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Allaitement et médicaments
Source : L’allaitement maternel en 36 questions (Avril 2000) >Dr Gisèle Gremmo-Féger
Pédiatre, consultante en lactation diplômée IBCLC, CHU de Brest
{Texte complet]

Le dictionnaire Vidal n'encourage guère les praticiens à recommander la poursuite de l'allaitement, car pour éviter tout risque médico-légal éventuel, les laboratoires pharmaceutiques préfèrent contre-indiquer l'allaitement et ce pour la majorité des médicaments. Le Vidal n'est donc pas une bonne source pour trouver une information de qualité sur les médicaments et l'allaitement, par contre il est utile car il apporte pour beaucoup de molécules des données pharmacologiques (liaison aux protéines plasmatiques, poids moléculaire, biodisponibilité orale, demi-vie, métabolites…) qui peuvent aider à choisir le traitement le plus adapté


Beaucoup de mères qui allaitent s'entendent dire qu'elles doivent arrêter d'allaiter - au moins temporairement - si elles doivent prendre des médicaments. Or, l'expérience prouve que les arrêts « temporaires » de l'allaitement sont très souvent définitifs et, surtout, il faut savoir que la plupart des médicaments ont très peu d'effets secondaires chez les enfants allaités car la dose qui passe dans le lait est presque toujours trop basse pour avoir un effet cliniquement appréciable. Ainsi, pour la majorité des médicaments l'enfant allaité recevra au maximum 1 % de la dose maternelle totale.

Utilisez au maximum les données pharmacologiques pour choisir le meilleur traitement.
Quand on a le choix entre plusieurs médicaments, il faut choisir celui qui est le plus fortement lié aux protéines plasmatiques, qui a le taux sérique le plus bas, la biodisponibilité orale la plus basse, la demi-vie la plus courte, qui n’a pas de métabolites actifs et le moins d’effets iatrogènes.
Les médicaments utilisés par voie locale (cutanée, oculaire…) ou par inhalation induisent rarement des taux sériques significatifs et encore plus rarement des taux lactés détectables
.

1 - Antalgiques

Voir également : Allaitement et antalgiques (Source Prescrire)
  • le paracétamol peut être administré sans risque (faible passage lacté ; le NN est capable de le métaboliser) ;
  • l’aspirine (pic lacté 2 à 4 heures après la prise), en prise occasionnelle (0,5 à 1 g), après la première semaine, est sans danger ; pas de prise chronique (risque d’accumulation) ;
  • la codéine comme antalgique ou antitussif n’est pas contre-indiquée.
  • le Di-antalvic® peut également être prescrit en prise occasionnelle.
  • le Nubain® ou le Temgésic® en injection IM d'une dose occasionnelle sont également sans risque pour l'enfant allaité.
Corticoïdes

Une mère traitée par Prednisone ® peut allaiter si la dose journalière est inférieure à 80 mg (même à des doses plus élevées, l’enfant reçoit des doses insignifiantes, < 0,1 % de la dose maternelle)

Les AINS

La plupart des anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent être utilisés pendant l’allaitement pour un traitement de courte durée.
  • les AINS sont pour la plupart des acides faibles avec une importante fixation aux protéines plasmatiques ; on prescrira de préférence des molécules à demi-vie courte, sans métabolite actif : Brufen®, Nurofen®, Surgam®, Voltarène®, Cebutid® ou Ponstyl®, à prendre juste après la tétée, en évitant les formes retard ou à libération prolongée.
  • la Colchinine peut être utilisée chez la femme qui allaite.
Antibiotiques et autres antiinfectieux

Tous les antibiotiques qui passent dans le lait peuvent exposer l’enfant au risque de sensibilisation (possibilité de réactions allergiques ultérieures) et de modification de la flore intestinale (candidose, diarrhée).

Il y a peu de contre-indication dans cette classe de médicaments.

Voir également Allaitement et cystite (Source Le Crat)
  • les pénicillines, les céphalosporines, les macrolides, les aminosides, le Bactrim® et le Monuril® peuvent être utilisés en période d’allaitement
  • les tétracyclines sont à éviter, quoiqu’un traitement court d’une semaine soit probablement sans danger chez le NN allaité. Le chloramphénicol est contre-indiqué.
  • Les quinolones de deuxième génération posent des problèmes en raison du risque d’atteinte du cartilage articulaire et du peu de données disponibles concernant leur passage lacté. La norfloxacine (qui est le métabolite actif de la péfloxacine) n’est pas détectée dans le lait après une prise unique de 200 mg ce qui rend son utilisation possible en dose unique (Péflacine monodose®, Monoflocet ® pour le traitement de l’infection urinaire basse ; par contre, il faut éviter de prescrire les quinolones pour un traitement de longue durée.
  • Les antifongiques sont compatibles avec l’allaitement : le Nizoral ® passe faiblement dans le lait et est donc beaucoup moins efficace que le Triflucan ® pour le traitement de la candidose des canaux lactifères (aux doses habituelles on considère que l’enfant reçoit par le lait maternel moins de 5 % de la dose pédiatrique usuelle).
  • Le Flagyl ®, le Zovirax ® peuvent aussi être prescrits en période d’allaitement.
Psychotropes :

C’est la classe de médicaments qui pose le plus de problèmes et le plus de controverses ; en effet, et bien que ce ne soit pas vrai pour tous, les médicaments qui affectent le cerveau donnent souvent des taux lactés plus élevés du fait de leurs particularités pharmacocinétiques ; ils peuvent se concentrer dans le système nerveux et leurs effets chez l’enfant à moyen et long terme sont mal connus.
  • Les benzodiazépines : elles sont toutes lipophiles et diffèrent essentiellement par la longueur de leur demi-vie et l’existence de métabolites actifs ; une prise unique occasionnelle d’une dose modérée est sans risque pour l’enfant allaité. Par contre elles sont contre-indiquées en prise répétée ou chronique et notamment le Valium ®, le Tranxène ®, l’Urbany l®, le Lysanxia ®.
    Le Seresta® et le Temesta® sont un bon choix pour un traitement de plus longue durée.
  • Comme hypnotiques, le meilleur choix est le Stilnox®.

    - Les antidépresseurs :

    Mêmes si les tricycliques sont, dans l’ensemble, considérés comme utilisables pendant l’allaitement (Laroxyl ®, Motival ® sans dépasser 100 mg/j, Tofranil ®, Anafranil ®, on utilisera de préférence les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine car ils ont moins d’effets secondaires ; parmi ceux-ci le Deroxat ® ou le Zoloft ® sont le meilleur choix.

    - Les anticonvulsivants :

    Le foetus y a généralement déjà été exposé pendant la grossesse. La Dépakine ® et le Tégrétol ® sont compatibles et préférables au Gardénal® qui se concentre dans le lait ; il faut surveiller les taux sanguins chez la mère et si possible chez l’enfant.

    L’Haldol, les IMAO, le Lithium, les dérivés de l’ergot de seigle sont contre-indiqués pendant l’allaitement.
Divers
  • Le Mopral® n'est pas contre-indiqué pendant l’allaitement

  • Parmi les antihistaminiques, la cetirizine (Zyrtec ®, Virlix ®) est le meilleur choix.

  • Parmi les anti-hypertenseurs, l’Avlocardyl ®, le Trandate ® et le Timacor ® sont les bêtabloquants de première intention.
    La plupart des inhibiteurs calciques (Adalate ®, Isoptine ®, Loxen ® et des inhibiteurs de l’enzyme de conversion (Lopril ®, Rénitec ® est également compatible.
  • Parmi les anticoagulants, les héparines ne passent pas dans le lait maternel.

    Si on doit utiliser des antivitamines K, le Sintrom ® peut être prescrit.
Conclusion

Si la mère doit prendre des médicaments il est presque toujours possible de trouver des médicaments compatibles avec la poursuite de l’allaitement que ce soit pour le traitement d’une infection, d’une dépression, d’une HTA, d’une sciatique, d’une phlébite ou d’hémorroïdes…

L’allaitement est trop important pour la santé et le bien-être de la mère et de l’enfant pour être sacrifié à la légère.

Texte complet : L’allaitement maternel en 36 questions