Retrait de la Cérivastatine : quelques réflexions après les émotions !
Pr J.LMontastruc

Le retrait de l¹inhibiteur de l'HMG CoA-réductase, cérivastatine (Cholstat°, Staltor°) à la suite d'observations de plusieurs cas de rhabdomyolyse rappelle tout d¹abord le fait que le rapport bénéfice/risque d¹un médicament ne peut s¹évaluer que plusieurs années après sa commercialisation (ce qui justifie une pharmacovigilance active).

Surtout, il permet de discuter la notion d¹effet de classe pharmacologique. En effet, si tous les médicaments d¹une même classe pharmacologique (ici les statines) possèdent globalement les mêmes propriétés pharmacologiques de base (ici l¹inhibition de l¹HMG CoA-réductase), il n¹en n¹est pas de même forcément de même de leur efficacité clinique. Dans le cas des statines, si l¹effet de la simvastatine (Lodales°, Zocor°) ou de la pravastatine (Elisor°, Vasten°) a bien été démontré en terme de morbi-mortalité, il n¹en n¹est pas de même aujourd¹hui des autres statines (atorvastatine Tahor°, cérivastatine ou fluvastatine Fractal°, Lescol°).
Ainsi, on ne peut que s¹étonner de voir le nombre considérable (500.000) de patients qui auraient été traités en France par cette cérivastatine en l¹absence de démonstration réelle de son intérêt clinique.

Il faut rappeler que la prescription d¹un médicament doit se faire non pas en fonction de son action sur des critères intermédiaires (c¹est à dire radiologiques ou biologiques, ici le cholestérol) mais sur des critères cliniques pertinents (ici la réduction de la morbi-mortalité). Il faut aussi redire que, contrairement à notre logique intuitive, l'effet d'un médicament sur ces deux types de critères n¹est pas forcément relié (on peut diminuer un paramètre biologique intermédiaire, comme le cholestérol, sans modifier la morbi-mortalité !).

Ainsi, si les règles de bon usage des statines avaient été respectées, le retrait de la cérivastatine n¹aurait dû concerner qu¹un tout petit nombre de sujets (ceux, rarissimes, intolérants à la simvastatine ou à la pravastatine). L'inquiétude et l¹agitation médiatique auraient été beaucoup moindres.

Sélectionnons nos prescriptions en fonction des études de pharmacoépidémiologie en nous fondant sur les vraies données, c¹est à dire celles évaluant les effets cliniques concrets, tangibles et médicalement signifiants des médicaments!

Extraits du Bulletin d'information de Pharmacovigilance de Toulouse


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