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DEPRESSION DE L'ENFANT

16 èmeCongrés Mondial de Neurologie (Bueno Aires 14-19 septembre 1997)

Les troubles dépressifs de l'enfant ou de l'adolescent - que parents, enseignants et médecins confondent encore trop souvent avec la fameuse "crise d'adolescence" - sont largement ignorés ou banalisés, en dépit des risques de suicide qu'ils comportent.
La dépression de l'enfant ou de l'adolescent doit faire évoquer l'existence d'un phénomène de
maltraitance, abus sexuel, viol, etc...
Voir également : Dépression du Nourrisson
Voir également : Dépression de l'adolescent
Voir également : Les troubles bipolaires

La réalité des dépressions enfantines est reconnue mais mal repérée et tardivement traitée. Parce qu'en plus d'idées fausses qui perdurent, ces dépressions restent assez difficiles à reconnaître, faute d'indices d'alerte évidents signes d'appel spécifiques.
---- Anxiété de séparation
---- Plaintes somatiques (mal de ventre...)
---- Troubles de l'alimentation
---- Hypersomnie
---- Chute brutale des résultats scolaires

En outre, même des signes plus évocateurs comme :
---- l'apparence triste
---- les refus scolaires
---- les fugues
---- la prise de drogues ou d'alcool chez les adolescents
n'attirent guère plus l'attention.

Esculape :
La dépression de l'enfant ou de l'adolescent doit faire évoquer l'existence d'un phénomène de maltraitance, abus sexuel, viol, etc...

Le délai de reconnaissance du trouble est "souvent de plusieurs mois, alors que quinze jours suffisent" à un spécialiste pour poser le diagnostic, "et ce retard expose le patient au risque de suicide". Environ 70 % des adolescents dépressifs ne sont pas diagnostiqués, selon une étude américaine de 1980, alors que la dépression touche 2,5 % des enfants (7 à 11 ans) et 7 à 8 % des adolescents.
Cette non détection de la maladie dépressive est d'autant plus grave que les spécialistes estiment que 70 à 80 % des 10-20 ans qui commettent une tentative de suicide, présentaient les critères d'un trouble dépressif.

En France, le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les 15 à 25 ans, juste derrière les accidents de la route. Dans cette tranche d'âge, environ 1.500 décès (sur un total national de près de 12.000 morts par suicide) sont enregistrés chaque année, ainsi que 40.000 tentatives de suicide.
Selon le Pr Bouvard, les tentatives sont plus nombreuses chez les filles que chez les garçons, mais plus graves chez ces derniers: leur taux relatif de mortalité est en effet dix fois plus élevé. La majorité des tentatives se font avec des médicaments, mais celles par "geste violent" (pendaison, défenestration, recours à une arme à feu) sont de plus en plus fréquentes.
La récidive du geste suicidaire est la préoccupation majeure, puisqu'elle se produit dans 60 % des cas".



Comment RECONNAITRE les troubles dépressifs chez l'enfant ?
Source : Texte complet - PSYCO-DOC
Conférence de consensus 14 et 15 Décembre 1995 - Sénat


  • 1 - Quels sont les signes cliniques des troubles dépressifs chez l'enfant ?

    Un consensus s'est établi autour de l'existence de la dépression chez l'enfant.
    L'épisode dépressif de l'enfant présente une expression clinique particulière : face à un enfant en retrait, au visage souvent sérieux, peu mobile, ou à l'air absent, il faut savoir rechercher l'humeur dépressive.
    De même en présence d'un enfant décrit comme irritable, agité, opposant et insatisfait, il faut penser aussi à mettre la tristesse en évidence.
    Humeur dépressive et tristesse, qui sont les caractéristiques de l'épisode dépressif, ne peuvent être perçus qu'à partir d'une écoute attentive et avertie.
    L'expression sémiologique peut s'analyser à partir du discours et du comportement de l'enfant, et des propos des parents.

  • A partir du discours de l'enfant :
    Les mots de l'enfant directement exprimés ou rapportés par ses parents sont explicites :
    ---- "Je m'en fous" - "J'en ai rien à faire"
    ---- Perte d'intérêt et du plaisir - "J'ai envie de rien"
    ---- "Je suis nul" perte de l'estime de soi, dévalorisation, - "J'y arrive pas" impuissance
    ---- "Je suis méchant" - "C'est de ma faute" sentiment de culpabilité, de honte - "J'ai honte"
    ---- "Mes parents ne m'aiment pas" perte d'amour, sentiment de désespoir avec - "Personne ne m'aime" parfois idées de mort et de suicide
    ---- "Je n'y arrive pas, c'est trop dur" troubles de l'attention, de la concentra- - "Je comprends rien" tion - "Je sais pas, j'm'en rappelle pas" et de la mémorisation

    Cette mise en équivalence des mots de l'enfant et de la sémiologie du clinicien ne doit pas se résumer à un décodage systématique.
    Ainsi, la difficulté à se concentrer et à penser entraîne soit un évitement, un refus du travail scolaire, soit une obstination stérile de longues heures tous les soirs sur les livres et cahiers se soldant par une incapacité d'apprendre et de mémoriser.
    Dans les deux cas, on aboutit à un échec scolaire. A l'inverse, le surinvestissement et la réussite scolaire n'exclut pas la dépression.

  • A partir du comportement de l'enfant :
    Si les troubles du comportement les plus bruyants sont les plus facilement repérables, ils ne sont pas les seuls à prendre en compte.
    ---- L'irritabilité de l'enfant, une excitation débordante allant jusqu'à l'épuisement au détriment du jeu sont parfois au premier plan.
    ---- On note alors le peu d'intérêt pour le contact avec autrui.
    Ces symptômes alternent avec des moments de repli et d'inertie motrice.
    Avec l'âge, la sémiologie marquée par l'instabilité, l'irritabilité, la colère peut devenir prépondérante par rapport à l'inertie et au retrait.
    ---- Des troubles de l'appétit peuvent également s'observer : plutôt un comportement anorectique dans la petite enfance et un comportement de boulimie ou de grignotage chez le grand enfant ou le pré-adolescent.
    ---- Le sommeil est difficile à trouver avec souvent des oppositions au coucher, des refus d'endormissement, des cauchemars.

  • A partir du discours des parents et de l'entourage :
    ---- "Il n'est plus comme avant" "Je ne le reconnais pas" Ces phrases souvent entendues traduisent le désarroi des parents, face à la perception du mal-être de leur enfant.
    Parfois, l'intensité des troubles présentés par l'enfant les amène à dire :
    ---- "Il n'est jamais content" "Il n'est jamais d'accord" "Il est méchant"

    Cette connotation négative va dans le sens de la dévalorisation et de la dépréciation de l'enfant et réalise un véritable cercle vicieux dépressogène, auquel participe l'environnement, aussi bien familial que scolaire.
    ---- "On ne peut jamais lui faire plaisir"
    Ce propos témoigne de l'impuissance ressentie par les parents.

    Le tableau sémiologique est rassemblé par le clinicien et n'est pas forcément complet ni permanent. Dans l'entretien avec l'enfant seul, le praticien accordera une valeur importante au maintien des énoncés : "je ne sais pas, je ne peux pas, je n'y arrive pas", de même qu'à leur répétition dans le commentaire négatif du dessin : "c'est raté, c'est pas beau", ou encore à une sensibilité exacerbée aux jouets cassés.
    Ces constatations avec l'enfant seul renforcent les données de l'entretien avec les parents et confirment la probabilité diagnostique.
    Un changement progressif, voire une rupture avec l'état antérieur de l'enfant constitue un élément d'orientation diagnostique.
    La durée de l'épisode doit être prise en compte. Elle est variable avec l'âge.

    Cet ensemble sémiologique regroupe les signes caractéristiques de la dépression de l'enfant.
    Pour évoquer l'épisode dépressif de l'enfant, il importe que soit retrouvée, à travers des modes d'expression divers, une souffrance reliée à la perte et au sentiment d'impuissance. Cette exigence rend caduque la notion de dépression masquée.

  • De plus il est important de préciser que :
    --- La dépression en tant que pathologie s'inscrit dans la répétition et/ou la durée.
    --- Elle doit être replacée dans une compréhension globale du développement de l'enfant.
    ---- Les moments dépressifs, limités dans le temps, peuvent être compris comme un aménagement de la vie ou de la survie, une tentative d'obtenir une réponse adéquate de l'entourage, un processus de lutte que met en oeuvre le sujet de façon consciente ou inconsciente, pour préserver sa personne.
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