Les dissections aortiques
http://www-sante.ujf-grenoble.fr/SANTE/TDMCorpus/Q24.html
D.
Blin
Pré-requis
* Anatomie et histologie de l'aorte et de ses
branches
* Diagnostic d'une douleur thoracique
Elles représentent
1 % des morts subites.
1 : Définition
Il s'agit d'une
rupture de l'intima (porte d'entrée) permettant l'irruption de sang dans
la média aortique (faux chenal).
Ce faux chenal peu entraîner une
compression de la lumière vasculaire normale (vrai chenal) et provoquer
un accident ischémique, ou distendre l'adventice jusqu'à la rupture.
2
: Démarche diagnostique et thérapeutique dans une dissection aortique
aiguë
* 4 signes d'appel : douleur thoracique, accident ischémique,
souffle diastolique, hypertension artérielle
* les examens à faire :
échographie trans-oesophagienne, ou aortographie ou scanner.
* c'est une
dissection aortique : il faut préciser le siège de la porte d'entrée,
l'extension de la dissection et les complicaions éventuelles (hémopéricarde,
dissection et / ou occlusion de branches collatérales).
* le traitement
dépend du siège des lésions et des complications :

3 : Circonstances diagnostiques de la dissection aiguë
:
* la douleur est le signe essentiel (90 % des cas)
:
- très brutale et souvent en dehors d'un effort
- très violente
et angoissante à type de déchirure
- thoracique antérieure avec
irradiation dans le dos et les lombes
* les signes de compression
vasculaire :
- assymétrie tensionnelle des 2 bras
-
disparition d'un pouls
- accident ischémique : syncope, déficit
neurologique, ischémie aiguë d'un membre inférieur simulant une
embolie.
* le souffle diastolique (65 % des cas) traduit une
insuffisance aortique crée par la dissection
du segment 0 ou déjà
prééxistante.
* l'hyper tension artérielle est fréquente : une
hypotension signe souvent la tamponnade
péricardique.
4 : Les
examens complémentaires :
* la radiographie thoracique
standard est anormale dans 80 % des cas : élargissement du médiastin
supérieur par dilatation de l'aorte ascendante et/ou du bouton
aortique.
* l'échographie trans-oesophagienne pour certains est
l'examen de référence permettant :
- presque toujours de voir le drapeau
intimal flottant entre le vrai et le faux chenal, signe pathognomonique de la
dissection
- souvent de voir directement la porte d'entrée ou d'en
déduire son siège
- d'évaluer l'insuffisance aortique
- de
rechercher un épanchement péricardique, signe d'une rupture imminente
-
elle ne peut pas visualiser une zone de l'aorte allant du haut du segment I
jusqu'à la partie antérieure de la crosse (zone aveugle)
*
l'aortographie par voie artérielle fémorale n'est plus l'examen
indispensable : en effet elle
n'apporte pas plus d'informations, et elle
est moins rapidement disponible et plus iatrogène. Elle permet souvent de
visualiser les 2 chenaux mais très rarement la porte d'entrée.
* le
scanner avec injection est moins iatrogène que l'aortographie et permet de
mieux
visualiser les éventuelles complications à type de fissuration,
mais il donne plus de faux négatifs.
* l'IRM serait un excellent
examen permettant de visualiser toute l'aorte et dans plusieurs
plans,
mais c'est un examen long et non disponible en urgence, qui est réservé à la
surveillance au long cours
* l'ECG n'a aucun signe spécifique :
des signes d'infarctus n'éliminent pas le diagnostic
de
dissection.
5 : Physiopathologie
* la dissection
de l'aorte nécessite l'association d'une altération de la média et d'un facteur
déclenchant : la rupture intimale.
* l'altération de la média
consiste essentiellement en une dégénérescence des fibres
élastiques
responsable d'un aspect histologique caractéristique, la médianécrose kystique ;
cette atteinte de la média peut rester latente notamment chez les sujets
hypertendus ou présentant une maladie héréditaire du tissu élastique.
*
la rupture intimale conditionne le type de dissection :
- elle
siège à deux endroits privilégiés ; au niveau de l'origine de l'aorte ascendante
(type I) ou après la naissance de la sous-clavière (type III).
- elle
permet l'irruption de sang dans la média fragilisée qui se laisse cliver plus ou
moins loin créant un second chenal ; le clivage se fait le plus souvent en
antérograde sous la pression du flux systolique mais il peut aussi se faire de
façon rétrograde.
* le faux chenal peut se propager jusqu'aux
carotides, aux branches abdominales (rénales et mésentérique supérieure) et aux
artères des membres : la compression du vrai chenal par ce faux chenal peut être
responsable de la disparition d'un pouls ou d'un syndrome ischémique ; ce faux
chenal soit se réouvre distalement et devient circulant, soit se remplit de
caillots.
* évolution spontanée de la dissection aiguë
- 50
% de décès dans les 2 premiers jours et 80 % dans les 2 premières semaines,
essentiellement par rupture intrapéricardique ; le siège de la porte d'entrée
joue cependant un rôle dans l'évolution : 21 % de survie à 2 semaines si la
porte d'entrée siège sur les segments I ou II, contre 45 % si la porte d'entrée
est sur l'isthme ou au delà.
- au delà de 7 semaines après la douleur, le
risque de rupture diminue en raison de l'épaississement du cylindre adventiciel
et la dissection devient chronique.
6 : Le traitement
6.1 : La
dissection touche le segment I (type I)
* intervention en urgence
pour remplacer le segment I, ce qui permet d'enlever la zone de rupture
potentielle et le plus souvent la porte d'entrée (mortalité opératoire 38
%).
* le geste chirurgical consiste, sous circulation extra-corporelle à
réséquer l'aorte ascendante
et à la remplacer par un tube
prothétique
* dans certains cas il sera nécessaire soit de remplacer la
valve aortique et / ou le semgnet 0,
obligeant à une réimplantation des
coronaires (intervention de Bentall), soit de remplacer la crosse aortique
obligeant à réimplanter les troncs supra-aortiques ; la mortalité opératoire est
alors encore plus lourde.
6.2 : La dissection ne touche pas le segment
I (type III)
* en raison des difficultés techniques, notamment du
risque de paraplégie en cas de remplacement du segment III, mais aussi en raison
du moindre risque de rupture, le traitement sera le plus souvent médical,
consistant en un traitement hypotenseur.
* une intervention ne sera
indiquée qu'en cas de dilatation anévrysmale ou de fissuration.
6.3 :
Dans les 2 cas
* recherche des 2 étiologies principales :
-
l'hypertension artérielle qui doit être bilantée et traitée
- atteintes
héréditaires du tissu élastique (maladie de Marfan, ...), imposant une enquête
familiale pour dépister d'autres cas.
* une surveillance très étroite de
l'évolution est indispensable : pour détecter une éventuelle
complication
: faux anévrysme post-opératoire, dilatation ou fissuration en cas de traitement
médical : cette surveillance se fera par échographie et IRM.
http://www-sante.ujf-grenoble.fr/SANTE/TDMCorpus/TDMCorpus.html
Copyright ® 1995 SIIM CHU de Grenoble
Page précédente