

 

En l’absence de confirmation sérologique ou par RT-PCR, le diagnostic se pose avec de nombreuses autres affections  :

-          les autres fièvres algo-éruptives, dont les arboviroses, selon le lieu de contamination. La co-circulation avec des virus de la dengue existe (Ex : côtes de Madagascar)

-          le paludisme, la coexistence des deux infections est possible (Ex : côtes de Madagascar)

-          les affections spécifiques de certains organes : hépatites, méningo-encéphalites, syndrome de Guillain-Barré, dermatoses bulleuses, myocardites, péricardites…

-          la leptospirose

-          un sepsis banal ou sévère…

-          à distance de la phase aiguë avec les arthropathies chroniques.

 

 

6) Modalités du diagnostic biologique de l’infection CHK

 

6.1) Diagnostic spécifique

6.1.1) RT-PCR en phase virémique (J moins 1 à  J 7). In vitro, sa sensibilité serait à 5000 copies d’ARN (H. Tolou, IMTSSA Marseille, données non publiées).

6.1.2) Sérologie : IgM à partir du 4-5e jour, persistance pendant plusieurs semaines ou mois. IgG à partir du 15e jour, persistance pendant plusieurs années. Possibilité faux-positifs avec les IgM de la dengue, par stimulation polyclonale.

6.1.3) Un kit de détection du Chikungunya basé sur la technologie NucliSens EasyQ (NASBA en temps réel) est en cours de développement. C'est un test qui permet l'amplification et la détection des ARN chikungunya en 90 minutes (il faut rajouter 90 min pour obtenir l'ARN à partir de l'échantillon biologique). Les premiers tests sur des dilutions de surnageants de cultures sont concluants, mais le test n’a pas été encore validé sur des échantillons cliniques. La technologie NASBA en temps réelle fonctionne bien sur les virus ARN : HIV, RSV, hMPV, entérovirus, et tout récemment Influenza H5N.

 

6.2) Diagnostic non spécifique

Il existe d’importantes modifications des taux sanguins de lymphocytes et de plaquettes en phase aiguë d’infection par le virus CHK Une étude rétrospective utilisant les résultats des examens biologiques a été effectuée du 9 janvier au 15 mars 2006 sur des patients chez lesquels une recherche directe de virus par RT PCR a été pratiquée quelque soit le motif d’hospitalisation [33]. Ont été exclus les patients hospitalisés dans les services d’hématologie oncologie et les immunodéprimés. La population de patients positifs est comparée à celle des patients négatifs. La phase aiguë de l’infection par le virus CHK s’accompagne dans le sang veineux d’une lymphopénie importante chez les sujets de plus de 2 ans. Cette lymphopénie semble toucher toutes les sous-populations lymphocytaires. Sa durée courte chez l’enfant est variable chez l’adulte. Il existe également une diminution plus modérée voire très modérée chez les enfants de moins de 2 ans du chiffre des plaquettes. Quel est le mécanisme de ces cytopénies ? Diminution  de la production, diminution de la durée de vie, stimulation de l’apoptose ? Ont-elles un lien avec l’expression clinique de cette virose ?

On note par ailleurs l’absence d’anémie. La C-Réactive Protéine est le plus souvent inférieure à 50 mg/litre. Il y a une élévation fréquente des transaminases.

 

 

7) Prévention


Il existe un vaccin vivant atténué, développé à partir d’une souche thaïlandaise des années 60, par le Walter Reed institute (Armée USA). Ce vaccin fait l’objet d’une requalification avant les essais de phase 2 rapide (France, USA) puis de phase pratique prévue à la fin 2006 ou au début 2007. Dans 8 % des cas, ce vaccin a occasionné des arthropathies très fugaces chez des hommes jeunes en bonne santé.

 

Au niveau individuel, la prévention passe préférentiellement par l’utilisation de moyens de protection physiques (vêtements, moustiquaires…). L’utilisation de répulsifs est recommandée avec des précautions à respecter chez la femme enceinte et l’enfant de moins de 12 ans (dans ce cas, il est indispensable de prendre conseil auprès d’un médecin ou d’un pharmacien). Chez le nouveau-né de moins de trois mois, il est recommandé de n’utiliser aucun produit répulsif et de privilégier l’emploi de moustiquaires imprégnées.

 

Au niveau communautaire, des actions de lutte contre le vecteur diurne et urbain doivent être mises en œuvre [35] :

- réduction du nombre de gîtes larvaires par suppression de toutes les réserves d'eau stagnante dans et à proximité des maisons et, lorsque cette suppression n’est pas possible, par application de traitements larvicides, dont le biopesticide : Bacillus thuringiensis israelensis.

- en zone infectée, lutte contre le vecteur adulte grâce à l’épandage aérien d’insecticide à visée

adulticide (organophosphorés ou pyréthrinoïdes de synthèse).

 

8) Traitement

 

Il n’existe pas de traitement anti-viral spécifique. Des essais cliniques sont actuellement menés à La Réunion, en population [35].

Le traitement est uniquement symptomatique : antalgiques non salicylés, dont le paracétamol en première intention, anti-inflammatoires non stéroïdiens dans le respect des contre-indications (enfant de moins de 3 mois, grossesse), corticoïdes à doses rapidement dégressives dans les formes chroniques invalidantes, avec parfois rebond en deçà d’un certain seuil. Certains traitements empiriques (chloroquine), n'ont pas fait la preuve de leur efficacité [36].

Traitement en milieu de réanimation pour les formes les plus graves : ventilation mécanique, épuration extra-rénale, amines pressives ...

 

9) Conclusion

 

Le CHK est  une maladie émergente à La Réunion, qui avait déjà connu des épidémies de dengue (1978, 2004) [37-40] et dans l’Océan indien Des formes cliniques émergentes y sont décrites qui ne permettent plus de retenir le caractère bénin de la maladie. De plus, le caractère récidivant et invalidant des arthropathies [29], dont la physiopathologie n'est pas élucidée, est un fait marquant de l'infection à CHK [30].

 

 

 

Figure 1 : Virus chikungunya (Photo : Marion Sourisseau, Marie-Christine Prévost, Olivier Schwartz, Institut Pasteur Paris).

 

 

Figure 2 : Modélisation tridimensionnelle de la protéine d’enveloppe E1 du virus Chikungunya. La mutation en position 226, indiquée par l’étoile blanche, pourrait expliquer une adaptation particulière au moustique vecteur Aedes albopictus

 


Documents produits à La Réunion
 

Repères pour la pratique (DRASS)

Chikungunya et grossesse : recommandations

Prise en charge de la douleur

Les insecticides

Les répulsifs

BEH numéro spécial

 

 

Références 

 

1) An epidemic of virus disease in Southern province Tanganyika territory, in 1952-1953 : clinical features.

Robinson M.C. Trans. R. Soc. Trop. Med. Hyg., 1955, 49, 28-32.

 

2) Recherche sur le virus Chikungunya au Congo Belge. Isolement du virus dans le Haut-Uèlè.

Osterrieth P., Blanes-Ridaura G Ann. Soc. Belge Med. Trop., 1960, 4 ; 199-203.

 

3) An epidemic of Chikungunya in south-eastern Rhodesia.

Mc Intosh B.M., Harwin R.M., Paterson H.E, Westwater M.L.Cent. Afr. Med. J., 1963, 43, 351-359. 

 

4) Une forme épidémique due au virus Chikungunya dans l’ouest du Sénégal en 1982.

Saluzzo J.P., Cornet M., Digoutte J.P Dakar Med., 1983, 28, 497-500.

 

5) Arboviroses humaines au Burundi : résultats d’une surveillance séro-épidémiologique 1980-1982.

Rodhain F., Carteron B., Laroche R., Hannoun C Bull. Soc. Path. Exot., 1987 ; 80, 155-161.

 

6) Infections humaines par le virus Chikungunya à Rufisque (Sénégal), octobre-novembre 1966.

Roche S., Robin Y. Bull. Soc. Path. Exot., 1967, 12, 490-496.

 

7) Epidémies à virus Chikungunya en 1996 et 1997 au Sénégal.

Thonnon J., Spiegel A., Diallo M. et coll. Bull. Soc. Path. Exot., 1999, 92, 79-82.

 

8) Vectors of the Chikungunya virus in Senegal : current data et transmission cycle.

Diallo M., Thomson J., Traore-Lamizana M., Fontenille D. Am. J. Trop. Med. Hyg., 1999, 60, 281-286.

 

9) Epidémies à virus Chikungunya en 1999 et 2000 en République Démocratique du Congo.

Muyembe-Tamfum J.J., Peyrefitte C., Yogolelo R. et coll Med. Trop., 2003, 63, 637

 

10) Etats fébriles et virus Chikungunya en Côte d’Ivoire de 1995 à 2002.

Akoua-Koffi C., Akran V., Tiéoulou L. et coll.  Med. Trop., 2004, 64, 204.

 

11) Human infection in Cambodia with Chikungunya or closely related. Epidemiology. Chastel C. Bull. Soc. Path. Exot., 1964, 57, 64.

 

12) Chikungunya infection : an emerging disease in Malaysia.

Lam S.K., Chua K.B., Hooi P.S. et coll. Southeast Asian. J. Trop. Med. Public Health, 2001, 32, 447-451.

13) Problèmes posés par l’expansion d’Aedes albopictus.
Rodhain F. Bull. Soc. Path. Exot.. 1996 ; 89, 137-141.

 

14) Infection par le virus Chikungunya à l’île de La Réunion.

Bulletin épidémiologique hebdomadaire. Numéro hors série du 31 janvier 2006.

 

15) Acute neurologic and sensorial disorders in dengue and Chikungunya fever.

R. Mazaud, J. Salaun, H. Montabone, P, Courbe, R, Bazili. Bull Soc Pathol Exot. 1971 ; 64(1) : 22-30.

 

16) A destructive arthropathy following Chikungunya virus arthritis : a possible association.

Brighton S.W. Simson I.W. Clin. Rheum., 1964, 3, 253-258.

 

17) Arthrites virales exotiques : place des alphavirus.

Jeandel P., Josse R., Durand J.P. Med. Trop., 2004, 64, 81-88 

 

18) Situation et enjeux sanitaires à l'île de La Réunion en 2005.

Catteau C., Sissoko D., Gaüzère B-A., Aubry P. Med. Trop., 2005, 65, 515-524.

 

19) Hépatite fulminante associée au virus Chikungunya : à propos d’une observation à l’île de La Réunion. Binois F, Amor L. Bull. Soc. Path. Exot. T.99, 2006, n° 2, sous presse.

 

 

20) Hépatites aiguës graves lors de l’infection à virus chikungunya (CHK) : à propos de cinq cas en service de réanimation à Saint-Denis de la Réunion. Reboux A.H, Lebrun G, Garnier P, Drouet D, Pac-Soo A.M, Lefort Y, Schlossmacher, O. Martinet, Gaüzère B-A. Bull. Soc. Path. Exot. T.99, 2006, n° 2, sous presse

 

21) Hépatites aiguës sévères lors d’une infection par le virus Chikungunya à l’île de la Réunion : à propos de 14 observations. PP Garnier1, E Blanchet2, S Kwiatek1, A Reboux3, B-A Gaüzere3, JP Becquart1. Bull. Soc. Path. Exot. T.99, 2006, n° 2, sous presse

 

22) Méningo-encéphalites graves de l’adulte au cours de l’infection à Chikungunya : à propos de 5 cas à La Réunion (Océan indien). Martinet O,,Tournebize P, Gaüzère B-A, Winer A, Gras G, Boisson V, Jaffar-Bandjee M.C, El Hadj Faye A . Bull. Soc. Path. Exot. T.99, 2006, n° 2, sous presse

 

23) Méningo-encéphalites à Virus Chikungunya : à propos d’un cas à La Réunion (Océan Indien).

Gras G, Martinet O, Gaüzère B-A, Schlossmacher P, Collignon B, Jaffar-Bandjee M C, Schlossmacher P, Knezynski M, Pac-Soo AM, Drouet D, Lefort Y. Bull. Soc. Path. Exot. T.99, 2006, n°1.

 

24) Un syndrome de Guillain-Barré grave lors de l’infection par le virus Chikunguny à La Réunion (Océan Indien).Lebrun G, Reboux A.H, Drouet D, Pac-Soo A.M, Lefort Y, Schlossmacher, O. Martinet, Gaüzère B-A. Bull. Soc. Path. Exot. T.99, 2006, n° 2, sous presse

 

25) Chikungunya et œil

Roche Ph - Villeroy F. Bull. Soc. Path. Exot. T.99, 2006, n° 2, sous presse

 

26) Peau et Chikungunya

B. Lamey, S. Fite, J. Rahmani. Bull. Soc. Path. Exot. T.99, 2006, n° 2, sous presse

 

27) Rein et chikungunya

Th. Bachelet, B. Bourgeon, J-P Rivière. Bull. Soc. Path. Exot. T.99, 2006, n° 2, sous presse

 

28) Dermatoses bulleuses graves chez l’enfant lors d’une épidémie de chikungunya a la Réeunion : a propos de 13 cas. S. Robin, D. Ramful, J. Zettor, S. Robert, J. Marichy, L. Benhamou, M-C. Jaffar, H. Walters, P. Nyombe. Bull. Soc. Path. Exot. T.99, 2006, n° 2, sous presse

 

29) Absence de relation entre prise d’ibuprofène et dermatose bulleuse chez les enfants atteints du Chikungunya ? Herbin G, Houdon-Nguyen L, Gérardin P, Michault A, Istria N, Prouhet JG, Renouil M. Bull. Soc. Path. Exot. T.99, 2006, n° 2, sous presse

 

30) Epidémiologie et clinique des formes néonatales de chikungunya dans le sud de la Réunion 

Patrick Gérardin, Brahim Boumahni, Cécile Duvant, Yann Lenglet, Magali Carbonnier, Pierre–Yves Robillard, Georges Barau, Alain Michault, Marc Bintner, Alain Fourmaintraux. Bull. Soc. Path. Exot. T.99, 2006, n° 2, sous presse

 

31) Chastel C Bull. Soc. Path. Exot., 1963 ; 56, 892-915

 

32) Infection maternelle à chikungunya et mort fœtale in utero

Y.Touret, H. Randrianaivo, A.Michault, I. Schuffenecker, E. Kauffmann*, Y. Lenglet, G. Barau, A. Fourmaintraux

 

33) Modifications des taux sanguins de lymphocytes et de plaquettes en phase aiguë d’infection par le virus Chikungunya. Jean Claude Saly. Bull. Soc. Path. Exot. T.99, 2006, n° 2, sous presse

 

34) Carey D.E et al. Tr. Roy. Soc. Med. Hyg. 1969, 63, 434-445.

 

35) Arbovirus, arenavirus et autres virus.

Chastel C., in F. DENIS "Les Virus Transmissibles de la mère à l'enfant", 1999, P. 365-394

 

36) OMS. Rencontre internationale sur la démoustication : recommandations.

Weekly Epidemiol. Rev., 2000, 75, 173-175

 

36) New concepts with the antiviral effects of chloroquine.

Savarino A et Coll. Lancet infectious diseases, 2006, 6, 67-68.

 

37) Chloroquine phosphate treatment of chronic Chikungunya arthritis. An open pilot study.

Brighton SW.: S Afr Med J. 1984 Aug 11; 66 (6) : 217-8.

 

38) Enquêtes sérologiques concernant les arvoviroses à Flaviviridae sur l’île de La Réunion.

Kles V., Michault A., Rodhain F., Mavel T., Chastel C Bull. Soc. Path. Exot., 1994 ; 87, 71-76.

 

39) Dengue, arboviroses et migrations dans l’Océan indien.

Zeller HG. Bull Soc Pathol Exot 1998; 91 : 56-60.


40) Fièvre jaune, dengue et autres arboviroses. Rodhain F. Encycl. Med. Chir. (Editions Scientifiques et Médicales Elsevier, Editions SAS, Paris, tous droits réservés), Maladies infectieuses, 8-062-A-10, 2001, 19 p.

 

41) Chikungunya virus infection. A retrospective study of 107 cases.

S.W. Brighton, O.W.Prozesky, A.L. De La Harpe. S Afr Med J. 1983 Feb 26 ; 63(9) : 313-15

 

42) Sindbis-Group alphavirus replication in periostum and endosteum of long bones in adult mice.

M.T HeiseD.A Simpson, R. E Johnston. Journal of Virology, Oct. 2000, p. 9294-9229

 

Abstracts présentés à l’ECEID, Congrès sur les maladies émergentes, Atlanta, 21 mars 2006

 

- Molecular Analysis of Chikungunya Virus Strains From the Kenya and Comoros Island Outbreaks.

K. M. Njenga, L. M. Nderitu, R. Breiman, R. Sang;

- Outbreak of Chikungunya in Lamu, Kenya, 2004 S. Bedno, C. Onyango, C. Njugun, R. Sang, S. Gaydos, K. Sergon, C. Nzioka, R. Breiman;

- Eco-Climatic Precursors to Large Chikungunya Outbreaks in Kenya and Comoros, 2004-2005. J. Chretien, S. Bedno, A. Anyamba, R. Breiman, C. Njuguna, R. Sang, K. Sergon, A. Powers, M. Ball, C. Onyango, J. Small, K. Linthicum, C. Tucker

- Epidemic Chikungunya Virus in the Union of Comoros, 2005: Entomologic Investigations. R. Sang O. Ahmed, O. Faye, C. Kelly, A. Ahaya, K. Sergon, J. Brown, N. Agata, Y. Allerangar, M. Ball, R. Breiman, B. Mille, A. Powers.

 

Genome Microevolution of Chikungunya Viruses Causing the Indian Ocean Outbreak.

Schuffenecker I, Iteman I, Michault A, Murri S, Frangeul L, Vaney MC, Lavenir R, Pardigon N, Reynes JM, Pettinelli F, Biscornet L, Diancourt L, Michel S, Duquerroy S, Guigon G, Frenkiel MP, Brehin AC, Cubito N, Despres P, Kunst F, Rey FA, Zeller H, Brisse. PLoS Med. 2006 May 23;3(7)

 

Chikungunya outbreaks caused by African genotype, India. Emerg Infect Dis [serial on the Internet]. 2006 Oct).Yergolkar PN, Tandale BV, Arankalle VA, Sathe PS, Sudeep AB, Gandhe SS, et al.

 
 
Pour en savoir plus

 

Le meilleur site sur le sujet

www.Chikungunya.net

 

Agence régionale de l'hospitalisation de La Réunion

www.parhtage.sante.fr/re7/re/site.nsf

Site Santé de La Réunion

www.reunioncapsante.net

 

INVS (Institut de Veille Sanitaire)

www.invs.sante.fr

 

Observatoire Régional de la Santé de La Réunion

www.orsrun.net

 

Union Régionale des Médecins Libéraux de La Réunion

www.urml-reunion.net

 

Site du ministère de la Santé et des Solidarités.

www.sante-gouv.fr

 

Société de Pathologie Exotique

socpatex@pasteur.fr

 

L'Institut Pasteur

www.pasteur.fr

 

Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS)

www.cnrs.fr/sdv/dept/Chikungunya.pdf

 

Institut de Recherche pour le Développement.

www.ird.fr