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HPV : le vaccin ne fait pas l'unanimité
http://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Nouvelles/Fiche.aspx?doc=2007082743
1er octobre 2007

L'annonce du programme de vaccination contre le virus du papillome humain (VPH), au Québec, a été applaudie par plusieurs organisations médicales. Certains professionnels de la santé sont toutefois sceptiques : ils doutent de sa pertinence - et de son efficacité - pour venir à bout du cancer du col de l'utérus.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Philippe Couillard, annonçait, le 25 septembre 2007, qu'à compter de l'automne 2008, les fillettes de 9 ans se verront offrir gratuitement le nouveau vaccin Gardasil. L'objectif de cette campagne de vaccination est de les prémunir contre le cancer du col de l'utérus.

Deux avis contradictoires

« Un vaccin pertinent »

Le Dr Guy Waddell, gynécologue-obstétricien au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS) fait partie de ceux qui ont salué cette décision. Selon lui, ce nouveau programme de vaccination est « très pertinent ».

Le Gardasil combattrait les souches 16 et 18 du VPH, lesquelles seraient responsables de 70 % des cas de cancer du col de l’utérus, indiquent les études financées par le fabricant Merck Frosst.

Le Dr Waddell s’attend à ce que ce vaccin réduise l’éclosion de ce cancer, dont le nombre de cas a atteint un plateau au cours des dix dernières années.

Une prévention théorique?

Le cancer du col de l’utérus peut mettre 15 ans ou 20 ans, voire plus, avant d’apparaître après une infection au VPH. Mais puisque les études sur l’efficacité du vaccin ne permettent qu’un recul de cinq ans, son efficacité pour prévenir le cancer est une extrapolation.

« C’est vrai que l’efficacité du vaccin contre le cancer demeure théorique. Mais ce cancer est précédé de cellules précancéreuses qui se développent par la présence du VPH et ça, c’est clair. Oui, on extrapole l’efficacité, mais elle est basée sur des preuves extrêmement solides. »

« Le vaccin est mieux que le dépistage par le test Pap, qui est une prévention secondaire, c’est-à-dire qu’il est utile une fois que la personne est infectée », explique celui qui est aussi professeur agrégé à la Faculté de médecine et de science de la santé de l’Université de Sherbrooke.

Selon le Dr Waddell, le vaccin contre le VPH est très efficace. Il faut vacciner 639 femmes pour éviter un décès découlant du cancer du col de l’utérus, explique-t-il. « Si on compare avec le vaccin contre l’influenza, on doit vacciner 5 000 personnes pour éviter un décès et, pour la varicelle, il faut en vacciner 34 000 », illustre-t-il. Il concède toutefois que le coût du Gardasil – plus de 400 $ CA pour trois doses – est très élevé.

Selon lui, le seul vaccin jusqu’ici homologué par Santé Canada pour combattre le VPH a aussi le mérite de combattre deux autres souches responsables des condylomes ou verrues génitales.

« Les principales économies viendront d’ailleurs de la réduction du nombre de cas de condylomes, puisqu’elle entraînera une diminution du nombre de consultations », estime Guy Waddell.

Des réserves à l’égard du programme

Selon le Dr Luc Bessette, qui oeuvre dans une clinique privée de Montréal, ce sont les objectifs mêmes du programme de vaccination qui posent problème.

« Ces objectifs sont flous : on ne vise pas l’éradication des souches responsables du VPH, sinon, on vaccinerait aussi les garçons », soutient-il.

Et quant au risque de cancer, le Dr Bessette est catégorique : « Le Gardasil n’enrayera pas la possibilité d’avoir le cancer, car on n’élimine pas les autres souches qui sont responsables de 30 % des cas de cancer du col de l’utérus. »

Il ne croit pas non plus que la vaccination contre le VPH préviendra les infections. « Il faudrait s’attaquer à toutes les souches pour qu’on parle de prévention primaire », affirme-t-il.

À cet égard, renforcer le système immunitaire des personnes est une stratégie plus efficace pour prévenir les infections au VPH que d’éviter le contact avec le virus, estime le Dr Bessette. « La vaccination ne maintient pas le système immunitaire global en bonne fonction, il focalise la réponse immunitaire vers un agent particulier », explique-t-il.

Luc Bessette a une autre crainte : « On crée un programme de vaccination en supposant que le VPH restera stable au cours des années, ce qui est loin d’être sûr : le virus responsable de la grippe aviaire a montré sa capacité à muter d’une année à l’autre et le VPH pourrait en faire autant. »

Miser sur le dépistage et le test Pap

Selon Nathalie Parent, l’une des coordonnatrices à la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN), les sommes qui seront investies dans le programme de vaccination devraient être utilisées autrement. Notamment en rendant plus accessibles les tests de dépistages comme le Pap.

Les femmes devront continuer à subir le test de Papanicolaou puisqu’au moins 30 % des cas de cancer ne seront pas prévenus par le vaccin, indique-t-elle. « Actuellement, le test Pap n’est pas accessible à toutes : dans certaines régions, ça peut prendre huit mois avant d’obtenir un rendez-vous avec son médecin pour subir le test », soutient Nathalie Parent.

Vu le manque de ressources, elle croit que le ministère de la Santé et des Services sociaux devrait permettre aux infirmières d’effectuer les tests de dépistage, tant dans les écoles que dans les milieux défavorisés.

Par ailleurs, le programme envisagé par Québec ne tient pas suffisamment compte des femmes marginalisées, croit-elle. « Il devrait pourtant être axé autour de ces femmes, puisque ce sont elles qui sont le plus à risque d’être atteintes d’un cancer du col de l’utérus », ajoute-t-elle.

Plus encore, Nathalie Parent croit que les sommes qui seront investies dans le programme auraient pu servir à combattre, plus largement, les infections transmises sexuellement (ITS) en recrudescence.

« La situation n’est pas rose au Québec : en 2005, le nombre de cas de chlamydia déclarés était le double de ce qu’il était dix ans plus tôt et la maladie est très répandue dans tout le Québec chez les 15 ans à 24 ans, conclut-elle. Oui, il faut combattre le VPH et les cas de cancer, mais il faut aussi continuer à lutter contre d’autres types d’ITS. »

Martin LaSalle – PasseportSanté.net
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