Les intoxications

par le Docteur Patrick Corcelle
Réanimation médicale - Hôpital de l'Archet - CHU de Nice

Intoxications à longue durée d'incubation

Syndrome phalloïdien

Dû à l'ingestion de certaines amanites (phalloïde, virosa, vena...) produisant deux groupes de toxines: les phallotoxines (au moins cinq différentes) et les amatoxines (au moins six). Seul le dernier groupe est responsable des manifestations cliniques. Elles apparaissent 6 à 48 h après le repas et débutent brutalement par un syndrome cholériforme responsable d'une déshydratation majeure pouvant mettre en jeu le pronostic vital. Les troubles gastro-intestinaux s'amendent en trois à quatre jours, au moment où peut apparaître une insuffisance hépato-cellulaire qui fait toute la gravité de cette intoxication (10 à 15 % de décès). La thérapeutique doit être conduite dans un service de réanimation.

Cette intoxication, bien que répandue dans le monde entier, est plus fréquente en Europe. Numériquement rare, elle est observée de fin juillet à octobre.

Syndrome gyromitrien

Dû aux toxines de Gyromitra esculenta (fausse morille) et en particulier à la gyromitrine qui, une fois hydrolysée dans l'estomac, libère de la méthyl-hydrazine. 5 à 8 h après l'ingestion, apparaissent des troubles digestifs avec parfois troubles de la conscience et/ou convulsions. Très rarement, il peut exister une nécrose hépatique et une hémolyse, responsables des exceptionnelles formes mortelles.

Le plus souvent, l'évolution est spontanément favorable.

En dehors de la vitaminothérapie B6 (25 mg/kg), le traitement est symptomatique.

Syndrome orellanien

Classiquement considéré comme comestible, le Cortinarius orellanus produit plusieurs toxines qui peuvent être responsables (comme d'autres cortinaires) d'une symptomatologie très particulière. Après une période de latence parfois très longue (trois à dix-sept jours) qui peut faire oublier la notion d'ingestion de champignon, apparaît après quelques signes digestifs peu importants, une insuffisance rénale aiguë. II s'agit d'une néphropathie tubulo-interstitielle, qui peut donc régresser sans séquelle pour peu qu'une thérapeutique adaptée soit mise en route précocement.

L'évolution est celle de la néphropathie, d'autant plus rapide que le sujet est jeune, mais le passage à la chronicité a été décrit.

Dans le cadre des risques dus aux champignons, il faut s'en tenir au grand principe qu'on ne doit consommer que des produits dont on est sûr de l'innocuité. Tous les "tests" populaires de toxicité sont inadaptés (les champignons vénéneux ne ternissent pas l'argent, ne brunissent pas l'ail ou l'oignon cuit à leur contact, ont un goût désagréable, ne sont pas attaqués par les limaces, font coaguler le lait...) ; il ne s'agit que de croyances et de préjugés.

Les spécimens proposés frais ou en conserve chez les commerçants officiels font l'objet de contrôles rigoureux et ne présentent aucun danger. Mais des produits frais conservés plusieurs jours avant d'être consommés peuvent être responsables de gastro-entérite. Enfin, un grand nombre d'espèces comestibles cuites peuvent être responsables de troubles lorsqu'elles sont consommées crues ou mal cuites.

En pratique, tout produit douteux doit être rejeté.

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