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La metformine, traitement adjuvant du cancer ?
Dr Isabelle Catala| 04 avril 2012
http://francais.medscape.com/voirarticle/3382049

Nice, France — À l'occasion d'un symposium organisé au cours du Congrès de la Société Francophone de Diabète 2012, une session a été consacrée à un sujet qui émerge depuis quelques années en diabétologie : l'effet de la metformine sur les cellules cancéreuses. Ce sont deux chercheurs, Benoît Viollet (Paris) et Frédéric Bost (INSERM U1065, Nice) qui ont fait le point sur les données animales et humaines récentes qui ont déjà conduit à la mise en place d'études utilisant la metformine comme traitement adjuvant en cancérologie. [1]

Un effet sur le glucose et l'insuline

La metformine est une vieille molécule puisque sa synthèse date de 1929 et que ce médicament est dérivé d'une plante déjà utilisée à l'époque médiévale en Europe : Galega officinalis. En 1967, c'est un Français, le Dr Jean Sterne, qui a procédé aux premiers essais cliniques chez des diabétiques. Mais le mécanisme d'action précis de cet antidiabétique oral de référence (famille des biguanides) est longtemps resté imprécis.

Aujourd'hui, on sait que la metformine agit comme antidibétique en augmentant l'utilisation du glucose par le muscle par le biais d'une majoration de l'oxydation des acides gras et une augmentation du transport de glucose. La metformine diminue aussi la gluconéogenèse hépatique, enfin, elle agit sur le tissu adipeux en majorant le transport de glucose et en diminuant la lipolyse. Elle permet donc de faire diminuer le taux sanguin de glucose ainsi que l'insulinémie et majore la sensibilité des tissus à l'insuline.

« L'idée d'un effet de ce médicament sur le cancer a été envisagée pour la première fois en 2005 [2]] puis en 2009 [3] en se fondant sur des résultats de suivi de cohortes de patients diabétiques. Or, on sait que l'insuline agit comme un facteur de croissance pour les tumeurs, et la diminution de l'insulinémie pourrait donc affecter la croissance des cellules tumorales. Mais l'absence de brevet sur cette molécule - du fait de l'ancienneté de sa commercialisation - rend la mise en place d'études sur ce sujet assez aléatoire et dépendante des universités et des sociétés savantes », analyse B Viollet.

Nouvelles perspectives pour un ancien médicament

Lorsque les résultats de cohorte ont été publiés, des chercheurs - et notamment ceux de l'équipe de Frédéric Bost - ont testé l'effet d'un traitement par metformine chez des souris qui avaient subi une xénogreffe avec des cellules tumorales et des modèles animaux de souris développant des cancers.

Le traitement par biguanides a inhibé la croissance des xénogreffes (cancer du pancréas et de la prostate) et il a retardé l'apparition de tumeurs chez les souris qui en développent spontanément (tumeurs du poumon). En traitement adjuvant d'une chimiothérapie, la metformine améliore l'effet anti-tumoral en ciblant spécifiquement les cellules souches cancéreuses (dans un modèle animal de cancer du sein).

Après avoir travaillé chez l'animal, des études sur cultures de cellules tumorales humaines ont été entreprises. Et là encore, la metformine a inhibé la prolifération de cellules cancéreuses : sein, ovaire, colon, pancréas, poumon, prostate… D'un point de vue cellulaire, le traitement agit en induisant un arrêt du cycle de multiplication tumoral entraînant ainsi une apoptose (dans des cultures de cellules de cancers du sein et de mélanomes). Cet effet est lié à une inhibition de la phosphorylation intracellulaire mitochondriale ainsi qu'à une augmentation de la glycolyse intracellulaire (par le système AMPK/mTOR).

En 2009 et 2010, les travaux sur la metformine ont pris une nouvelle direction en s'attachant à détailler l'effet de la metformine sur le microenvironnement tumoral. Et des chercheurs ont prouvé que le traitement agit sur les cellules immunitaires, les adipocytes et les molécules de l'inflammation comme le TNF alpha. [4]

Plus de 20 essais cliniques

Pour Frédéric Bost « on connaît de mieux en mieux l'effet de la metformine sur la croissance tumorale. Il passe par le microenvironnement tumoral, les organes insulino-sensibles (tissus adipeux, muscle et foie) et des voies de multiplication des cellules tumorales (ATP mitochondrial et système AMPK/mTOR). Aujourd'hui, plus de 20 essais cliniques sont recensés avec ce médicament dans différentes indications de traitement anti-tumoral. Et les résultats devraient être disponibles dans moins de 5 ans. A ce moment-là, on saura si la metformine peut devenir un traitement adjuvant de certains cancers ».

http://francais.medscape.com/voirarticle/3382049
4 avril 2012

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