|
Les Conférences de Consensus © SNFGE,
1998 |
INTRODUCTIONEn France, le cancer colorectal (CCR) est le plus fréquent des cancers
dans l'ensemble de la population. Les données d'incidence fournies par le
réseau français des registres de cancers permettent d'estimer à 33 500
environ le nombre de nouveaux cas par an dont 21 500 (65%) sont des
cancers du côlon (CC). Le taux d'incidence du CC a augmenté régulièrement de 1970 à 1990 ; il
semble actuellement se stabiliser. En revanche, le taux de décès est resté
stable durant les 20 dernières années. Le pronostic s'est donc amélioré.
Le taux de survie brute à 5 ans en France est estimé à 41%, le taux de
survie relative
*1 à 53%. Selon les données d'autopsie, un tiers de la population est porteur
d'un adénome à l'âge de 65 ans. Sur 1000 adénomes, 100 atteindront la
taille de 1 cm et 25 deviendront des cancers dans un délai de 10 à 20 ans.
Outre la taille, le risque de transformation dépend de la structure
histologique. La présence de foyers cancéreux dans les adénomes tubuleux
est de 1,3%, de 11,6% dans les adénomes tubulo-villeux et de 14,4% dans
les adénomes villeux. Il arrive exceptionnellement (0,3%) que des adénomes
de petite taille subissent directement une transformation
cancéreuse.
Un peu moins de 1% des CCR sont dus à la Polypose Adénomateuse
Familiale (PAF). Selon les études, 1 à 5% des CCR sont des cancers
héréditaires sans polypose (HNPCC), nouvelle dénomination du syndrome de
Lynch. Durant cette Conférence, le jury a répondu aux 6 questions suivantes
: QUESTION 1LA PREVENTION PRIMAIRE DU CANCER COLORECTAL EST-ELLE POSSIBLE ? QUESTION 2LE DEPISTAGE DU CANCER COLIQUE EST-IL POSSIBLE ET UTILE ? QUESTION 3QUELLES SONT LES EXPLORATIONS UTILES AU DIAGNOSTIC ET A LA DECISION THERAPEUTIQUE ? QUESTION 4QUELS SONT LES STANDARDS DU TRAITEMENT A VISEE CURATIVE ? QUESTION 5QUE FAIRE APRES EXERESE A VISEE CURATIVE D'UN CANCER DU COLON ? QUESTION 6QUEL
TRAITEMENT PROPOSER DANS LES CANCERS COLIQUES LOCALEMENT AVANCES ET/OU
METASTATIQUES ? Les deux premières questions relatives à la prévention et au dépistage
concernent le CCR dans son ensemble. Les quatre dernières questions
relatives au diagnostic, au pronostic, à la surveillance et au traitement
concernent le côlon à l'exclusion du rectum. Le cancer du rectum a fait
l'objet d'une Conférence de Consensus, les 1 et 2 décembre 1994, dont les
conclusions ont été publiées en 1995.
Auteurs et partenairesQuestion 1 - La prévention primaire du cancer colorectal est-elle possible ?Les études expérimentales et épidémiologiques suggèrent le rôle de facteurs d'environnement dans la survenue du CCR.
1) Rôle de l'alimentation :Les résultats des études cas-témoins et de cohorte sont discordants. L'effet néfaste des viandes et des graisses n'a été observé que dans une minorité d'études. L'effet protecteur des légumes et l'effet néfaste d'un apport excessif de calories sont les faits les mieux établis. Les études d'intervention sur les vitamines anti-oxydantes n'ont pas montré d'effet protecteur. Celles concernant les fibres alimentaires sont en cours. Un effet protecteur de l'activité physique a été mis en évidence.
Recommandations :Compte-tenu du niveau de preuves actuelles, les recommandations ne
peuvent se limiter qu'à des conseils d'hygiène générale : augmentation de
la consommation de légumes, réduction globale des apports caloriques et
augmentation de l'activité physique.
2) Aspirine et anti-inflammatoires non stéro&iumel;diens non salicylés (AINSNS) :L'effet protecteur de l'aspirine et des AINSNS, suggéré par des études
de cohortes de malades atteints de polyarthrite rhumato&iumel;de, a
été confirmé par l'expérimentation animale. Les anti-inflammatoires non
stéro&iumel;diens bloquent l'initiation et la croissance des adénomes.
Des études épidémiologiques (de cas-témoins et de cohorte) ont montré
qu'une prise prolongée pendant 10 à 20 ans est nécessaire pour que l'effet
apparaisse ; il n'est que suspensif et disparaât à l'arrêt de la prise du
produit.
Recommandations :Le jury estime que le niveau de preuves est actuellement insuffisant et
les effets secondaires potentiels trop importants pour recommander la
généralisation de la prise d'aspirine comme méthode de prévention du CCR
ou des AINSNS dans les adénomes sporadiques et la PAF.
Question 2 - Le dépistage du cancer colique est-il possible et utile ?1) Dépistage chez les sujets à risque moyenDeux études contrôlées et randomisées réalisées dans la population générale chez des personnes âgées de 45 à 74 ans, ont démontré qu'un programme de dépistage basé sur le test Hemoccult II® répété tous les deux ans et suivi de coloscopie en cas de positivité, peut diminuer la mortalité par CCR de 15 à 18%, 8 à 10 ans après sa mise en place. Une étude semblable est en voie d'achèvement en Bourgogne. Le test Hemoccult II® permet de dépister environ 50% des cancers et 20% des adénomes de plus de 1cm. Pour obtenir ces résultats ainsi qu'une valeur prédictive positive acceptable, le test Hemoccult II® doit être réalisé dans le cadre d'un programme régulièrement évalué ; sa lecture doit être centralisée et effectuée par des équipes entraânées. La participation de la population concernée doit être d'au moins 50% et maintenue pendant toute la durée du programme. Pour atteindre cet objectif, la collaboration des médecins généralistes et des médecins du travail est indispensable. La rectosigmo&iumel;doscopie souple et la coloscopie totale ont une sensibilité élevée, mais ne satisfont pas aux critères d'acceptabilité et d'innocuité d'un test de dépistage de masse.
Recommandations :Le dépistage du CCR est possible par la recherche de saignement occulte
dans les selles, dans le cadre de campagnes de dépistage de masse soumises
à des conditions strictes de réalisation. Son efficacité pour les sujets à
risque moyen ne pourra être définitivement affirmée en France qu'après
l'examen des résultats de l'étude bourguignonne et après la démonstration
de sa faisabilité par des études pilotes. Il est conseillé de les réaliser
rapidement dans des départements aptes à respecter un cahier des charges
précis, et de préférence là où il existe un registre du cancer. La demande individuelle formulée par un patient doit être appréciée dans le cadre de la relation médecin-malade, en fonction des facteurs de risque. Elle ne relève en aucun cas du dépistage.
2) Surveillance des sujets à risque très élevé ou élevéRisque très élevéLes sujets appartenant à une famille atteinte de PAF ou de CCR
héréditaire sans polypose (HNPCC) sont potentiellement à risque très
élevé. Ces maladies sont identifiées cliniquement et sont transmises sur
le mode autosomal dominant. Les techniques de biologie moléculaire peuvent
permettre d'identifier les mutations constitutionnelles délétères. 1% des
CCR sont atteints de PAF et 1 à 5% de HNPCC. Cette dernière maladie est
identifiée par la réunion des trois critères d'Amsterdam : 1) trois sujets
sont atteints de CCR dont l'un est uni aux deux autres par un lien de
parenté au premier degré , 2) deux générations successives sont
concernées, 3) chez un des malades, le diagnostic d'un CCR a été porté
avant l'âge de 50 ans.
Recommandations :Elles sont fondées sur des consensus d'experts et de rares études contrôlées :
La surveillance des autres cancers digestifs ou des voies urinaires ne fait pas l'objet de consensus clair du fait de leur moindre fréquence.
Risque élevé15 à 20 % de patients atteints de CCR sporadique ont eu un parent atteint. Un seul cas de CCR chez un parent au 1er degré (parent, fratrie, enfant) multiplie le risque personnel par 2. Cependant :
Deux études suggèrent que les sujets ayant un parent au premier degré
atteint d'adénome de taille supérieure à 1 cm ou d'adénome diagnostiqué
avant l'âge de 60 ans ont un risque relatif de CCR multiplié par 2.
Recommandations :
Sujets à risque élevé du fait d'antécédents personnels Recommandations :
Question 3 - Quelles sont les explorations utiles au diagnostic et à la décision thérapeutique ?La coloscopie permet le diagnostic du cancer, des lésions associées et l'exérèse des adénomes. Sa sensibilité (95%) et sa spécificité sont supérieures à celles du lavement baryté en double contraste. Elle est contre-indiquée dans les syndromes occlusifs aigus. Cependant lorsque la coloscopie est contre-indiquée, de réalisation difficile ou incomplète (sujets âgés, patients avec pathologies multiples), le lavement opaque garde toute sa place.
Recommandations :La coloscopie est l'examen de référence. Il est indispensable d'obtenir
en pré ou post-opératoire (en ce cas dans les 3 à 6 mois suivant
l'intervention), une exploration colique complète, avec diagnostic et
traitement par exérèse endoscopique des adénomes
existants. Le bilan préthérapeutique débute par l'étape clinique (antécédents
personnels et familiaux de CCR, d'adénomes et d'autres cancers, examen
clinique). Les examens biologiques dont l'antigène carcino-embryonnaire
(ACE) ne modifient pas l'attitude thérapeutique. L'échographie abdominale
pour la recherche de métastases hépatiques (MH) et la radiographie
pulmonaire sont les deux examens paracliniques à réaliser. La
tomodensitométrie (TDM) et l'imagerie par résonance magnétique (IRM) ne
peuvent pas être des examens de première intention malgré l'amélioration
de leurs performances.
Recommandations :Le bilan pré-thérapeutique standard à effectuer, en l'absence de signe clinique évocateur de métastases à distance, est limité à :
Question 4 - Quels sont les standards du traitement à visée curative ?TRAITEMENT CHIRURGICAL1) Le traitement chirurgical électif : les règles carcinologiques n'apparaissent pas toujours consensuelles dans les pratiques.
Recommandations :
2) Chirurgie en situation d'urgence : plusieurs éléments interviennent
dans la décision : état général des patients, pronostic carcinologique,
expérience du chirurgien en chirurgie colorectale. Une intervention
différée de quelques heures peut être préférable à une intervention en
urgence lorsque les conditions optimales (équipe, préparation) ne sont pas
réunies.
Recommandations :
Recommandations :
LES FACTEURS DE PRONOSTIC UTILES A LA DECISION THERAPEUTIQUE :1) Les facteurs histo-pronostiques déterminants sont : le niveau
d'invasion de la tumeur dans la paroi, l'extension ganglionnaire (dont
l'importance est majeure pour la décision de traitement adjuvant) et le
caractère complet ou non de l'exérèse chirurgicale. 2) L'évaluation de la maladie résiduelle relève d'une synthèse entre les comptes rendus opératoire et histologique. 3) Les anomalies génétiques détectables par les techniques de biologie
moléculaire sont en cours d'évaluation. Recommandations :1) L'étude anatomopathologique de la pièce d'exérèse est capitale pour
l'évaluation du pronostic et la décision thérapeutique. Les éléments
figurant dans la conclusion de l'examen anatomopathologique doivent
préciser l'état des limites d'exérèse chirurgicales, le type histologique
du cancer, son niveau d'invasion pariétale et le nombre de ganglions
métastatiques selon la classification TNM.
LES TRAITEMENTS ADJUVANTS :a) chimiothérapie adjuvante systémique : elle est envisagée après
chirurgie à visée curative. Recommandations :1) Une chimiothérapie adjuvante de 6 mois par FUFOL doit être réalisée
au stade III UICC (Dukes C) chaque fois qu'il n'y a pas de
contre-indication. Elle doit débuter dès que l'état du patient le permet,
en tout cas avant le 35ème jour post-opératoire.
Question 5 - Que faire après exérèse à visée curative d'un cancer du côlon ?Cette question concerne l'adénome transformé et le CC réséqués à titre curatif. 1) Exérèse d'un adénome transforméOn entend par adénome transformé (6% des CCR) tout adénome contenant un
foyer localisé ou étendu d'adénocarcinome quel que soit le niveau
d'infiltration. Si celui-ci ne dépasse pas la musculaire muqueuse, il
s'agit d'un carcinome intra-muqueux. Au-delà de la musculaire muqueuse, il
s'agit d'adénocarcinome invasif. Le risque d'extension ganglionnaire ou
métastatique n'existe pas pour les carcinomes intra-muqueux. Recommandations :
Surveillance après exérèse curative d'un cancer du côlon ?
En l'absence d'étude randomisée démontrant son efficacité,
l'utilisation de l'ACE n'est pas recommandée et reste optionnelle en
attendant le résultat des essais thérapeutiques. Les autres examens
biologiques sont sans intérêt. Recommandations :
Question 6 - Quel traitement proposer dans les cancers coliques localement avancés et/ou métastatiques ?I) Traitement chirurgical des métastases (synchrones et métachrones)Les métastases sont observées dans 40 à 60% des cas, elles sont synchrones dans 25% des cas.
Recommandations :
II) Traitement chirurgical des formes localement avancées et des récidives loco-régionales :
Recommandations :Nécessité d'une exérèse monobloc des organes supposés envahis sans
dissection ni rupture de la pièce car le risque de dissémination
intrapéritonéale et l'aggravation du pronostic sont bien établis. Les
biopsies sont prohibées. Ce type de chirurgie, en l'absence d'un
traitement efficace, semble justifié même chez les sujets âgés et même si
l'exérèse est palliative. Elle doit être préférée aux dérivations
internes.
Recommandations :La résection des RLR isolées doit être réalisée chaque fois que possible. Les résections palliatives n'améliorent pas le pronostic mais peuvent améliorer le confort du patient. En cas de résidu tumoral, celui-ci est clippé pour une éventuelle radiothérapie postopératoire.
III) Place de la chimiothérapie dans les cancers coliques localement avancés et/ou métastatiquesPar rapport au traitement seulement symptomatique, la chimiothérapie
améliore la survie et le confort de vie des patients. En première ligne,
une chimiothérapie immédiate est supérieure à la chimiothérapie instaurée
à l'apparition des symptômes. En deuxième ligne, le traitement optimal, et
notamment la place des nouvelles molécules, ne sont pas
définis. Recommandations :
Le texte intégral est disponible sur demande écrite auprès de
:
1. Le
calcul de la survie relative soustrait de la mortalité les décès non
causés par le cancer du côlon. 2. En épidémiologie, le côlon droit va du caecum à l'angle gauche.
Gastroentérologie Clinique et Biologique |
|
Les Conférences de Consensus © SNFGE,
1998 |