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La CNAMTS remet en question le "dépistage massif" du cancer de la prostate
5 avril 2012 (APM)

Le Pr Hubert Allemand, médecin-conseil national de la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS), a remis en question la pertinence du dépistage du cancer de la prostate en France, qu'il a qualifié de "massif", lors d'un point presse organisé jeudi.

Il invite les autorités sanitaires à lancer une réflexion sur la possibilité de contre-indiquer explicitement le dépistage de ce cancer pour certaines populations en fonction de leur âge avancé ou des pathologies lourdes dont ils souffrent, compte tenu d'un rapport bénéfices/risques négatif.

La CNAMTS a présenté lors du point presse un état des lieux des pratiques en matière de dépistage du cancer de la prostate par dosage du PSA parmi les hommes de plus de 40 ans et en particulier ceux de plus de 75 ans.

Cette présentation intervient au lendemain de la publication d'un avis de la Haute autorité de santé (HAS) confirmant l'absence de justification à l'organisation d'un dépistage organisé du cancer de la prostate par dosage du PSA chez des hommes à haut risque [Lire], a observé Hubert Allemand, rappelant que la plupart des agences sanitaires avaient adopté des recommandations similaires.

Plus de 75% des hommes âgés de plus de 55 ans (76% après 75 ans) ont bénéficié d'au moins un dosage de PSA entre 2008 et 2010, selon le dossier remis à la presse, ce qui représente 890.000 hommes dépistés chaque année.

"C'est très impressionnant: voilà un dépistage qui n'est pas recommandé (...), or nous sommes en France dans le cadre d'un dépistage massif, quasi systématique", a déploré le Pr Hubert Allemand. "C'est le cancer dont le dépistage systématique n'est pas recommandé, qui est le plus dépisté dans notre pays", a-t-il observé, soulignant les moindres résultats observés sur les taux de participation aux campagnes de dépistage du cancer du sein (61% des femmes âgées de plus de 50 ans en 2009 et 2010 en dépistage organisé et individuel) et du cancer colorectal (31% des hommes et 36% des femmes).

Les responsables de la CNAMTS se sont gardés de pointer d'éventuelles responsabilités dans l'ampleur de ce dépistage "massif", qui donne régulièrement lieu à de vives controverses entre les détracteurs et les promoteurs de cette pratique.
La prescription émane dans sa quasi-totalité des généralistes (86%), devant les urologues (4%), les cardiologues (2%) et les praticiens hospitaliers (5%), avec de fortes disparités géographiques en fonction des départements, selon le dossier de presse.


Sollicités sur le coût de cette pratique, les responsables de la CNAMTS ont indiqué qu'il pouvait être évalué à 600 millions d'euros par an (dosage de PSA et suites directes dont biopsie de la prostate, traitement du cancer par chirurgie, radiothérapie ou chimiothérapie), tout en soulignant qu'il s'agissait d'alerter sur le "coût humain" d'une pratique et non sur son aspect financier, qu'elle n'a pas étudié.

FAUT-IL DEPISTER ?

Le Pr Allemand a pointé la forte hausse de l'incidence du cancer de la prostate en France entre 1990 et 2010 (de 20.000 nouveaux cas par an à 71.500), tandis que le taux de mortalité pour cette affection a tendance à se réduire en parallèle (9.000 décès par an). Il a souligné qu'avec un taux de mortalité identique, le Royaume-Uni enregistrait une incidence moitié moindre.

La forte incidence observée en France (118 pour 100.000) est liée selon lui à l'augmentation du dépistage par dosage du PSA, sans que les patients soient correctement informés de l'intérêt et des conséquences de cette pratique.

Si le cancer de la prostate est le premier cancer de l'homme en France, il se trouve la plupart du temps à l'état latent, a observé Hubert Allemand, estimant que "si on le cherche, on le trouve, mais après, on est pris dans l'engrenage".

"Faut-il le chercher? C'est toute la question", s'est interrogé Hubert Allemand, rappelant qu'il faisait partie des cancers dont le développement était lent et dont les effets ne se manifesteront que très tardivement, voire pas du tout, du vivant du patient, alors que les effets indésirables des traitements sont nombreux et immédiats (troubles urinaires, sexuels et digestifs).

Le Pr Allemand estime que le dépistage de ces "cancers très lents" s'apparente à du "surdiagnostic, qui va donner du surtraitement (...). C'est une vraie question: faut-il aller chercher des pathologies qui ne gênent en rien la vie des personnes et qui sont aussi fréquentes?", s'est-il interrogé, indiquant qu'environ 80% des hommes âgés de 80 ans étaient porteurs d'un cancer de la prostate.

La CNAMTS a étudié les suites du dosage de PSA pratiqués sur 4,2 millions de patients (dont 3,4 millions âgés de moins de 75 ans et 888.000 âgés de plus de 75 ans) en 2008. L'année suivante, aucune suite n'est donnée pour 2,5 millions d'entre eux (65% des moins de 75 ans et 51,5% des plus de 75 ans).

Par ailleurs environ 1,6 million de patients se voient prescrire un nouveau dosage de PSA (36% des moins de 75 ans et 45,5% des plus de 75 ans). Selon la CNAMTS, 91.600 hommes ont eu une biopsie de la prostate (dont 48.000 ne donnent pas lieu à traitement) et 62.500 un traitement par chirurgie, chimiothérapie ou radiothérapie (soit 2,4% des plus de 75 ans).

Hubert Allemand a vivement critiqué le dépistage chez les personnes âgées de plus de 75 ans par dosage de PSA (16.000 traités par biopsie et 20.900 traités pour un cancer l'année suivante), soulignant qu'ils étaient souvent en affection de longue durée (ALD) et atteints de pathologies lourdes davantage susceptibles d'entraîner leur décès, qu'un cancer à évolution lente.

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