TROUBLES FONCTIONNELS INTESTINAUX - TFI
Colon irritable
Colite spasmodique
Un Américain sur cinq souffre d'un syndrome du côlon irritable, selon le National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases (NIH). Ce syndrome, caractérisé par des crampes abdominales douloureuses, un ballonnement, la constipation et la diarrhée, touche plus souvent les femmes et débute habituellement vers l'âge de 20 ans.
Il semble que ces patients ont un côlon plus sensible et plus réactif à des facteurs variés, dont certains aliments et le stress. Le système immunitaire, qui combat l'infection, pourrait aussi jouer un rôle.
SEMIOLOGIE - DIAGNOSTIC
Le syndrome du côlon irritable est souvent considéré comme un diagnostic d'exclusion. Pourtant des critères validés permettent un diagnostic positif sans débauche d'examens complémentaires.
Les critères de Manning sont les mieux validés: la présence de 3 d'entre eux ( sensibilité de 66-90%, spécificité de 61-93% ) permet le diagnostic en l'absence de signes d'alarme.
(Traduit de l'anglais par le Dr André Figueredo - Source: the BMJ ( 19/03/2005 ).
Lien: http://bmj.bmjjournals.com/cgi/content/full/330/7492/632)
De nombreux praticiens demandent NFs, électrolytes sanguins, TSH, VS, sidérémie (pas de consensus).
Critères de Manning:
- douleurs abdominales.
- soulagées par la défécation.
- selles plus fréquentes, avec douleurs.
- selles peu moulées, avec douleurs.
- mucus dans les selles.
- sensation d'évacuation incomplète après une selle.
Diagnostic différentiel:
Signaux d'alerte: poursuivre les investigations si:
- âge > 50 ans.
- amaigrissement.
- sang dans les selles.
- anémie.
- fièvre.
Il est justifié de ne pas aller au-delà devant un sujet < 50 ans, remplissant les critères de Manning et n'ayant aucun signe d'alarme.
TRAITEMENT - CAT
La plupart des patients contrôlent leurs symptômes par un changement alimentaire, la réduction du stress et divers médicaments. Mais, pour certains, le syndrome peut être invalidant, gênant la vie professionnelle ou sociale.
Au plan pratique, devant un tableau évoquant un côlon irritable:
- vérifier si le patient répond aux critères de Manning:
- nature et durée des symptômes.
- y a t'il douleurs? sont-elles soulagées par la défécation, associées à des modifications de l'aspect et de la fréquence des selles?
- y a t'il urgence ou incontinence ? ou seulement sensation d'évacuation incomplète ?
- - s'enquérir d'un amaigrissement, de saignements intestinaux, d'une fièvre.
- interroger sur la richesse du régime en fibres, des intolérances alimentaires, d'une histoire familiale de maladie intestinale ou de cancer.
- se renseigner sur les facteurs de stress ( travail, violences ), rechercher un état dépressif ou une anxiété, leurs effets sur la vie quotidienne
Traitement: rassurer et expliquer !
- expliquer la symptomatologie au patient, le rassurer. Lui demander d'introduire moins de graisses dans son régime alimentaire, de réduire l'alcool, la caféine, de supprimer tout aliment aggravant les symptômes.
- apport de fibres dans l'alimentation.
- traitements symptomatiques.
- techniques comportementales: éducation, relaxation, traitement cognitif .....Toute comorbidité psychiatrique doit être prise en charge.
- lutter contre la constipation par le psyllium
- traiter la diarrhée par le lopéramide( au début 2mg 4 fois/j ).
- combattre la douleur par les antidépresseurs tricycliques ( en commençant par amitriptyline 25 mg au coucher ).
- du fait du risque d'effets indésirables sévères, les 2 nouveaux médicaments sérotoninergiques ( alosetron et tegasetrol ) ne sont pas recommandés en traitement initial.
- rechercher les facteurs de stress, conseiller relaxation et thérapie cognitive.
NB : Une enquête des laboratoires Mayoly Spindler auprés de 1500 MG et gastroentérologue a montré que 72% des patients atteints de RGO souffrent également de TFI (Troubles fonctionnels intestinaux - $ du colon irritable). La prévalence des TFI est trois fois supérieure ches les patients souffrant de RGO que dans la population générale.
A Noter enfin que la prise en charge thérapeutique du TFI permet dans 92 % des cas une amélioration de la qualité de vie des patients atteints de RGO (Impact Médecine N° 76 Avril 2004)
NB : Les symptômes qui évoquent ces troubles fonctionnels intestinaux (selon les critères ROME II du syndrome du colon irritable) peuevnt également révéler (5% des cas) une maladie coeliaque de l’adulte [Lire]
Malgré des restrictions alimentaires parfois sevères, des pansements intestinaux et des antispamodiques, le syndrome du colon irritable demeure une pathologie difficile à traiter.
Outre les troubles de la motricité (colon spamodique), il existe une hypersensibilité des récepteurs coliques à la fois aux aliments mais aussi aux troubles pyschologiques. Ces considérations ont améné à utiliser des antidépresseurs tricycliques à des doses faibles comme dans la fibromyalgie.
Plus récemment la sérotonine a été identifiée comme un médiateur de la sensibilité gastrique et de nouvelles voies ont été ouvertes
---- Les antagonistes des récepteurs 5 HT3 (alocétron, cilencétron)
---- Les agonistes partiels des récepteurs 5HT4 semblent plus prometteurs et le tégacérod a montré une bonne efficacité clinique.
Voir également : Syndrome du côlon irritable : Des altérations du signal sérotonine dans l'intestin ??
En cas de doute une colonoscopie peut être indiquée voire une recherceh biologique de MICI
NB : Les symptômes qui évoquent ces troubles fonctionnels intestinaux (selon les critères ROME II du syndrome du colon irritable) peuvent également révéler (5% des cas) une maladie coeliaque de l’adulte [Lire]
Par ailleurs...(Table ronde, Entretiens de Bichat, 17 septembre 2002 )
L'intestin n'a pas comme seul rôle la digestion des aliments...
Les travaux de M.D. Gershon, chercheur américain, présentent l'intestin comme un véritable deuxième cerveau : il contient plus de 100 millions de neurones, sécrète au moins 20 neurotransmetteurs identiques à ceux produits par le cerveau (sérotonine, noradrénaline, dopamine…), produit 70 à 85 % des cellules immunitaires de l'organisme, héberge 100 000 milliards de bactéries. Tous ces composés, présents localement, sont en étroite relation avec l'ensemble de l'organisme.
La microflore intestinale, essentiellement concentrée au niveau du colon, renferme un nombre considérable de bactéries : de l'ordre de 100 000 milliards réparties en plus de 400 espèces différentes !
Plusieurs types de flore peuvent être distinguées en fonction de leur concentration au niveau intestinal :
- la flore dominante, exclusivement anaérobie, est composée de bactéries à des concentrations très élevées = 109 Unités Formant Colonies/ gramme de fécès (UFC): Bacteroides, bifidobactéries…
- - la flore sous-dominante (106 à 108 UFC) est constituée de bactéries aéro-anaérobies facultatives, entérobactéries, streptocoques et lactobacilles ;
- la flore de passage ne s'implante pas dans le tube digestif. Les bactéries potentiellement pathogènes qui parfois la composent ne peuvent se développer dans des conditions normales du fait de la présence de la flore endogène.
Les flores dominante et sous-dominante constituent la flore endogène, la flore de passage formant la flore exogène.
La flore bactérienne, dominante et sous-dominante (flore endogène), exerce un effet bénéfique pour la défense de l'organisme en s'opposant par différents mécanismes à l'implantation et au développement de bactéries potentiellement pathogènes : sécrétion de substances antibactériennes, participation à la qualité de la muqueuse, stimulation du système immunitaire intestinal.
Le système immunitaire intestinal localisé dans le chorion contient 70 à 85 % des cellules immunitaires de tout l'organisme : lymphocytes intra-épithéliaux, lymphocytes T et B, plasmocytes et macrophages isolés ou organisés en follicules lymphoïdes et plaques de Peyer au niveau de l'iléon.
Il est le siège d'une production importante d'anticorps spécifiques, les immunoglobulines A sécrétoires.
Par exemple, chez les nouveau-nés, c'est la flore intestinale qui semble donner le signal du développement et de la maturation du système immunitaire intestinal.