Les intoxications

par le Docteur Patrick Corcelle
Réanimation médicale - Hôpital de l'Archet - CHU de Nice

Intoxications par les aliments vénéneux

Intoxication par les champignons

Il existe en France plusieurs milliers d'espèces, dont une vingtaine seulement est toxique. Ces intoxications sont rares, pour ne pas dire exceptionnelles dans certaines régions. Si un certain nombre d'entre elles sont mortelles quoi qu'on fasse, d'autres peuvent, au prix d'une thérapeutique précoce agressive, guérir sans laisser de séquelle. II est donc fondamental de penser à ce diagnostic devant une intoxication alimentaire et de bien connaître les différents tableaux cliniques pour pouvoir établir un pronostic et donc une thérapeutique adaptée.

Si le public est bien sensibilisé au risque potentiel lié à l'absorption de champignons ramassés par des non professionnels, il n'est pas capable d'apprécier la gravité d'une intoxication. Celle-ci est d'abord et avant tout fonction de la durée d'incubation, du tableau clinique et enfin de la rapidité et de la qualité de la prise en charge médicale. Lorsque la durée d'incubation est supérieure à 6 h, il s'agit d'une intoxication potentiellement grave. Lorsqu'elle est inférieure à 6 h, elle est le plus souvent bénigne, encore qu'il puisse s'agir du début d'une intoxication mixte, plusieurs types de champignons étant souvent ingérés ensemble. Ce dernier point explique les énormes difficultés d'identification des champignons ingérés: il est déjà difficile d'avoir un spécimen identifiable de visu (on conserve rarement les reliefs d'un repas), mais lorsqu'on le possède il n'est pas certain que ce soit celui qui est responsable des troubles ! Quant à l’identification de produits cuits, de morceaux recueillis dans des vomissements ou de recherches de spores dans les selles, elles ne sont à la portée que de quelques rares laboratoires de botanique !

On se fondera donc sur la clinique pour se faire une idée étiologique.

Intoxications à courtes durées d'incubation

Syndrome muscarinien

Provoqué par une toxine thermostable, contenue dans de nombreux Inocybes et Clitocybes (dont certains peuvent être confondus avec des chanterelles, d'autres avec des mousserons).

L'incubation est très brève (15 à 30mn), les signes apparaissant avant la fin du repas. Ils sont faits de troubles digestifs, de manifestations d'hypersécrétions glandulaires, avec bradycardie, vasodilatation périphérique, dyspnée asthmatiforme, myosis, paresthésies et angoisse ou euphorie. L’intensité des signes est fonction de la quantité ingérée. Ils disparaissent spontanément en 1 à 3 heures. La thérapeutique en est l’atropine (sc ou Iv) 0,5mg à renouveler au besoin (sans dépasser 3mg).

Syndrome panthérinien

Provoqué par l'acide iboténique et son dérivé le muscimol, que l'on retrouve dans certaines amanites (tue-mouche, panthère) mais qui peuvent être confondues avec des espèces comestibles (A. des Césars - plat servi à l'empereur Claude, dans lequel Agrippine avait mélangé des amanites phalloides - A. vireuse, coulemelle).

Les symptômes, apparaissant en 20 à 90 mn, sont surtout neuro-sensoriels : délire, hallucinations, agitation, confusion cérébrale, parfois convulsions ou coma, les signes digestifs étant variables, pouvant même manquer.

L'évolution est spontanément régressive en 2 à 10 heures, le traitement étant purement symptomatique.

Syndrome résinoïdien

Dû à des substances irritantes pour le tube digestif, produites par de nombreux champignons (bolets, clavaires, lactaires, entolomes, pleurotes... ). Une demi-heure à trois heures après le repas apparaissent des signes de gastro-entérite, cédant spontanément en quelques heures. Cependant, certaines espèces peuvent parfois donner une atteinte sévère avec cytolyse hépatique. Le traitement est symptomatique.

Syndrome coprinien

La coprine (produite par certains coprins et clitocybes) possède un effet antabuse. Dans les 30 mn à une heure qui suit la prise d'alcool après ingestion de champignons, apparaissent une vasodilatation prédominant à la face, des paresthésies des extrémités, tachycardie, nausées, vomissements et hypersudation, pouvant aller jusqu'à l'hypotension. Ces accidents sont de brève durée (3 à 4 heures), mais se répètent à chaque prise d'alcool durant quatre à cinq jours après l'absorption de champignons.

Syndrome narcotinien

Il est dû à la psilocybine et à la psilocyne, contenues dans certains Psylocybes, Panaeolus et Gymnophilus. Rare en France, mais fréquent en pays anglo-saxon, surtout chez les toxicomanes.

En 30 à 60 mn apparaissent des troubles psychosensoriels et des modifications de l'humeur, s'accompagnant de mydriase, vertiges, paresthésies.

Le "voyage" dure plusieurs heures, puis est suivi d'une phase de sommeil calme. En cas de sensations désagréables ("bad trip"), pour éviter le passage à l'acte, on peut s'aider de chlorpromazine ou de Valium.

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