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CERIVASTATINE : A PROPOS DE....
REFLEXIONS SUR UN RETRAIT

Traduit du Butlleti Groc, 2001, 14, 13-17 par le Professeur Paul Montastruc.
Reproduit avec l’autorisation du Professeur Joan Ramon Laporte, Professeur de Pharmacologie Clinique à l’Université Autonome de Barcelone, Hôpital Val d’Hebron).
Texte complet : http://www.pharmacovigilance-toulouse.com.fr



En août 2001, le retrait de la cérivastatine dans le monde entier, à la suite du risque de rhabdomyolyse, suscita un fort écho dans les organes de communication. Cet épisode fut le résultat d’interactions complexes entre les aspects scientifiques, médiatiques, et administratifs sur lesquels un commentaire nous paraît opportun.

ASPECTS MÉDIATIQUES : LE TRISTE RÔLE DE QUELQUES “ EXPERTS “

Le processus de retrait a été entouré de polémique et de confusion. Ce n’est pas la première fois que des professionnels (Professeurs d’Université, Chefs de Services hospitaliers, Présidents ou ex-Présidents de Sociétés Scientifiques, etc.) apparaissent et se comportent comme des “ experts ” disposés à répéter les messages habituels des fabricants de médicaments.
Durant les mois de juillet et août 2001, nous avons pu lire des messages comme ceux reproduits dans l’encadré ci-joint. Depuis ce retrait, l’Agence Espagnole du Médicament recommandait aux patients qui consultaient, de solliciter le changement de médicament. Mais comment recommander de demander ce remplacement à quelqu’un qui n’a pas été informé ? Parallèlement, quand le laboratoire lui-même insistait pour affirmer que son médicament contre le cholestérol était sûr.

Alarme injustifiée selon les “ experts ”
  • Nous ne savons pas si les quatre morts et les 56 réactions ont été provoquées par le médicament ou par la maladie elle-même ” (Correo Farmaceutico, 23-29/7/2001).
  • C’est un médicament assez nouveau, mais très étudié. Il est bien. Il possède beaucoup d’avantages. Il faut uniquement surveiller la dose et ne pas le prescrire avec d’autres médicaments ” (La Vanguardia, 9/8/2001).
  • Il existe un risque d’effets indésirables mais un contrôle correct du patient, avec analyses sanguines, permet d’écarter ces risques ” (La Vanguardia, 9/8/2001).
EN FAIT....

Il semble que la dose de cérivastatine recommandée était proportionnellement plus élevée que celle des autres statines.
Ce fait explique l’effet plus profond sur les chiffres du cholestérol, par comparaison avec les autres statines, mais implique aussi un accroissement du risque d’effets fâcheux imputables à la dose, comme la myopathie et la rhabdomyolyse.

De fait, le cas du triazolam (réactions neuro-psychiatriques) (Buttll Groc, 1991, 4, 13), du fénotérol (crises graves et accroissement de la mortalité dans l’asthme) (Wong et al, Lancet, 1990, 336, 1396), du piroxicam (hémorragies gastro-intestinales) (Laporte et al, Lancet, 1991, 387, 85) restent des exemples similaires de ces Nièmes membres de groupes pharmacologiques commercialisés à doses excessivement fortes.

Dans tous les cas, il semble que le mobile de ces excès soit surtout la concurrence commerciale jointe au manque d’attention portée par les autorités régulatrices au rapport entre la dose et les effets bénéfiques et les effets indésirables. Comme avec d’autres médicaments “ moi-aussi - me-too ”, nous nous demandons s’il existait un seul patient qui nécessitait la cérivastatine lorsqu’elle a été commercialisée.

Le Nième membre d’un groupe pharmacologique comme celui-ci ne devrait pas être commercialisé sans preuve de quelque type de supériorité réelle, en terme de prévention de la morbidité et de mortalité par comparaison avec ses prédécesseurs. De plus, des essais cliniques et d’autres études comparatives avec les médicaments déjà disponibles dans les mêmes indications s’avèrent nécessaires.

Commentant ces questions, les auteurs d’un article récemment publié dans le Lancet suggèrent que “ l’accroissement du pouvoir de l’industrie pharmaceutique nécessite un équilibre compensateur garantissant que les médicaments soient bénéfiques pour les patients et pas seulement un commerce profitable ou juteux ” (Garatini et Bertele, Lancet, 2001, 358, 64).

Quand on estime qu’une statine doit être prescrite pour la prévention de la cardiopathie ischémique, il est préférable d’en choisir une qui réduit la mortalité et l’incidence de l’infarctus, comme la pravastatine, la lovastatine ou la simvastatine. Mais il faut aussi prendre en compte le fait que les études concernant les statines sont conduites dans des populations avec une génétique, un régime et un climat différents. Ces études sont aussi menées dans des pays où la contribution des dyslipidémies au risque cardiovasculaire est plus importante (Kuulasmaa et al, Lancet, 2000, 355, 675). Ainsi, avec les mêmes taux de cholestérol, dans les pays anglo-saxons, le risque est plus élevé que dans les pays méditerranéens (la différence est encore plus accentuée en Espagne) (Verschuren et al, JAMA, 1995, 274, 131).
Etant donné que la majorité des tables de risque et de recommandations de traitement procèdent de pays anglo-saxons et qu’il n’existe pas de données concernant les populations latines, leur application dans notre milieu latin peut comporter une surestimation du risque et par conséquent une conduite “ thérapeutique ” interventionniste à l’excès.

Au cours des dix dernières années en Espagne, la consommation d’hypolipémiants et surtout de statines a augmenté de façon constante et notable (Siles Guttierrez et al, Rev Esp Salud Publica, 2001, 75, 129). Bien qu’il existe une grande variabilité internationale dans le schéma de prescription des hypolipémiants, diverses études suggèrent que les patients traités par ces médicaments ne sont pas ceux qui pouvaient en bénéficier le plus, et qu’ils ne recevaient pas les doses recommandées (Freely et al, Clin Pharmacol Ther, 2000, 67, 438).

Il ne faut pas oublier qu’une hypercholestérolémie isolée ne justifie pas un traitement et qu’il faut considérer les autres facteurs de risque cardiovasculaire (comme le tabagisme, le diabète, l’hypertension artérielle, l’obésité, la sédentarité).
Certains de ces facteurs pèsent plus que les simples chiffres du cholestérol dans le sang. Quand l’augmentation du cholestérol LDL s’associe à d’autres facteurs de risque, la possibilité de survenue d’un accident coronarien est plus forte et, le médicament hypocholestérolémiant devient plus indiqué.
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